7 Novembre 2025
Predator: Badlands // De Dan Trachtenberg. Avec Elle Fanning, Dimitrius Schuster-Koloamatangi et Stefan Grube.
Je vais être honnête : je ne pensais pas qu’on pouvait tomber plus bas que Predators (2010) ou le dernier bricolage sous antihistaminique de Shane Black (The Predator). Mais Dan Trachtenberg a réussi l’exploit. Avec Predator: Badlands, la franchise se fait littéralement dissoudre dans un bain de sucre Disney, jusqu’à transformer l’un des monstres les plus iconiques du cinéma en ado incompris qui cherche l’approbation de papa. Oui, on en est là. Et ce qui est fascinant, c’est que tout ça semble assumé.
Dans le futur sur une planète lointaine, un jeune Predator, exclu de son clan, trouve une alliée improbable en la personne de Thia et entreprend un voyage en territoire hostile, à la recherche de l'adversaire ultime.
La créature jadis terrifiante, figure de pure puissance silencieuse, se retrouve ici à philosopher sur le sens de la vie tout en protégeant une peluche vivante, façon Baby Yoda. La boucle est bouclée : le Predator n’est plus un prédateur. C’est un personnage de catalogue produits dérivés, bientôt en rayon entre Stitch et Grogu. Je vais faire un effort : sur le papier, centrer l’histoire sur un Yautja, explorer son point de vue, ses rites, son rapport à l’honneur… d’accord, pourquoi pas. Le problème, c’est quand ce repositionnement arrive avec un manuel “Comment transformer n’importe quelle saga en space-opéra familial” sous le bras.
Dan Trachtenberg, qui avait pourtant marqué des points avec Prey, semble ici fonctionner en mode “commande exécutive” : planète alien flashy, humour calibré, sidekick robotique bavard (Elle Fanning en synthétique qui débite des punchlines comme si elle tournait dans Marvel dans l’espace), petite créature mignonne pour vendre des figurines… On ne regarde plus un Predator, on regarde un pack Disney+ prêt à être découpé en GIFs. Et là, une vraie question se pose : Depuis quand un Predator a besoin d’un animal de compagnie ? Depuis quand il passe ses nuits à papoter autour d’un feu comme s’il participait à un stage de développement personnel ?
À quel moment le chasseur ultime devient une nounou intergalactique qui protège un bébé-monstre parce qu’il a “changé” ? Réponse : depuis que Disney a acheté la Fox. Alors oui, je vais le dire, pour que ce soit dit : c’est joli. C’est même parfois inventif. Il y a un vrai travail sur le bestiaire, sur les environnements hostiles, sur les pièges naturels (herbes-tronçonneuses, animaux acides, insectes explosifs). Sur le papier, ça vend du rêve. Mais Badlands est un de ces films qui se donnent beaucoup de mal pour être spectaculaires, tout en oubliant d’être… bons.
Car pour une scène qui impressionne, on en a trois qui sentent la bouillie numérique, surtout dans le dernier acte, où ça vire à une bataille contre des méchas façon Avengers sous dialyse. Et plus la mise en scène se veut épique, plus elle ressemble à un “render test” trop long. Et puis il y a le climax. Alors là, c’est l’apothéose : un Predator qui saute, fait des pirouettes, sauve ses copains, affronte des robots-gorilles, le tout avec une musique héroïque qui pourrait très bien accompagner une pub pour des céréales protéinées.
Ce n’est pas mauvais, c’est juste… embarrassant. Ce qui aurait pu être une idée radicale devient une catastrophe narrative : en donnant une personnalité à la créature, en la rendant presque touchante, le film la désarme totalement.
À force de l’humaniser, on en fait ce qu’elle n’a jamais été : un gentil. Le Predator n’était pas un personnage. Il était un mythe, un concept : la mort qui marche, voit, isole, décapite. Ici, on lui file un arc narratif à base de rédemption, de trauma paternel et de “je veux être respecté”. Parfois, on dirait presque que le film veut qu’on s’identifie à lui. Comme si la créature avait besoin d’une thérapie familiale et non d’un crâne ensanglanté. Le plus ironique, c’est que ce nouveau ton destroyer la seule chose qui faisait que la saga tenait encore debout : la peur. Il n’y a plus un seul moment de tension, plus un seul plan qui installe le danger. Il y a du bruit, oui. Des explosions, beaucoup.
De l’action, parfois. Mais de la terreur ? Rien. Cette saga est officiellement passée du survival brutal au dessin animé guerrier. Et le pire dans tout ça, ce n’est même pas que le film soit raté. C’est qu’il est cohérent dans son ratage. On sent à chaque scène que le but n’est pas de raconter une histoire, mais de rentabiliser une licence vidée de son ADN. Même les moments censés être dramatiques ressemblent à des tutos pour créer des memes TikTok. Les fans ? Ignorés. La mythologie ? Exploitée façon PowerPoint. La violence ? Filtrée à 40 %. La cohérence ? Au vestiaire. Résultat : un film qui ne fera peur à personne, ne passionnera personne, mais remplira parfaitement son rôle : alimenter une marque, pas une saga.
Predator: Badlands aurait pu être un tournant. C’est finalement une vitrine Disney pour licence vieillissante, repeinte en grand spectacle, dépourvue d’âme, mais pleine de cartons à l’effigie des créatures mignonnes. Le film n’est pas irregardable. Il n’est même pas offensant. Il est pire que ça : il est vide, lisse, sage, calibré, interchangeable. Le Predator — celui de 1987 — n’est plus qu’une relique. Aujourd’hui, il a un arc narratif, un compagnon rigolo, une sidekick robot et probablement bientôt son short animé sur Disney+ Kids. Et franchement, entre détruire un mythe et le transformer en peluche… Disney a choisi la voie la plus rentable.
Note : 2/10. En bref, le plus grand chasseur de l’espace devient une mascotte pour Disneyland.
Sorti le 5 novembre 2025 au cinéma
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog