Critique Ciné : The Runner (2026, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : The Runner (2026, Amazon Prime Video)

The Runner // De Kevin Macdonald. Avec Gal Gadot, Damian Lewis et Rory Wilmot.

 

Avec The Runner, Kevin Macdonald nous vend un concept calibré pour nous scotcher au siège : une mère doit traverser Londres au galop pour récupérer son gamin kidnappé. Sur le papier, c'est de la mécanique de précision. Le chrono tourne, la pression monte et un corbeau anonyme dicte ses règles au combiné. Bref, tout est taillé pour qu'on se bouffe les ongles du début à la fin. Le problème, c'est qu'un pitch efficace ne fait pas miraculeusement un bon film. Après cinq minutes d'illusion où la sauce semble prendre, le projet s'effondre sous son propre ridicule. On se retrouve bombardé d'incohérences plus grosses que les biceps de Gal Gadot, qui donne de sa personne sur le bitume sans jamais avoir de quoi défendre un personnage décent.

 

Afin de sauver son fils kidnappé, une avocate doit suivre les ordres cryptiques d'un mystérieux interlocuteur au milieu de Londres.

 

Maia est une avocate londonienne très occupée dont le quotidien bascule quand son fils diabétique disparaît. Au bout du fil, une voix menaçante lui balance un ultimatum limpide : elle enfile ses baskets, elle file à travers la capitale et elle obéit au doigt et à l'œil si elle veut revoir son gosse vivant. L'idée d'un marathon forcé avait tout pour pousser les moteurs à fond. La caméra colle aux baskets de l'héroïne et transforme Londres en vaste terrain de jeu. Rues bondées, ruelles sombres, gratte-ciels : la ville offre un décor sympa à cette cavale en temps réel. Deux ou trois plans de coupe sauvent les meubles et parviennent à créer une petite poussée d'adrénaline.

 

Sauf que le jouet s'enraye très vite, pour ne pas dire qu'il explose complètement en vol. La pauvre Gal Gadot passe le plus clair de son temps à sprinter, se castagner et haleter devant son smartphone. Côté cardio, rien à redire, l'engagement physique est là. Côté jeu, c'est une autre limonade. On nous vend Maia comme une avocate chevronnée. Une ligne de CV pratique qui aurait pu servir à quelque chose, comme lui donner des réflexes d'analyse, un sens de la négociation ou juste un brin de malice face au maître chanteur. Perdu. Sa profession passe immédiatement à la trappe et le scénario se contente d'en faire une mère courage sous stéroïdes dont le seul trait de caractère est de savoir courir vite sans tomber.

 

Difficile de trembler pour un personnage aussi plat. Pour ne rien arranger, la comédienne nous gratifie d'un jeu étonnamment monochrome. Dans les moments de panique absolue où n'importe qui hurlerait à la mort, elle conserve une tête de premier rang qui laisse pantois. Dans la peau du corbeau sadique, Damian Lewis fait ce qu'il peut. Sa voix de méchant a du grain et sa présence au micro fait illusion cinq minutes. C'est le seul moment où l'on se dit que le film garde une carte dans sa manche. Sauf que les scénaristes ont visiblement oublié de lui écrire une vraie trajectoire. Le film tente bien de maintenir un semblant de mystère autour de sa véritable identité, mais quand le grand déballage arrive, c'est la douche froide. 

 

Ses motivations tiennent sur un ticket de caisse et la fameuse confrontation psychologique tourne à l'exercice de meublage téléphonique. On écoute les instructions, elle court, il râle, et la boucle reprend sans jamais hausser le ton. C'est là que le naufrage devient hilarant. Le plan de l'agresseur repose sur un alignement de planètes tellement absurde qu'il faut carrément poser son cerveau à côté du pop-corn. Tout repose sur des coups du sort cosmiques et des choix d'une stupidité sans nom, uniquement pensés pour catapulter Maia vers la scène suivante. Même l'élément dramatique clé (la maladie du gamin) tourne au gimmick paresseux. Au lieu de creuser la détresse de cette mère ou la relation parent-enfant, le diabète du gosse sert juste de minuteur géant. 

 

On nous rappelle qu'il faut injecter la dose de secours à heure fixe, exactement comme une alarme de four. C'est lourd, c'est cousu de fil blanc et ça montre à quel point l'émotion a été totalement évincée du projet. Plus le récit progresse, plus les fissures du script ressemblent à des failles tectoniques. On finit par lever les yeux au ciel à chaque prétendue révélation tellement c'est cousu de gros fil blanc. Sur la forme, Kevin Macdonald emballe le tout sans trop de bavures. La lumière sur Londres est plutôt jolie et le découpage offre parfois un sentiment d'urgence passable. Mais avoir un caméraman qui sait cadrer une sportive ne suffit pas à créer de l'angoisse.

 

Le piège absolu de ce genre de concept, c'est la répétition. Et le film tombe dedans les deux pieds devant. Maia prend une consigne, pique un sprint, croise un obstacle ridicule, le saute et repart pour un tour. Le schéma s'applique en boucle sans la moindre variation jusqu'au générique. Le long-métrage boucle son affaire en 1h25 chrono, ce qui évite au moins la peine maximale. Mais malgré cette durée ultra compacte, l'ennui pointe son nez à une vitesse record tant l'intrigue fait du surplace. Le problème quand on recycle une formule vieille comme le monde (le bon vieux thriller au téléphone façon Phone Game), c'est qu'il faut apporter une vraie plus-value. Une idée de mise en scène, un twist machiavélique, n'importe quoi qui justifie le déplacement.

 

Ici, c'est le désert absolu. Le film singe la nervosité des productions d'action des années 2000, le talent et le rythme en moins. Coller un compte à rebours sur l'écran et faire vibrer un portable à intervalle régulier n'a jamais suffi à fabriquer de la tension dramatique. Sur la ligne de départ, The Runner s'annonçait comme un petit plaisir nerveux et sans prise de tête. Une mère, un mystérieux tortionnaire, les rues de Londres en fond sonore. Dans les faits, c'est un ratage complet qui accumule les ficelles d'écriture grossières, un jeu d'acteurs aux abonnés absents et une mécanique de suspense rouillée avant même le deuxième virage. Gal Gadot aura au moins fait sa séance de cardio de l'année, mais côté cinéma, ce thriller tourne désespérément à vide. Une sacrée perte de temps.

 

Note : 1/10. En bref, il court il court le furet. Le furet du bois, Mesdames.

Sorti le 2 septembre 2026 directement sur Amazon Prime Video

 

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