14 Novembre 2025
Papamobile // De Sylvain Estibal. Avec Kad Merad et Myriam Tekaïa.
Papamobile est le genre de comédie qui n’apparaît jamais sur l’écran du cinéma local (et pour cause, celui-ci n’a bénéficié que d’une sortie technique dans 7 salles en France), pas même pour une séance improbable du mardi matin. Résultat : découverte en VOD, ce qui n’est pas forcément une punition, mais dans ce cas précis, ça ressemble presque à une mesure de protection. L’idée d’une comédie autour d’un pape kidnappé au Mexique avait tout pour attirer l’œil. Le concept frôle le cartoon, la papamobile est élevée au rang de personnage secondaire, et le film s’ouvre même sur un sketch aussi étrange qu’inutile autour de cette voiture bénie par la pop culture.
Au dernier jour d’un voyage historique au Mexique, le pape est enlevé par un cartel de drogue. Le Saint-Père découvre la personnalité mystique de la cheffe du cartel et les multiples activités de son gang. Mais bientôt la redoutable criminelle découvre qu’elle a enlevé un imposteur…
Sur le papier, la promesse d’un délire assumé était attirante. À l’écran, c’est une autre histoire. L’ambition du réalisateur se discerne immédiatement. Il y a cette volonté d’oser une satire religieuse pas fréquente en France, un humour décalé, un récit qui mélange cartel mexicain, pruneaux d’Agen et Vatican fauché. De quoi imaginer une comédie culottée, improbable, peut-être même un peu folle. Sauf que le budget, lui, semble avoir fui avant le tournage. Chaque scène rappelle qu’un bout de scotch doit tenir quelque part derrière la caméra. Les séquences d’action paraissent filmées dans l’urgence, les décors passent pour des suggestions et non des lieux, les gags manquent autant de souffle que le scénario.
Il y a une idée, mais elle tangue tellement qu’elle finit par ressembler à un exercice bancal : un film qui rêve grand mais marche sur un tapis roulant cassé. La sortie initiale du film aurait presque mérité un documentaire. Quelques salles perdues en plein mois d’août, une diffusion minimaliste imposée uniquement pour des raisons administratives… Papamobile a connu une naissance plus compliquée qu’une telenovela. Le conflit ouvert entre le producteur et le réalisateur a achevé la moindre chance d’offrir une vraie promotion. Encore une fois, ironie du sort : un film qui raconte les finances désastreuses du Vatican se retrouve lui-même condamné à une sortie fauchée.
Découvrir Papamobile en VOD devient alors presque une expérience en soi. Pas de salle obscure, pas de public hilare ou gêné, juste un canapé, l’écran, et cette rumeur promettant “le pire film de l’année”. Au moins, la VOD évite l’effet de foule qui rigole pour se donner bonne conscience. Là, face à l’écran, impossible de tricher. Le problème majeur saute aux yeux : le scénario tient à peine debout. Les dialogues semblent parfois improvisés, les gags n’atterrissent pas, certaines scènes donnent l’impression d’être montées avec une main tremblante. L’héroïne, omniprésente, paraît parachutée dans le film sans préparation. Ce n’est pas tant un jeu approximatif qu’une absence totale de direction.
À côté, Kad Merad tente de maintenir un minimum de cohérence, mais chaque apparition laisse deviner un certain désarroi. Par moments, son regard semble dire : “J’ai signé pour ça, donc j’assume.” Curieusement, cette maladresse générale finit par créer un charme involontaire. L’absurdité totale du récit, les choix esthétiques douteux, les ruptures de ton brusques… tout cela transforme Papamobile en objet filmique non identifié. Pris au premier degré, tout s’écroule. Pris au second, ça reste fragile. Pris au quatrième degré, le film devient presque fascinant. Il ressemble à ces comédies accidentées qu’un public finit par adopter, juste parce qu’elles assument un chaos permanent qui finit par devenir leur identité.
Papamobile ne cherche pas la finesse. L’humour n’est jamais subtil, les répliques tombent comme des enclumes et certaines idées semblent sorties d’un brainstorming mené en fin de soirée. Et pourtant, cette franchise brutale rend le film un peu attachant. Il ne triche pas. Il ne prétend rien. Il existe, tout simplement, avec ses angles cassés et ses maladresses flagrantes. Il y a une catégorie de films qui échappent aux standards habituels : les nanars sympathiques. Ces œuvres ratées mais sincères, où l’absence de moyens et la maladresse finissent par créer un plaisir coupable.
La magie opère quand l’esprit accepte de lâcher prise : ce n’est pas une comédie maîtrisée. Ce n’est pas une satire brillante. Ce n’est pas une fresque politique. C’est un joyeux désordre qui se regarde comme une bizarrerie excentrée du cinéma français. À la fin, Papamobile laisse un sentiment ambigu. Le film est raté sur beaucoup d’aspects, maladroit dans son rythme, fragile dans son écriture. Mais il possède cette énergie brute que même certaines grosses productions n’ont pas. Cette façon de faire voler toutes les conventions sans se demander si cela fonctionne réellement. Il ne méritait pas le bashing violent qu’il a subi. Bien pire sort chaque année, avec parfois une indulgence critique étonnante.
Papamobile, au moins, tente quelque chose. Il ne réussit pas, mais il ose. Et dans ce paysage où la comédie française tourne souvent en boucle, cette tentative mérite d’être notée. Papamobile ne révolutionne rien. Il se trompe souvent, trébuche partout, et offre un spectacle parfois involontairement comique. Mais il laisse une trace. Il possède ce potentiel étrange de devenir un film culte, pas pour ses qualités, mais pour sa singularité absolue. Découvert en VOD, le film se savoure mieux à distance, avec un regard amusé et un brin de second degré. Une comédie déraillée, certes, mais suffisamment atypique pour ne pas sombrer dans l’oubli.
Note : 3/10. En bref, Papamobile, au moins, tente quelque chose. Il ne réussit pas, mais il ose. Et dans ce paysage où la comédie française tourne souvent en boucle, cette tentative mérite d’être notée.
Sorti le 13 août 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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