17 Décembre 2025
Lancer une nouvelle version de Belphégor relevait d’un pari délicat. Le nom évoque immédiatement une œuvre marquante de la télévision française, un imaginaire lié au Louvre et une figure mystérieuse qui a longtemps marqué les esprits. Cette mini-série de quatre épisodes, proposée sur HBO Max (qui arrivera ensuite sur M6), tente de faire revivre ce mythe en l’inscrivant dans le Paris contemporain. Après avoir vu l’intégralité de la série, le sentiment dominant reste celui d’une occasion manquée. L’intrigue s’articule autour d’Hafsa, jeune restauratrice récemment embauchée au musée du Louvre.
Hafsa, une talentueuse restauratrice d’art fraîchement embauchée au Louvre, plonge en plein chaos lorsqu’elle tombe nez à nez avec un masque millénaire du dieu de l’orage « Belphégor ». Soudain impliquée dans une série de disparitions inexplicables, une course contre la montre s’engage pour elle. Pour faire éclater la vérité, Hafsa devra se battre contre ceux qui la traquent... et contre ses fantômes.
Sa vie bascule après la disparition d’un masque antique provenant du Moyen-Orient, un artefact chargé d’histoire et de symboles. Rapidement, des phénomènes étranges se multiplient : visions, pertes de contrôle, souvenirs enfouis qui refont surface. La série choisit d’ancrer son récit dans une approche psychologique, en liant le mystère à des traumatismes personnels plutôt qu’à une menace clairement identifiée. Sur le papier, l’idée pouvait fonctionner. Le premier épisode installe une ambiance volontairement floue, jouant sur l’incertitude et la confusion. Pendant un court instant, l’espoir d’un thriller étrange, voire légèrement fantastique, semble permis.
Cette promesse initiale s’étiole pourtant très vite. Au fil des épisodes, le récit s’alourdit, les révélations tardent et l’impression de tourner en rond s’installe durablement. Le choix de transposer Belphégor à notre époque pose également question. Le Louvre, pourtant au cœur du mythe, apparaît de manière étonnamment discrète. Les galeries, les couloirs et les souterrains ne deviennent jamais un véritable moteur narratif. Là où le musée aurait pu être un espace oppressant, presque vivant, il sert surtout de décor fonctionnel. Cette absence d’appropriation du lieu affaiblit considérablement l’atmosphère générale. La série tente d’introduire un propos contemporain autour de la spoliation des œuvres culturelles et du passé colonial des musées occidentaux.
Le thème est pertinent et mérite d’être abordé. Malheureusement, il reste traité de façon superficielle. Les enjeux politiques et historiques sont évoqués sans véritable développement, comme s’ils servaient avant tout de justification morale à l’intrigue, sans jamais en devenir le cœur. Cette approche donne le sentiment d’un discours plaqué plutôt que pleinement assumé. Le scénario souffre également d’un manque de crédibilité dans ses enchaînements. Certaines situations semblent exister uniquement pour faire avancer l’histoire, sans réelle logique interne. Les déplacements nocturnes, les accès trop faciles à des lieux sécurisés ou certaines résolutions expéditives finissent par rompre l’immersion.
À force d’accumuler ces facilités, la tension dramatique disparaît presque entièrement. Du côté des personnages, l’écriture peine à leur donner de l’épaisseur. Hafsa, pourtant centrale, reste difficile à cerner. Son parcours émotionnel est souvent expliqué plutôt que montré, ce qui limite l’attachement. Les rôles secondaires gravitent autour d’elle sans véritable arc narratif. Les relations manquent de nuances et les dialogues, trop souvent explicatifs, n’aident pas à créer une dynamique crédible. Le casting, pourtant solide sur le papier, ne parvient pas à compenser ces faiblesses. Certaines interprétations semblent contraintes par une direction d’acteurs rigide, laissant peu de place à la spontanéité.
Les émotions censées traverser les personnages apparaissent souvent atténuées, comme si le récit lui-même ne croyait pas totalement à ce qu’il raconte. Seule la comédienne incarnant Hafsa parvient par moments à apporter une certaine sincérité, sans que cela suffise à porter l’ensemble. La structure en quatre épisodes pose également problème. L’intrigue aurait gagné à être resserrée. Le rythme étiré donne parfois l’impression d’une histoire conçue pour deux épisodes supplémentaires ou, à l’inverse, d’un long métrage découpé artificiellement. Le dernier épisode tente d’accélérer brutalement le dénouement, ce qui renforce la sensation de déséquilibre.
Un autre élément surprenant réside dans la place accordée à Belphégor lui-même. Le personnage, pourtant au centre du titre et de la mythologie, reste étonnamment effacé. Cette quasi-absence retire une grande partie de la dimension fantastique attendue et contribue à la frustration générale. La série semble hésiter constamment entre réalisme psychologique et récit surnaturel, sans jamais trancher. Au final, cette version de Belphégor laisse une impression de fadeur. Les intentions sont visibles, parfois intéressantes, mais rarement concrétisées. Le respect du mythe d’origine n’est pas tant une question de fidélité que de compréhension de ce qui faisait sa force : une atmosphère, un mystère et un lieu pleinement exploité.
Ici, le fantôme semble s’être dissipé avant même d’avoir réellement pris forme. Cette mini-série ne parvient donc ni à renouveler le mythe, ni à proposer une relecture marquante. Elle s’inscrit dans une tendance de réadaptations prudentes, soucieuses de modernité mais peu audacieuses dans leur écriture. Pour un personnage aussi emblématique que Belphégor, le résultat laisse un sentiment de vide, renforcé par la promesse non tenue d’un véritable frisson.
Note : 3/10. En bref, cette version de Belphégor peine à exploiter son propre mythe, en proposant une intrigue étirée, peu crédible et dépourvue de véritable tension, malgré des intentions contemporaines intéressantes. En quatre épisodes, le récit s’enlise dans un drame psychologique maladroit, laissant le Louvre et son fantôme à l’état de simples silhouettes.
Disponible sur HBO max, prochainement sur M6 et M6+
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