10 Décembre 2025
L’Élue // De Osgood Perkins. Avec Tatiana Maslany, Rossif Sutherland et Erin Boyes.
Osgood Perkins fait partie de ces réalisateurs qui enchaînent les projets à une vitesse presque inquiétante. Après un thriller glaçant qui avait marqué les esprits et une adaptation distrayante d’un roman de Stephen King, le cinéaste revient déjà avec L’Élue. À ce stade, sa productivité impressionne, mais donne aussi l’impression qu’il s’impose un rythme qui ne lui laisse pas toujours le temps d’aller au bout de ses idées. Ce nouveau film d’horreur psychologique en est un bon exemple : une œuvre séduisante sur le plan visuel, mais qui peine à raconter quelque chose de solide. L’histoire de L’Élue s’articule autour de Liz, une femme qui part en week-end dans un chalet isolé avec son compagnon, Malcolm.
Liz et Malcolm partent pour un week-end romantique dans un chalet coupé du monde. Lorsque Malcolm doit retourner précipitamment en ville pour son travail, Liz se retrouve isolée, confrontée à une présence maléfique qui révèle les terrifiants secrets du chalet.
Leur relation est récente, et le voyage est censé renforcer leurs liens. Sur le papier, ce cadre basé sur l’isolement et les premières tensions d’un couple offre un terrain fertile pour installer un climat étrange. Le problème, c’est que cette configuration a déjà été utilisée une foule de fois. Dès les premières scènes dans le chalet, la sensation de déjà-vu s’installe. Le film prend son temps, s’attarde sur les gestes du quotidien, les regards perdus ou les bruits qui résonnent dans la forêt. Cela pourrait créer un suspense lent et inquiétant, mais la mise en scène tourne finalement en rond. Les apparitions étranges, les bruits dans les murs, les rêves qui se confondent avec la réalité… tout ceci est exploité avec une régularité qui finit par devenir mécanique.
Ce qui frappe dans L’Élue, c’est la maîtrise des images. Perkins sait composer un cadre tordu, étouffant, presque hypnotique. Les angles, les couleurs, les ombres dans les couloirs du chalet… tout participe à un malaise doux mais permanent. La maison devient presque un personnage à part entière, comme si elle observait silencieusement chaque mouvement de Liz. Le souci, c’est que tout ce travail esthétique semble fonctionner en vase clos. Les images sont belles, parfois inventives, mais servent rarement à faire avancer l’histoire. L’impression qui se dégage est celle d’un film qui construit une atmosphère pour l’atmosphère, sans toujours savoir quoi en faire.
L’intrigue stagne, les signes d’une menace restent flous, et l’attente se transforme peu à peu en lassitude. Le cœur du problème de L’Élue se situe dans l’écriture. Le récit semble avancer selon une logique interne difficile à saisir. Chaque scène donne l’impression d’annoncer quelque chose, puis finalement se dissout dans le flou. Liz entend un bruit, vérifie, ne voit rien. Liz rêve, se réveille, ne comprend pas. Liz ressent une présence, mais aucune piste ne semble s’éclaircir. Et ce schéma se répète presque à l’identique. À force, l’attente d’un dévoilement devient une forme d’agacement. Le film entretient un mystère, mais ne donne pas de prise réelle pour s’y accrocher.
Ce n’est pas un mystère stimulant qui pousse à réfléchir, mais une succession d’éléments qui semblent dispersés sans logique claire. Ce genre de narration peut fonctionner si elle est maîtrisée, mais ici, elle laisse surtout une sensation de vide. Malgré tout, Tatiana Maslany – qui porte le film presque seule – livre un travail marquant. Son interprétation évite le surjeu et donne une vraie vulnérabilité à Liz. Ses émotions changent subtilement, passent de la douceur à la peur, puis à la suspicion, sans jamais rompre la cohérence du personnage. C’est grâce à elle que certaines séquences trouvent un impact. Malcolm, de son côté, reste une figure assez effacée, presque détachée de la réalité qui entoure le couple.
Les rares personnages secondaires qui surgissent dans le récit n’apportent pas grand-chose, si ce n’est une légère confusion. Les interactions sont souvent froides, presque mécaniques. Cela pourrait renforcer la tension, mais ici, cela renforce surtout la distance émotionnelle entre le spectateur et l’histoire. Lorsque L’Élue aborde son troisième acte, quelque chose se débloque enfin. Le film sort de sa torpeur, dévoile un folklore inattendu, des créatures au design étrange, et une explication qui se veut spectaculaire. Mais ce sursaut arrive trop tard pour compenser la lenteur qui a précédé. La révélation est livrée de manière très frontale, presque didactique, comme si le récit réalisait d’un coup qu’il faut tout justifier avant la fin.
Cette explication brutale donne un coup d’énergie, mais ne crée pas de réel impact émotionnel. Le mystère n’est pas résolu, il est simplement expliqué, ce qui retire au film la force que le non-dit aurait pu conserver. La dernière séquence semble vouloir frapper fort, mais faute d’avoir construit une tension narrative solide, elle ressemble davantage à un geste désespéré qu’à une conclusion maîtrisée. L’Élue laisse un goût étrange. Le film possède un vrai talent visuel, une atmosphère travaillée et une actrice principale qui sauve plus d’une scène. Mais son récit manque de structure, son rythme s’enlise, et ses tentatives d’horreur psychologique ne parviennent jamais vraiment à créer la peur ou le malaise durable qu’elles promettent.
Ce n’est pas un ratage total, mais c’est un film frustrant. L’impression d’un potentiel mal exploité domine, comme si Perkins avait voulu aller trop vite et trop loin sans prendre le temps de développer son histoire. Le résultat est un film qui attire par son style, mais qui échoue à captiver par son fond. Pour un spectateur en quête d’une ambiance étrange et de belles images, L’Élue peut intriguer. Pour quelqu’un qui cherche une vraie histoire, une montée de tension, ou un film d’horreur qui surprend, le voyage risque d’être long.
Note : 4/10. En bref, L’Élue laisse un goût étrange. Le film possède un vrai talent visuel, une atmosphère travaillée et une actrice principale qui sauve plus d’une scène. Mais son récit manque de structure, son rythme s’enlise, et ses tentatives d’horreur psychologique ne parviennent jamais vraiment à créer la peur ou le malaise durable qu’elles promettent.
Sorti le 10 décembre 2025 au cinéma
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