5 Décembre 2025
Il Nibbio // De Alessandro Tonda. Avec Claudio Santamaria, Sonia Bergamasco et Anna Ferzetti.
Parler d’un film comme Il Nibbio n’est jamais simple. Alessandro Tonda s’attaque à un épisode brûlant de l’histoire italienne, marqué par la figure réelle du général Nicola Calipari, surnommé “Il Nibbio”. La matière est sensible, l’enjeu immense, et la mémoire encore vive. Le film affiche clairement son intention : rendre hommage, rappeler un sacrifice, maintenir vivante une histoire qui ne mérite pas l’oubli. Sur ce terrain, l’œuvre fait preuve d’un respect évident. Pourtant, malgré cette base solide, le résultat laisse un goût mitigé, comme si Il Nibbio restait coincé entre deux ambitions sans réussir à en porter pleinement aucune. Dès les premières scènes, le film expose un cadre dramatique chargé de tension.
Les 28 jours qui ont précédé les événements tragiques du 4 mars 2005, quand Nicola Calipari a été tué à un checkpoint militaire américain sur la Route Irish. Giuliana Sgrena venait d'être libérée après de longues négociations menées par Calipari, qui a protégé la journaliste de son corps et a reçu une balle mortelle dans la tête. Le film va aussi reconstituer les aspects privés de la vie de Calipari comme homme, mari et père.
L’enlèvement de Giuliana Sgrena, interprétée par Sonia Bergamasco, installe immédiatement une atmosphère lourde, presque sèche, qui refuse les effets faciles. Cette retenue donne au récit une tonalité plus humaine que spectaculaire. Pourtant, cette sobriété se retourne parfois contre le film. Certaines scènes semblent détachées les unes des autres, comme si les enjeux politiques, pourtant essentiels à l’histoire réelle, n’étaient qu’effleurés. L’intrigue aurait eu besoin d’un contexte plus clair pour guider le public, surtout celui qui ne connaît pas bien les événements réels. Ce manque de repères crée une distance difficile à dépasser. Par moments, la narration paraît trop mystérieuse, au point de rendre les motivations des personnages floues.
Plusieurs séquences montrent des hommes élégants, rassemblés dans des salles de réunion, sans que leur rôle soit vraiment défini. Diplomates ? Agents ? Conseillers ? Rien ne le précise vraiment. Le film semble supposer que le spectateur connaît déjà tout l’arrière-plan, ce qui n’est évidemment pas le cas pour tout le monde. Ce flou brouille l’intensité du thriller et affaiblit la tension que l’histoire devrait naturellement porter. Le scénario souffre aussi d’une écriture parfois trop explicative, comme si certaines répliques cherchaient à rattraper ce qui n’est pas montré. Les dialogues manquent de naturel et appuient trop sur certains thèmes. Cette approche didactique casse le rythme, d’autant que l’intrigue reste linéaire, sans véritable évolution psychologique des personnages secondaires.
Même la vie familiale du général Calipari, pourtant centrale dans plusieurs scènes, semble insérée pour donner du relief sans apporter de véritable progression dramatique. Heureusement, Il Nibbio trouve sa respiration dans ses deux interprètes principaux. Claudio Santamaria incarne Nicola Calipari avec une précision remarquable, sans chercher à surjouer l’héroïsme. Son jeu exprime une force intérieure qui passe par des gestes simples, un regard, un silence, une présence constante. Il donne à Calipari une dimension humaine qui dépasse largement le cadre politique. Cette approche transforme le personnage en homme avant de le présenter comme héros, et ce choix permet au film d’éviter les pièges du patriotisme facile.
À ses côtés, Sonia Bergamasco livre une performance touchante. Elle apporte au film une fragilité vraie, presque palpable, tout en laissant apparaître une forme de résistance intime. Son rôle évite les clichés du simple otage apeuré. Elle communique beaucoup par les détails : un souffle, une manière de tenir son corps, une hésitation dans la voix. Elle donne une densité émotionnelle qui manque parfois au reste du récit. Ces deux piliers permettent au film de garder le cap. Sans eux, la narration aurait probablement perdu tout son poids. Le réalisateur semble en avoir conscience et leur donne l’espace nécessaire pour exister. Pourtant, leur force met aussi en lumière les faiblesses du scénario.
Leur profondeur contraste avec la rigidité des dialogues secondaires et l’absence de développement des autres personnages, ce qui crée une dynamique inégale. Visuellement, Il Nibbio s’appuie sur une esthétique proche du reportage, parfois teintée d’un jaune légèrement sépia. Ce choix évoque certains films américains centrés sur les opérations militaires ou les missions clandestines, mais Tonda prend soin de s’en éloigner. Malgré quelques clins d’œil à des œuvres comme Argo ou Sicarrio, le film garde un ancrage italien marqué, que ce soit dans l’approche émotionnelle ou dans la sobriété du rythme. Cette identité affirmée permet d’éviter la copie, même si la mise en scène reste prudente.
Il manque parfois une prise de risque, un mouvement plus ample, un souffle visuel qui porterait le récit vers une dimension plus immersive. La production, soutenue par plusieurs organismes institutionnels italiens, livre un environnement crédible, notamment lorsqu’elle montre la mécanique complexe des services de renseignement impliqués dans l’opération. Ce regard sur les coulisses a quelque chose de fascinant. Pourtant, l’œuvre hésite entre montrer une structure méthodique et raconter un drame intime. Ce tiraillement constant empêche parfois l’histoire de trouver un rythme stable. Malgré ces limites, Il Nibbio réussit à maintenir un suspense discret mais réel.
Certaines scènes tendues, filmées dans des espaces réduits ou au téléphone, donnent au film une gravité sincère. L’émotion naît ainsi dans les moments les plus simples, loin des grandes démonstrations. C’est peut-être là que réside la vraie force du long-métrage : dans sa manière de raconter en douceur un événement violent. En sortant de la séance, une impression persiste : celle d’un film bien intentionné, respectueux, habité par deux acteurs en haut de leur art, mais qui peine à déployer toute la puissance dramatique de l’histoire réelle. Il Nibbio rend hommage à Nicola Calipari avec sincérité, mais laisse derrière lui l’idée d’une occasion partiellement manquée.
Avec un contexte mieux posé et un scénario moins corseté, le film aurait pu atteindre une profondeur plus marquante. Pour autant, son existence reste précieuse. Il rappelle un épisode qui mérite d’être raconté, même imparfaitement. Et dans ce geste, dans cette volonté de garder en lumière une figure humaine avant d’être héroïque, Il Nibbio trouve finalement son sens.
Note : 5.5/10. En bref, Il Nibbio rend hommage à Nicola Calipari avec sincérité, mais laisse derrière lui l’idée d’une occasion partiellement manquée. Avec un contexte mieux posé et un scénario moins corseté, le film aurait pu atteindre une profondeur plus marquante. Pour autant, son existence reste précieuse.
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