Critique Ciné : It Ends (2025, Letterboxd)

Critique Ciné : It Ends (2025, Letterboxd)

It Ends // De Alex Ullom. Avec Mitchell Cole, Akira Jackson et Noah Toth.

 

Avec It Ends, Alexander Ullom propose un film difficile à classer, quelque part entre le thriller, la comédie de potes et le film d’angoisse existentielle. Le point de départ paraît presque banal : quatre amis prennent la route de nuit, après un dernier repas ensemble. Rien de plus classique. Pourtant, très vite, quelque chose déraille. La sortie qu’ils attendent n’arrive jamais, la route semble s’étirer à l’infini, et chaque tentative d’arrêt déclenche une menace venue de la forêt. À partir de là, It Ends devient un film sur le mouvement forcé, l’attente, et surtout sur cette peur sourde de rester coincé, dans une situation comme dans une période de vie.

 

Un groupe de jeunes diplômés part en pleine nuit en voiture à la recherche d'un endroit où manger, dans l'espoir de profiter d'une dernière sortie ensemble avant que leurs chemins se séparent. Au lieu de cela, ils tournent par accident sur une route à deux voies interminable, un véritable enfer entouré d'horreurs innommables et de forces cosmiques qui dépassent leur compréhension. Entassés dans une Jeep Cherokee, avec des kilomètres qui s'étendent à l'infini devant eux, ils sont confrontés à un choix : accepter leur nouvelle existence ou lutter pour s'en échapper.

 

Le concept est simple, presque minimaliste, et c’est clairement l’une des forces du film. Pas d’explications immédiates, pas de règles clairement posées. Le spectateur découvre la situation en même temps que les personnages. La voiture avance, le temps semble figé, l’essence ne baisse pas, la fatigue disparaît. En revanche, l’angoisse, elle, ne disparaît jamais vraiment. À chaque arrêt, des silhouettes surgissent, hurlantes, agressives, non pas pour tuer, mais pour atteindre la voiture. Pourquoi ? Le film refuse de répondre clairement, et c’est un choix assumé. It Ends repose avant tout sur ses personnages. Tyler, James, Day et Fisher sont présentés comme de jeunes adultes à la sortie des études, chacun déjà engagé sur une trajectoire différente. 

 

Tyler a trouvé un travail manuel et semble accepter la réalité telle qu’elle vient. James est plus cérébral, déjà tourné vers une carrière stable, une vie cadrée. Day et Fisher paraissent plus flottants, encore à la recherche de quelque chose sans trop savoir quoi. Cette diversité de profils donne de la matière au film. Face à une situation absurde et dangereuse, chacun réagit selon sa personnalité. Tyler encaisse. James analyse. Day oscille entre espoir et découragement. Fisher masque sa peur par l’humour. Le film ne force jamais leurs arcs narratifs, mais les laisse évoluer naturellement, parfois de façon frustrante, parfois touchante. Ce sont moins des héros que des gens ordinaires coincés dans quelque chose qui les dépasse.

 

James, interprété par Phinehas Yoon, se détache légèrement du groupe. C’est le personnage qui cherche le plus activement à comprendre ce qui leur arrive. Là où les autres tentent de survivre émotionnellement, lui veut une réponse, une logique, une faille dans le système. Ce contraste fonctionne bien et apporte un point d’ancrage au récit. Même si It Ends flirte avec l’horreur, le film ne mise pas sur la violence ou les effets chocs. La peur vient surtout de l’inconnu et de la répétition. Le fait de devoir rouler sans savoir où cela mène, sans objectif clair, devient peu à peu plus pesant que les attaques elles-mêmes. Le danger n’est jamais totalement visible, ni totalement expliqué, ce qui crée une tension constante.

 

Le vrai ennemi du film, c’est le temps. Ou plutôt l’absence de repères. Ne plus avoir faim, ne plus avoir sommeil, ne plus pouvoir s’arrêter… Tout cela enlève aux personnages leurs automatismes. Il ne reste que leurs pensées, leurs doutes, et les non-dits qui remontent à la surface. It Ends parle beaucoup de cette période floue après les études, quand tout semble possible mais que rien n’est vraiment rassurant. La majorité du film se déroule à l’intérieur de la voiture, et Alexander Ullom exploite bien cette contrainte. Les cadres serrés, les visages filmés de près, les silences pesants créent une vraie sensation d’enfermement, même si les personnages sont techniquement en mouvement.

 

La route, toujours la même, devient presque abstraite, comme un décor mental. Le travail sur le son mérite aussi d’être mentionné. Les dialogues sont parfois étouffés, presque marmonnés, ce qui peut gêner mais renforce aussi ce côté réaliste et brut. En revanche, certaines montées sonores sont plus agressives et peuvent casser l’immersion. Ce sont des choix qui ne plairont pas à tout le monde, mais qui participent à l’identité du film. Visuellement, It Ends reste simple. Pas d’effets tape-à-l’œil, pas de démonstration technique. Le film préfère installer une ambiance que chercher à impressionner. Cette sobriété fonctionne globalement, même si elle donne parfois l’impression d’un long métrage coincé entre le format court et le film plus ample.

 

Il faut être clair : It Ends n’est pas un film qui cherche à satisfaire tout le monde. Ceux qui attendent des réponses claires, une explication finale ou un twist explicite risquent de rester sur leur faim. Le film laisse beaucoup de zones d’ombre, volontairement. Cette absence de résolution peut frustrer, mais elle fait aussi partie du propos. Personnellement, cette approche fonctionne par moments et agace à d’autres. Le film pose des questions intéressantes sur la peur de l’avenir, la pression sociale, la sensation de rouler sans savoir où l’on va. En revanche, certains aspects auraient gagné à être un peu plus creusés, notamment la menace extérieure et ses règles implicites. 

 

À force de refuser toute explication, It Ends prend le risque de perdre une partie de son impact. It Ends est un film indépendant imparfait, mais sincère, porté par un concept malin et des personnages crédibles. Il ne cherche pas à rassurer ni à offrir une conclusion confortable. C’est un film qui parle d’errance, de transition, et de cette impression étrange que la vie avance parfois sans donner de direction claire. Pour les amateurs de thrillers atypiques, de récits minimalistes et de films qui laissent une trace après le générique, It Ends mérite clairement le détour.

 

Note : 6/10. En bref, It Ends est un film indépendant imparfait, mais sincère, porté par un concept malin et des personnages crédibles. Il ne cherche pas à rassurer ni à offrir une conclusion confortable. C’est un film qui parle d’errance, de transition, et de cette impression étrange que la vie avance parfois sans donner de direction claire.

Sorti le 10 décembre 2025 directement sur Letterboxd Video Store

 

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