16 Novembre 2025
Une Journée Incontrôlable // De Luke Greenfield. Avec Kevin James, Alan Ritchson et Benjamin Pajak.
Il existe des films qui ne savent pas ce qu’ils veulent être. Et puis il existe Une Journée Incontrôlable, qui ne veut rien être du tout mais le fait bruyamment pendant une heure et demie. L’idée de départ n’est pourtant pas catastrophique : un père au foyer dépassé, un voisin qui ressemble à un catalogue de clichés musclés, des enfants qui se battent comme des cascadeurs sous caféine… Bref, une comédie d’action de banlieue assumée. Toutes les plateformes semblent vouloir leur film du genre après The Family Plan (sorti en 2023 sur Apple TV et qui va connaître… une suite). Sauf qu’ici, tout part en vrille à la seconde où le générique commence.
Brian vient d'être licencié de son travail et devient, contre toute attente, père au foyer de son fils de 10 ans. Il accepte une invitation à jouer avec Jeff, un autre père au foyer, qui s'avère être une personne imprévisible. Bientôt, les pères et fils vont connaître une journée mouvementée...
Le film ressemble à une longue improvisation où personne n’aurait prévenu les acteurs qu’il fallait arrêter au bout d’un moment. Alan Ritchson ouvre le bal avec l’énergie d’un homme persuadé qu’il a enfin décroché le rôle comique qui prouvera au monde qu’il sait faire autre chose que casser des bras devant une caméra. L’acteur tente tellement de choses qu’il mérite presque une médaille d’endurance. Le problème, c’est que son personnage, Jeff Eamon, n’a rien d’autre à offrir qu’un enchaînement de grimaces et de blagues perdues dans le vide. Il court, hurle, fracasse des mascottes et agit comme un héros de cartoon, mais sans jamais avoir l’air de comprendre dans quel film il se trouve.
Face à lui, Kevin James - habitué aux comédies de plateformes ces dernières années - promène un regard vide, celui d’un homme qui se demande peut-être si un autre scénario plus digeste ne traîne pas dans une loge voisine. Son personnage, Brian, est censé être un père maladroit, dépassé par un beau-fils qui préfère la danse aux sports virils. Très bien. Sauf que le film se contente d’empiler les scènes où Brian ne comprend rien, s’énerve pour rien ou agit comme si la moindre tâche domestique représentait un Everest. On pourrait croire à une satire, mais il n’y a jamais assez de finesse pour ça. James semble littéralement attendre que la journée se termine, ce qui, ironie du sort, résume parfaitement l’expérience du spectateur.
Quant à Lucas, le fameux beau-fils ? Le film parle de lui comme s’il devait être essentiel… pour ensuite l’oublier toutes les dix minutes. Le personnage est tellement transparent qu’il pourrait disparaître au milieu d’une scène sans que personne ne s’en aperçoive. Le scénario essaye vaguement de construire quelque chose autour de sa relation avec Brian, mais se ravise aussitôt pour revenir à ce qu’il fait le mieux : faire du bruit. Beaucoup de bruit. Trop de bruit. C’est d’ailleurs le cœur du problème. Une Journée Incontrôlable confond rythme et agitation. Chaque scène ressemble à une tentative désespérée de distraire le public avant qu’il ne réalise que rien n’a de sens.
Les enchaînements sont si brusques qu’on dirait parfois que les monteurs ont suivi un tutoriel incomplet sur YouTube. Des personnages apparaissent, disparaissent, réapparaissent comme si le film jouait à un cache-cache involontaire. Certaines séquences semblent avoir été tournées pour un autre projet et recyclées ici par désespoir logistique. Le film hésite constamment entre sitcom familiale, parodie d’action et comédie trash, sans jamais assumer aucune voie. Le résultat est un chaos tonal qui ferait passer un épisode de Tom & Jerry pour un modèle de cohérence émotionnelle. Visuellement, le film coche toutes les cases du contenu pensé pour défiler rapidement sur une plateforme de streaming.
Danse TikTok ? Présente. Bagarre dans un restaurant avec des mascottes ? Présente. Course-poursuite en voiture familiale ? Présente. Jokes référencées façon années 90 ? Bien sûr. C’est comme si le scénario avait été écrit par une salle de brainstorming où personne n’avait osé dire non. Le film empile les idées sans jamais se demander si elles vont ensemble. C’est un buffet où tout a été versé dans la même assiette. Certaines têtes connues tentent de sauver ce naufrage énergique. Isla Fisher joue une mère de banlieue qui aurait pu être délicieusement méchante dans un film un poil mieux écrit. Alan Tudyk, fidèle à lui-même, parvient à grappiller quelques instants de vraie comédie.
Sarah Chalke anime ses scènes comme elle peut. Ce sont de petites touches de vie qui traversent un scénario en roue libre, comme des lucioles dans une pièce où la lumière s’éteint constamment. La grosse frustration, c’est qu’un film simple et efficace était tout à fait possible. Le duo James–Ritchson aurait pu offrir une vraie comédie d’action, avec un bon rythme et un humour qui ne repose pas uniquement sur le volume sonore. Les bases étaient là : un père dépassé, un voisin surmusclé mais idiot, deux enfants qui reproduisent une version miniature d’un film d’action, et un cadre suburbain parfait pour les catastrophes.
Mais au lieu d’un récit construit, on découvre un collage de scènes sans direction, comme un film qui déroulerait un fil qu’il n’a jamais eu. Même les moments censés être émouvants sont expédiés comme des formalités administratives. Un personnage apparaît pour évoquer des traumatismes passés ? Le film change immédiatement de ton pour faire une blague de torture à l’eau glacée. Une situation semble demander un peu de sérieux ? Le montage coupe vers une nouvelle explosion d’hystérie. Impossible d’investir quoi que ce soit émotionnellement : chaque fois que le film s’approche d’un message, il s’enfuit aussitôt.
Au final, Une Journée Incontrôlable propose une expérience étonnante : un film bruyant, hyperactif, qui semble donner tout ce qu’il a mais qui n’arrive jamais à produire autre chose qu’une succession de moments absurdes. Alan Ritchson se démène tellement qu’il finit presque par devenir sympathique malgré le chaos. Kevin James survit dans un état de demi-conscience filmique. Et le spectateur, lui, ressort avec la même impression que Brian dans toutes ses scènes : “Mais qu’est-ce que je fais là ?”.
Note : 2.5/10. En bref, Une Journée Incontrôlable propose une expérience étonnante : un film bruyant, hyperactif, qui semble donner tout ce qu’il a mais qui n’arrive jamais à produire autre chose qu’une succession de moments absurdes.
Sorti le 12 novembre 2025 directement sur Amazon Prime Video
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