10 Décembre 2025
Chainsaw Man - Le Film : L’arc de Reze // De Tatsuya Yoshihara. Avec la voix de Kikunosuke Toya, Reina Ueda et Ai Fairouz.
Après une première saison d’anime qui avait marqué par sa mise en scène nerveuse et son mélange unique d’humour noir et d’action sanguinolente, Chainsaw Man – Le Film : L’Arc de Reze arrive avec la mission compliquée de prolonger cet univers tout en offrant une expérience pensée pour le cinéma. J’avais des craintes : un arc assez court, une héroïne adulée par le fandom, un réalisateur différent, et surtout, ce risque constant de livrer un simple épisode XXL. Dès les premières minutes, ces doutes se dissipent en partie. MAPPA aborde ce segment comme un vrai long-métrage, avec un début posé, un crescendo d’action et un final qui frappe aussi fort que les coups de tronçonneuse de Denji.
Pour la première fois, Chainsaw Man fait son apparition sur grand écran dans une aventure épique et spectaculaire, dans la continuité de la série animée à succès. Denji travaillait comme Devil Hunter au service des yakuzas, dans l’espoir d’effacer la lourde dette laissée par ses parents… jusqu’au jour où les yakuzas le trahissent et le fassent exécuter. Mais avant de perdre complètement connaissance, Denji conclut un pacte avec Pochita, son fidèle chien-démon tronçonneuse, et celui-ci lui sauve la vie. Avec ce pacte, les deux personnages fusionnent et créent ainsi l’inarrêtable Chainsaw Man. Alors qu’une guerre sanglante fait rage entre démons, chasseurs et ennemis de l’ombre et qu’une mystérieuse jeune fille nommée Reze fait irruption dans son univers, Denji doit livrer son combat le plus périlleux — un combat guidé par l’amour, dans un monde où la survie ne connaît aucune règle.
Le film suit Denji dans un moment rare de répit. Il goûte enfin à une vie presque normale, jusqu’à ce qu’une rencontre avec Reze, une jeune femme souriante et mystérieuse, fasse basculer son quotidien. Cette romance inattendue apporte une douceur fragile à un univers qui ne laisse habituellement aucun espace pour ça. Mais derrière les sourires, quelque chose cloche. Et quand la vérité éclate, le film révèle sa vraie nature : une plongée violente dans la paranoïa, le mensonge et la manipulation sentimentale. La mise en scène cherche un équilibre entre ses deux tons : un début très calme, presque trop, puis une seconde moitié qui explose dans tous les sens avec des combats délirants. MAPPA reste fidèle à son goût pour l’animation déchaînée.
La caméra virevolte, les chorégraphies défient la logique et les animateurs jouent avec l’espace comme s’ils cherchaient à repousser les limites du support. Par moments, l’action devient si intense qu’il devient difficile de suivre chaque détail. Pour être honnête, cette démesure m’a parfois sorti du film. L’envie de “montrer ce qu’on sait faire” prend le dessus, au point de rendre certains coups presque comiques, notamment dans une scène où Reze met littéralement un personnage en pièces avec une facilité déconcertante. Visuellement, ça fonctionne, mais l’impact narratif s’en ressent. L’autre point qui crée une vraie fracture avec la série d’origine, c’est le style visuel. Le film se rapproche davantage du trait de Fujimoto, plus anguleux, plus brut, mais moins intégré aux décors.
Les personnages paraissent parfois légèrement détachés de l’arrière-plan, comme s’ils appartenaient à deux productions différentes. L’effort artistique est clair, mais ce choix donne un résultat un peu inégal. La première saison avait une identité visuelle marquée, presque cinématographique. Ici, ce côté premium disparaît au profit d’une esthétique qui oscille entre expérimentation et approximation. Ce n’est pas laid, loin de là, mais ça manque d’unité. L’histoire, elle, avance à vive allure. Le premier tiers enchaîne les scènes presque trop rapidement, comme si l’équipe voulait se débarrasser du développement émotionnel pour rejoindre les séquences d’action.
