12 Décembre 2025
Le Monde de Wishy // De Jens Møller. Avec la voix de Tom Hudson, Owen de la Hoyde et Tori Johnson.
Avec Le monde de Wishy, l’animation nordique s’attaque à un sujet fort : la reconstruction après un accident et la manière dont un enfant apprend à vivre avec un handicap. Sous ses airs flashy et son ambiance venue d’ailleurs, ce film raconte surtout la lutte intérieure d’un garçon qui voit son quotidien basculer. L’idée est belle, sincère même, mais le résultat alterne entre passages touchants et choix narratifs moins convaincants. L’histoire suit un préadolescent passionné de basket, Tommy. Tous les matins, avant que sa famille ne se réveille, il essaie de réussir un tir impossible depuis le fond du jardin. Le basket est plus qu’un loisir pour lui : c’est un repère, une manière de briller aux yeux d’un frère et d’une sœur qui ont tendance à l’ignorer.
Quand Thomas rencontre Wishy, une petite boule de poils venue d’un univers magique, sa vie bascule. Dans ce royaume merveilleux peuplé de créatures fantastiques, il peut remarcher, et même voler ! Mais lorsque le portail entre les mondes libère un monstre, Thomas et son nouvel ami vont devoir partir à l’aventure pour sauver leurs deux univers.
Mika, l’aîné, et Cecilia, la grande sœur, vivent déjà dans leur monde d’adolescents, avec leurs secrets, leurs copains et leurs habitudes. Tommy, lui, cherche juste une place dans cet univers où il se sent de trop. C’est d’ailleurs ce besoin d’être accepté qui provoque l’événement central du film. Lorsqu’il se rend dans l’usine abandonnée où Jack, le petit ami de sa sœur, a installé un mystérieux repaire, Tommy voit une occasion de prouver qu’il vaut aussi quelque chose. Jack lui impose une épreuve insensée : attraper une lampe perchée à un endroit impossible. Le garçon grimpe, glisse, et la scène bascule dans le drame. La chute est brutale, et l’histoire se transforme immédiatement.
À son réveil, Tommy découvre qu’il ne peut plus marcher. Le verdict tombe : sa moelle épinière a été touchée. Le film décrit alors l’impact émotionnel de cette nouvelle, sans filtre. L’enfant passe de l’espoir à la frustration, puis à la colère. Sa famille tente de l’aider à sa manière, parfois maladroitement. La mère, trop absorbée par sa carrière, reste distante. Le père, lui, essaie de maintenir un semblant d’unité grâce à un drôle de rituel familial impliquant des chapeaux blancs censés aider chacun à réfléchir. Ces moments ancrent le récit dans quelque chose de très humain, loin des couleurs criardes que le film montre par ailleurs. Car Le monde de Wishy possède une autre facette, bien plus fantastique.
Durant son coma, Tommy rencontre une étrange créature violette et toute en poils, Wishy, qui semble tout droit sortie d’un monde parallèle. Ce personnage kitsch, un peu maladroit et très expressif, aurait pu devenir le cœur émotionnel du film. Wishy représente la part d’imaginaire à laquelle un enfant blessé s’accroche pour survivre. Pourtant, sa présence reste étonnamment limitée. Le film le montre par petites touches, sans jamais approfondir son rôle ni expliquer clairement ce qui l’anime. La lampe récupérée avant le drame prend alors toute son importance. Tommy la reçoit comme un cadeau, et cette lampe devient un portail vers le monde de Wishy. Là-bas, le garçon retrouve soudain l’usage de ses jambes.
Tout semble plus simple dans cet univers : les couleurs explosent, les formes flottent dans l’air, et les créatures changent d’apparence comme si l’environnement réagissait aux émotions. On sent l’envie de créer quelque chose de visuellement marquant, proche de certains films qui utilisent les couleurs pour représenter les sentiments. Cependant, cette richesse visuelle se transforme parfois en surcharge. L’excès de teintes fluo et de décors étranges détourne l’attention du message de fond. Cette dualité entre le réel et la dimension de Wishy donne au film une structure intéressante, mais aussi un rythme inégal. Les scènes les plus fortes se situent souvent dans le quotidien : Tommy à l’hôpital, ses premiers efforts en fauteuil, sa détresse quand même ses progrès semblent insuffisants.
Le film montre ce que représente la rééducation pour un enfant qui perd soudain son autonomie. Ces séquences sonnent juste et permettent au spectateur de s’attacher à Tommy, qui reste le personnage le plus abouti du récit. Son frère et sa sœur, en revanche, servent surtout de catalyseurs dramatiques. Leur comportement égoïste crée un climat de tension, mais leurs personnalités restent assez plates. Cette frustration vaut aussi pour la mère, davantage préoccupée par sa réussite professionnelle que par les besoins émotionnels de son fils. Le père, plus présent, tente de maintenir le dialogue, mais même lui semble coincé dans un rôle trop fonctionnel.
Quant à Wishy, la créature ne profite jamais pleinement du potentiel que son concept promettait. Il voyage entre les dimensions, manipule des sphères lumineuses, influence les couleurs de son monde… mais tout cela reste flou. Le spectateur ne comprend pas vraiment d’où il vient, ni ce qu’il veut. Il devient surtout un moyen de faire avancer l’intrigue, plutôt qu’un personnage à part entière. C’est dommage, car son univers fantastique avait de quoi devenir un lieu émouvant, capable d’illustrer la manière dont un enfant affronte ses peurs. Visuellement, le contraste entre les deux mondes est frappant. La dimension de Wishy impressionne par son originalité, même si elle s’avère parfois trop chargée.
Le monde réel, lui, manque un peu de finesse dans certains détails, mais reste suffisamment crédible pour supporter la partie émotionnelle du film. Ce déséquilibre rend le récit parfois bancal, mais ne gâche pas pour autant l’expérience. Au final, Le monde de Wishy raconte une histoire sincère, centrée sur la résilience et l’acceptation d’une nouvelle réalité. Le film parle d’un enfant qui traverse la douleur, la solitude, puis la reconstruction. Le mélange entre drame familial et aventure fantastique fonctionne, mais manque de liant. Plusieurs idées auraient mérité plus de développement, notamment du côté de Wishy et de son monde. Malgré cela, l’émotion passe, surtout grâce au parcours de Tommy.
Pour un jeune public, le film a de quoi captiver : les couleurs, les créatures étranges, les sauts entre deux mondes, tout cela crée une atmosphère dynamique. Pour un spectateur plus adulte, l’intérêt se situe davantage dans le traitement du handicap et le cheminement intérieur du héros.
Note : 5/10. En bref, Le monde de Wishy n’est pas exempt de défauts, mais propose une vision honnête et accessible de la résilience, portée par un personnage principal attachant et une idée centrale porteuse de sens.
Sorti le 13 août 2025 au cinéma - Disponible en VOD
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog