4 Septembre 2026
Atlas King // De Nika Agiashvili. Avec Michael Bisping, Cuba Gooding Jr. et George Finn.
Prenez un ancien combattant qui tente de reprendre les affaires de son mentor décédé, collez-lui dans les pattes un fiston au sang chaud, et assaisonnez le tout avec une dette colossale auprès d'un parrain local. Dit comme ça, le pitch d'Atlas King a tout de la petite série B du samedi soir qu'on regarde d'un œil distrait en mangeant une pizza. Le problème, c'est qu'au bout de vingt minutes, le réalisateur s'est visiblement dit qu'un simple film de baston, c'était trop facile. Alors il a décidé d'injecter un projet de braquage au milieu. Résultat : une bouille infâme qui navigue à vue et qui finit par se prendre les pieds dans son propre tapis.
Un ancien combattant rentre chez lui pour enterrer son ami et s'associe à son filleul pour préparer un cambriolage visant un chef mafieux.
On commence donc dans l'univers familier des saignements de nez, des sacs de frappe et des règlements de comptes de vestiaires. Atlas revient relancer la salle de Dutch, se coltine Tommy, et tente de ne pas se faire dessouder par Clay Emerson, le caïd du coin. Jusqu'ici, rien de bien neuf sous le soleil, mais ça se tenait à peu près. Puis, soudainement, changement de cap total. Le scénario nous sort de nulle part un plan d'attaque armée avec logistique criminelle et préparatifs tactiques. On a l'impression d'avoir changé de chaîne par erreur. Au lieu d'assumer son virage Ocean's Eleven du pauvre, le film passe son temps à faire des allers-retours entre le braquage et la bagarre de ruelle.
Les deux intrigues ne se croisent pas, elles se télescopent avec la grâce d'un semi-remorque sur du verglas. Au milieu de ce marasme, le pôle judiciaire ne relève pas le niveau. L'intervention de la police frôle le comique involontaire. Les flics agissent sans aucune logique, les criminels prennent des décisions que même un gamin de dix ans trouverait absurdes, et chaque péripétie arrive uniquement parce qu'il restait quarante pages de script à combler. Les règles de la physique, de la légalité et de l'intelligence élémentaire sont poliment priées d'attendre sur le trottoir. Côté distribution, l'affiche survendait la présence de Cuba Gooding Jr. On se demande encore ce que l'oscarisé vient faire dans cette galère.
Son rôle de grand méchant patron du crime a autant de substance qu'un courant d'air. Écrit avec des tranches de jambon, son personnage passe son temps à plisser les yeux et à sortir des menaces téléguidées sans jamais faire flipper qui que ce soit. Cuba fait ce qu'il peut, c'est-à-dire le strict minimum syndical, en attendant sagement que son chèque soit encaissé. Face à lui, Michael Bisping s'en tire un chouïa mieux, uniquement parce qu'on ne lui demande pas de jouer Molière. L'ancien champion de l'UFC pose sa carrure, tire une tronche de six pieds de long et distribue deux ou trois mandales. Ce n'est pas de la grande comédie, mais au moins, quand il s'agit de jouer les brutes épaisses, sa présence physique évite le naufrage total.
Quant à Finn McGrath, il traverse le film comme un fantôme, incapable d'injecter la moindre once de charisme dans un personnage déjà bien terne. Le plus affligeant reste sans doute l'écriture des dialogues. On n'entend jamais deux êtres humains discuter. Les personnages se balancent de la stérile exposition en pleine figure, uniquement pour réciter les éléments du scénario qu'on n'aurait pas compris autrement. Les répliques tombent à plat, le ton oscille entre le surjeu théâtral gênant et la lecture monotone de prompteur. Résultat, la tension dramatique est au niveau zéro. Quand la dette devient pressante et que les couteaux se tirent, on n'en a absolument rien à faire du sort des protagonistes tant la froideur des échanges empêche d'accrocher à quoi que ce soit.
La réalisation vient achever le travail avec une gestion du rythme pour le moins chaotique. Alors qu'un film de ce genre devrait dérouler à cent à l'heure, la mise en scène s'embourbe dans des séquences interminables sans aucun intérêt, avant d'expédier en deux coups de cuillère à pot des moments charnières qu'on attendait un minimum. Pour masquer cette absence flagrante d'énergie, la régie a trouvé une solution miracle : balancer de la musique en continu, à fond les ballons. La bande originale hurle dans les enceintes pour essayer de nous faire croire qu'il se passe quelque chose de palpitant à l'écran, alors que la caméra filme désespérément du vide.
Une bonne série B a le droit d'être tirée par les cheveux, d'exagérer ses traits ou de faire dans le cliché, à condition de savoir ce qu'elle raconte. Atlas King, de son côté, veut jouer sur tous les tableaux et finit par foirer sur tous les fronts. Ni bon film de baston, ni bon thriller de braquage, le projet s'écroule sous le poids de son incohérence globale. Reste la silhouette massive de Bisping pour sauver quelques secondes de tatanes, mais c'est bien trop maigre pour compenser une heure et demi d'ennui gentiment poli. Si vous cherchiez un divertissement nerveux pour votre soirée, vous pouvez passer votre chemin sans le moindre regret.
Note : 1/10. En bref, ni bon film de baston, ni bon thriller de braquage, le projet s'écroule sous le poids de son incohérence globale. Reste la silhouette massive de Bisping pour sauver quelques secondes de tatanes, mais c'est bien trop maigre pour compenser une heure et demi d'ennui gentiment poli.
Prochainement en France en SVOD
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