La relation Denji–Reze manque de temps pour respirer, alors que dans le manga, chaque échange sonnait plus sincère. Le rendez-vous entre Denji et Makima, censé servir de contrepoint, tombe un peu à plat. J’aurais aimé retrouver ce regard délicat posé sur les dynamiques amoureuses dans la série, où la moindre conversation pouvait exposer une faille, un traumatisme ou un espoir maladroit. Ce film aurait mérité ce même soin dans ses moments les plus doux. Mais quand l’action démarre vraiment, impossible de nier l’impact. Les combats sont brutaux, inventifs, parfois bordéliques, mais toujours portés par un sens du rythme impressionnant. Chaque déflagration est amplifiée par une bande-son d’une grande énergie.
La musique mériterait presque un film à elle seule. Certaines pistes accompagnent les affrontements avec une puissance qui transforme la salle en caisse de résonance. D’autres enveloppent les scènes les plus calmes avec une tendresse inattendue. Le dernier acte bénéficie d’un thème musical particulièrement marquant, qui donne une intensité supplémentaire à l’affrontement final. Reze reste évidemment le cœur de cet arc. Le film la présente sous un angle qui insiste beaucoup sur sa douceur, au point de paraître un peu trop insistant. Son charme occupe presque tout l’espace, ce qui relègue ses véritables motivations au second plan. Ce choix agace un peu, car le personnage possède un potentiel dramatique bien plus riche que ce simple rôle de fille parfaite.
Les réactions des fans confirment cette mise en avant excessive : on parle d’elle comme d’une mascotte, alors que son arc devrait susciter plus de débat que de cœurs sur les réseaux. Certaines apparitions secondaires paraissent décoratives. Kobeni passe en coup de vent, sans rien apporter, comme un clin d’œil destiné à rassurer les fans. D’autres personnages disparaissent totalement, ce qui crée un léger sentiment d’incomplétude. Ceux qui suivent la série espéraient probablement revoir Power, toujours aussi imprévisible. Son absence se ressent. Pour autant, le film garde une cohérence narrative. Le scénario, même simplifié, raconte une histoire claire. La montée des tensions, la trahison, la révélation finale : tout s’enchaîne sans perdre le spectateur.
Le dernier retournement de situation remet même en perspective toute la trajectoire émotionnelle. Même si l’écriture n’explore pas toutes ses possibilités, elle touche juste au moment où il le faut. Chainsaw Man – Le Film : L’Arc de Reze reste une œuvre pensée pour ceux qui suivent déjà l’univers (ou comme moi la première saison de 12 épisodes). Un spectateur non initié comprendra l’essentiel mais passera à côté d’une grande partie de la charge émotionnelle. Le film agit comme un pont : ni indispensable à l’intrigue globale, ni totalement détaché. Un entre-deux étrange, mais assumé. Au final, ce long-métrage offre une expérience contrastée. Une première partie contemplative, une seconde partie frénétique, une animation qui oscille entre génie et excès, et une bande-son qui élève tout ce qu’elle touche.
Ce n’est pas le film parfait que certains attendaient, mais c’est un prolongement honnête de Chainsaw Man, avec ses qualités explosives et ses failles apparentes. Malgré ses défauts, l’ensemble garde une sincérité qui donne envie de voir la suite de l’anime. Un chaos maîtrisé, un amour piégé et une tronçonneuse qui ne rouille jamais : voilà ce que ce film laisse derrière lui. Un mélange imparfait, mais terriblement vivant.
Note : 6/10. En bref, ce n’est pas le film parfait que certains attendaient, mais c’est un prolongement honnête de Chainsaw Man, avec ses qualités explosives et ses failles apparentes. Malgré ses défauts, l’ensemble garde une sincérité qui donne envie de revoir la suite.
Sorti le 22 octobre 2025 au cinéma
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog