Critique Ciné : Mayday (2026, Apple TV)

Critique Ciné : Mayday (2026, Apple TV)

Mayday // De Jonathan Goldstein (XII) et John Francis Daley. Avec Ryan Reynolds, Kenneth Branagh et Maria Bakalova.

 

Il y a des films où le pitch paraît tellement tiré par les cheveux qu’il vaut mieux poser son cerveau à l’entrée de la salle. Mayday fait exactement partie de cette catégorie. Prenez une intrigue d’espionnage perchée en pleine Guerre froide, un pilote américain paumé au milieu de la Sibérie et un ancien du KGB complètement gaga de la pop culture US. Sur le papier, le réalisme historique repassera. Mais le long-métrage préfère tout miser sur l’action, la rigolade et l'alchimie entre ses deux stars. Contre toute attente, le résultat s'avère bien plus sympa que prévu. L'histoire nous plonge en 1987, au moment où le bloc soviétique commence à se fissurer gentiment. Troy « Assassin » Kelly, un pilote de la Navy, part en mission très spéciale au-dessus de l'URSS. 

 

La mission de reconnaissance du lieutenant Troy Brennan au-dessus du territoire soviétique tourne mal, l'obligeant à atterrir en catastrophe et à survivre dans la nature russe tout en évitant d'être capturé ou secouru.

 

Tout dégénère évidemment en deux minutes. Son avion se fait dessouder et le voilà contraint d'éjecter en catastrophe. Il se retrouve catapulté en pleine nature sauvage russe, sans carte ni boussole. Clairement, sa situation est critique. Son but immédiat reste d'éviter la capture et de repérer un moyen de rentrer au pays. Mais son périple prend une tournure inattendue lorsqu'il tombe nez à nez avec Nikolai, un ancien agent du KGB repenti. C'est précisément là que le film abat sa meilleure carte : forcer deux bonshommes que tout oppose idéologiquement à faire équipe pour survivre. Le grand atout de cette comédie d'action réside dans son casting. Ryan Reynolds fait du Ryan Reynolds. 

 

On ne va pas lui demander de révolutionner son jeu d'acteur du jour au lendemain. Il ramène avec lui sa panoplie habituelle : des répliques cinglantes, un sourire narquois et une capacité déroutante à balancer des vannes alors que des missiles lui frôlent les oreilles. Mais cette mécanique habituelle passe crème ici, principalement parce qu'il a un partenaire à la hauteur pour lui renvoyer la balle. En face, Kenneth Branagh apporte une tonalité totalement différente. Son personnage de vieux briscard du KGB voue un culte presque mystique aux Américains et à leur mode de vie. Sa passion dévorante pour les blockbusters hollywoodiens comme Top Gun offre des séquences particulièrement truculentes. 

 

Le décalage entre les deux hommes saute aux yeux. Kelly se méfie de tout le monde comme de la peste, pendant que le Soviétique affiche un enthousiasme débordant à l'idée d'approcher un vrai Américain. Cette dynamique permet au récit d'installer une complicité progressive et crédible. Kelly démarre avec une tonne de préjugés sur son compagnon d'infortune, mais l'enchaînement des galères va doucement l'obliger à réviser ses jugements. Plutôt que d'aligner un drame politique pesant, le film choisit de transformer le contexte tendu des années 80 en une vaste aire de jeux pour adultes. C'est sans doute la décision la plus judicieuse de l'équipe créative. Le long-métrage s'amuse gentiment des clichés de la fin de l'ère soviétique sans pour autant ridiculiser ses personnages. 

 

Nikolai incarne une facette différente du citoyen soviétique, très éloignée de la figure du méchant russe sans âme qu'Hollywood nous a servie pendant des décennies. Le choc culturel entre nos deux héros devient un puits sans fond de moments comiques. L'Américain comprend vite que son guide n'a rien du monstre froid attendu, tandis que Nikolai contemple les États-Unis uniquement à travers le prisme de la télévision et du cinéma. Cette naïveté crée des dialogues vraiment savoureux. Voir ces deux hommes coincés ensemble, contraints de s'entraider pour éviter la prison ou la balle dans la tête, apporte un charme indéniable au projet. Côté distribution des torgnoles, le contrat est rempli. Mayday ne se contente pas de faire bavarder ses comédiens. 

 

La réalisation assurée par Jonathan Goldstein et John Francis Daley imprime un rythme soutenu au film. Poursuites en bagnoles, bagarres d'intérieurs et explosions spectaculaires s'enchaînent sans laisser le temps de s'ennuyer. Le dosage entre tension et décalage fonctionne à merveille. On sent une volonté claire de ne jamais se prendre trop au sérieux. Les personnages frôlent la mort à dix reprises, se retrouvent dans des pires bourbiers, mais gardent le réflexe de s'envoyer des fions avec le sourire. Le dernier acte monte encore d'un cran dans la surenchère visuelle et livre son lot de scènes d'action calibrées pour le grand écran. Il faut quand même reconnaître que le scénario demande une grosse dose de tolérance. Certaines péripéties paraissent franchement téléphonées. 

 

Beaucoup d'éléments d'intrigue arrivent comme par magie pour arranger les affaires de nos héros ou pour les propulser artificiellement vers l'étape suivante. Certains raccourcis deviennent particulièrement évidents dans la deuxième moitié du métrage. Les engueulades entre les deux protagonistes arrivent parfois de manière mécanique, uniquement pour meubler et relancer l'intérêt avant l'affrontement final. Le film s'avère nettement plus percutant quand il assume sa dimension de pur divertissement décomplexé que lorsqu'il essaie de crédibiliser son histoire d'espionnage. En fin de compte, on fait face à un buddy movie très classique qui ne cherche jamais à péter plus haut que son cul. 

 

Le cadre historique apporte une petite touche de fraîcheur, mais les ingrédients de base restent inchangés : deux types antagonistes, une situation désespérée et une amitié improbable qui se forge sous le feu ennemi. La mayonnaise prend grâce au travail de Kenneth Branagh, qui apporte de la rondeur et de la présence, face au style plus survolté de Ryan Reynolds. Ce duo équilibré évite au film de tomber dans la routine.

 

Note : 6.5/10. En bref, sans réinventer le genre, Mayday remplit parfaitement son cahier des charges. Si le scénario manque parfois de rigueur, le spectacle proposé s'avère divertissant et drôle. L'alchimie entre les deux acteurs principaux, l'action bien emballée et le ton décalé permettent d' passer un très bon moment. C'est le genre de film parfait pour se vider la tête un soir de semaine, sans prise de tête.

Sorti le 4 septembre 2026 directement sur Apple TV

 

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