26 Décembre 2025
Long Shadows // De William Shockley. Avec Dermot Mulroney, Jacqueline Bisset et Dominic Monaghan.
Avec Long Shadows, le réalisateur William Shockley s’attaque à un genre très codifié : le western de vengeance. L’ambition est claire dès les premières minutes. Le film veut parler de violence, de traumatisme et de rédemption, tout en cherchant à injecter une dimension psychologique plus moderne dans un décor de Far West finissant. Sur le papier, l’idée intrigue. À l’écran, le résultat laisse une impression mitigée, souvent frustrante, malgré quelques intentions intéressantes en fin de parcours. L’histoire se déroule dans l’Arizona des années 1880, à une époque où la loi commence à s’imposer et où les figures classiques du hors-la-loi semblent appartenir au passé.
Dallas Garrett, un ancien tireur hors-la-loi devient le mentor d'un jeune homme.
Le monde évolue lentement : on parle de progrès médicaux, de nouvelles façons de penser l’esprit humain, et même d’innovations technologiques encore lointaines. C’est dans ce contexte que Marcus Dollar revient sur les lieux de son enfance. Marqué à vie par le meurtre de ses parents, attaqués par une bande de voleurs de chevaux, il a grandi dans un orphelinat après avoir survécu de justesse à l’agression. À dix-huit ans, libre mais sans repères, il tente de reconstruire quelque chose. Le point de départ de Long Shadows reste très classique. Marcus croise par hasard l’un des hommes responsables du drame de son enfance. Ce simple regard rallume une colère enfouie, et le film s’engage alors sur une trajectoire bien connue : celle d’un jeune homme prêt à tout pour se venger.
Le scénario ne cherche pas à cacher ses références, et le spectateur comprend rapidement où tout cela mène. Le problème n’est pas tant la prévisibilité que la manière dont le récit s’étire sans réellement approfondir ses enjeux. La rencontre avec Dulce, jeune femme d’origine mexicaine retenue dans une maison close, apporte une tentative de contrepoint. Elle incarne une autre voie possible pour Marcus, loin des armes et du sang. Cette dynamique pourrait fonctionner, mais elle reste trop schématique. Dulce est définie presque uniquement par sa douceur et son passé douloureux, livré très rapidement dans des dialogues explicatifs. L’émotion peine à s’installer, car les personnages disent plus qu’ils ne vivent.
Autour d’eux gravite une galerie de seconds rôles qui semblent prometteurs sur le papier. Jacqueline Bisset incarne Vivian, la patronne du bordel, tandis que Dominic Monaghan joue son homme de confiance, rongé par une certaine culpabilité. Le souci, c’est que ces personnages occupent beaucoup d’espace sans réellement influencer l’histoire principale. Leurs intrigues parallèles donnent parfois l’impression de remplir le temps plutôt que d’enrichir le récit. Leur présence interroge, tant leur impact reste limité. Dermot Mulroney apparaît dans le rôle de Dallas Garrett, ancien braqueur reconverti en fermier, qui va initier Marcus au maniement des armes.
Là encore, le personnage correspond à un archétype bien connu du western : le mentor désabusé qui prêche la retenue tout en transmettant les outils de la violence. Les scènes d’entraînement font le travail, sans surprise, mais sans véritable tension non plus. Visuellement, Long Shadows souffre d’un manque de caractère. Les décors sont propres, trop propres même, et donnent parfois l’impression d’un western reconstitué plutôt que vécu. La photographie manque de rugosité, ce qui nuit à l’immersion. Certains choix de mise en scène interpellent : ralentis appuyés, angles penchés sans justification claire, flashbacks répétés qui finissent par casser le rythme. Le montage insiste lourdement sur le passé de Marcus, au point d’émousser l’impact émotionnel au lieu de le renforcer.
Le rythme général reste lent, souvent trop. De longues scènes de dialogue s’enchaînent dans des intérieurs figés, donnant parfois l’impression d’assister à une pièce filmée. Quand l’action arrive enfin, elle ne dure jamais assez pour compenser l’attente. Une poursuite à cheval sort légèrement du lot, mais elle reste isolée dans un ensemble plutôt amorphe. Côté interprétation, le constat est contrasté. Blaine Maye, dans le rôle principal, propose un jeu très fermé, presque figé. Cette retenue pourrait servir un personnage traumatisé, mais elle finit par rendre Marcus difficile à cerner émotionnellement. À l’inverse, Sarah Cortez joue Dulce avec une intensité parfois excessive, flirtant avec un registre mélodramatique qui détonne avec le ton sérieux du film.
Grainger Hines, en shérif usé par la vie, s’en sort mieux et apporte un peu de nuance à un rôle pourtant écrit de manière assez fonctionnelle. Le dernier acte de Long Shadows tente un virage plus audacieux. Le scénario introduit une réflexion autour de la psychologie et de la responsabilité pénale, en lien avec les avancées médicales de l’époque. Sur le principe, cette idée aurait pu donner au film une vraie singularité. Malheureusement, elle arrive trop tard et sans préparation suffisante. Ce retournement ressemble davantage à un raccourci narratif qu’à une conclusion naturelle. Le sentiment d’artifice domine, et la portée émotionnelle reste limitée.
Long Shadows n’est pas totalement dénué d’intérêt. Le film cherche clairement à dire quelque chose sur la violence et ses conséquences, et l’envie de moderniser le western se ressent. Mais entre un scénario trop bavard, des personnages peu creusés et une mise en scène hésitante, l’ensemble manque de cohérence. Le potentiel est là, enfoui sous une accumulation de choix maladroits.
Note : 2/10. En bref, Long Shadows s’inscrit dans la longue liste des westerns récents qui regardent le passé avec envie sans parvenir à le réinventer. Une œuvre qui veut être plus profonde qu’elle ne l’est réellement, et qui laisse l’impression d’un rendez-vous manqué.
Prochainement en France en SVOD
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