25 Février 2026
Influencers // De Kurtis David Harder. Avec Veronica Long, Cassandra Naud et Paulo Saraiva.
Je dois avouer que je ne m’attendais pas à voir débarquer un jour une suite à Influencer (2022) de Kurtis David Harder. Bien que la fin restait ouverte à cette possibilité, on quitte donc la Thaïlande pour le sud de la France. Avec Influencers, Kurtis David Harder signe la suite directe de Influencer, un film qui avait surpris par son mélange de thriller, d’horreur et de satire des réseaux sociaux. Cette nouvelle histoire reprend les mêmes ingrédients, tout en élargissant le terrain de jeu. Plus de lieux, plus de personnages, plus de discours sur l’image et la fabrication de soi. Sur le papier, l’idée est séduisante. À l’écran, le résultat reste efficace, même si tout ne fonctionne pas avec la même précision.
Dans le sud de la France, la fascination glaçante d'une jeune femme pour le meurtre et le vol d'identité plonge sa vie dans un tourbillon de chaos.
Le film s’ouvre sur une scène choc, volontairement dérangeante, qui donne le ton. Le téléphone qui sonne sans cesse, l’obsession de la connexion, et une spirale qui mène au pire. Harder rappelle d’entrée que Influencers ne cherche pas la subtilité rassurante, mais une forme de malaise ancrée dans le quotidien numérique. Cette introduction intrigue et pose une question simple : jusqu’où peut aller la pression du regard des autres quand tout passe par un écran ? CW est de retour, incarnée une nouvelle fois par Cassandra Naud. Trois ans après les événements du premier film, le personnage semble avoir ralenti. Elle vit désormais dans le sud de la France, partage une relation avec Diane, et donne l’impression de vouloir mener une vie plus calme.
Elle accepte même d’être prise en photo, ce qui, pour elle, ressemble presque à une révolution intime. Mais Influencers ne joue jamais la carte de la rédemption totale. Cette nouvelle normalité sonne faux, comme une mise en scène de plus. CW reste une femme qui se construit à travers des identités empruntées, toujours en mouvement, toujours insaisissable. Le film s’amuse d’ailleurs à ne jamais expliquer clairement comment elle a survécu à la fin du premier opus. Le scénario préfère transformer cette question en running gag discret, comme pour rappeler que la logique importe moins que le mythe. Cassandra Naud est clairement l’atout principal du film.
Son jeu repose sur de petits détails : un sourire qui dure une seconde de trop, un regard figé, une posture qui trahit le contrôle permanent. CW fascine autant qu’elle dérange, et le film assume pleinement cette ambiguïté. Là où Influencer se contentait d’observer, Influencers appuie davantage sur la critique de la culture en ligne. Le film s’intéresse à la mise en scène permanente, au mensonge accepté comme norme, et à la course à l’attention. Les nouveaux personnages incarnent différentes facettes de ce monde : la globe-trotteuse superficielle, le blogueur provocateur, le couple qui monétise la haine sous couvert d’opinion. Jacob, incarné par Jonathan Whitesell, est sans doute l’exemple le plus parlant.
Derrière son discours agressif et ses postures virilistes, le film montre un personnage bien plus fragile qu’il ne veut l’admettre. Son image est construite, entretenue, presque dictée par son entourage. Influencers évite ainsi le piège de la caricature pure, même si le plaisir de voir certains personnages tomber reste évident. Le film parle aussi de FOMO, de désinformation et de cette impression constante de devoir exister en ligne pour ne pas disparaître. Ces thèmes sont intégrés à l’intrigue sans donner l’impression d’un discours moralisateur appuyé. Harder observe plus qu’il ne juge, laissant les situations parler d’elles-mêmes. Autre élément important : le retour de Madison, interprétée par Emily Tennant.
Dans ce deuxième volet, elle n’est plus une simple victime traumatisée. Son personnage est devenu une figure publique controversée, suspectée par l’opinion d’être responsable des crimes passés. Cette réputation la pousse à reprendre la chasse, à traquer CW pour reprendre le contrôle de son histoire. Le rapport de force est différent. CW n’est plus totalement intouchable, et le film installe une tension intéressante entre ces deux femmes. Leur affrontement dépasse la simple vengeance. Il s’agit aussi d’identité, de vérité et de récit. Qui contrôle l’histoire ? Qui décide de ce que les autres voient ?
Cette dynamique donne au film une structure de thriller plus assumée, même si le scénario se permet parfois des détours un peu chargés. L’intrigue multiplie les pistes, les lieux et les idées, au risque de sembler dense. Certains arcs auraient gagné à être simplifiés. Visuellement, Influencers est clairement plus ambitieux que son prédécesseur. Les décors sont variés, souvent luxueux, et filmés avec un certain goût pour les cadres propres et les couleurs éclatantes. Villas, hôtels, plages : tout respire la carte postale. Mais cette beauté est froide, presque clinique, et sert bien le propos du film. La violence, quand elle surgit, est directe et parfois brutale. Harder ne cherche pas l’élégance à tout prix.
Certaines scènes sont conçues comme des morceaux de bravoure, notamment un affrontement final très physique, attendu mais efficace. L’humour noir reste présent, sans jamais transformer le film en parodie. Cela dit, Influencers pousse parfois ses idées un peu trop loin, notamment avec l’utilisation de technologies très pratiques pour l’intrigue. L’ajout de l’IA dans l’arsenal de CW peut sembler facile, même si l’idée d’en détourner la voix d’une victime crée un malaise intéressant. Influencers n’est pas un film qui cherche à plaire à tout le monde. Il demande une certaine indulgence sur la crédibilité de certaines situations et accepte de sacrifier la logique au profit de l’atmosphère.
Le rythme peut sembler long par moments, et le film donne parfois l’impression d’accumuler les thèmes sans toujours les approfondir. Mais l’ensemble reste cohérent avec ce qu’il raconte. Cette suite prolonge intelligemment l’univers du premier film, tout en proposant une réflexion plus large sur la fabrication de l’image et la violence symbolique des réseaux sociaux.
Note : 7/10. En bref, pour celles et ceux qui avaient apprécié Influencer, Influencers offre une continuité solide, plus ample, plus sombre, et souvent amusante dans sa cruauté. Un thriller moderne qui sait utiliser son époque comme terrain de jeu, sans jamais prétendre avoir toutes les réponses.
Sorti le 25 février 2026 directement en VOD, Blu-ray et DVD
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