26 Décembre 2025
U Are the Universe // De Pavlo Ostrikov. Avec Volodymyr Kravchuk, Daria Plakhtii et Alexia Depicker.
Avec U Are the Universe, le réalisateur ukrainien Pavlo Ostrikov propose une odyssée spatiale très éloignée des standards hollywoodiens. Ici, pas de surenchère d’explosions ni de course contre la montre pour sauver la planète à grands renforts d’effets spéciaux. Le film choisit une autre voie, plus modeste, plus humaine, et surtout plus centrée sur la solitude, l’espoir et le besoin de lien quand tout semble perdu. Le point de départ est pourtant radical : la Terre a explosé. L’humanité semble avoir disparu. Andriy, convoyeur spatial chargé de transporter des déchets nucléaires vers Callisto, se retrouve seul dans l’univers.
Après l’explosion de la Terre, le pilote Andriy entend une survivante à la radio et décide de partir à sa recherche.
Pas astronaute héroïque, pas scientifique brillant, juste un travailleur de l’espace, un type ordinaire coincé dans une situation qui le dépasse. Cette approche change immédiatement le regard porté sur le récit. Andriy n’a rien du sauveur charismatique. Il parle peu, communique mal, et semble avoir accepté sa solitude comme un état de fait. Sa seule compagnie est Max, un robot assistant avec lequel il échange des dialogues souvent teintés d’humour sec et d’ironie. Ces échanges constituent une grande partie du film et donnent à U Are the Universe un ton tragi-comique assez singulier. Pendant une bonne partie du métrage, le film repose presque entièrement sur la présence de Volodymyr Kravchuk à l’écran. Coincé dans son habitacle pendant près de 100 minutes, il réussit pourtant à maintenir l’attention sans jamais lasser.
Son jeu repose beaucoup sur la parole, le regard et le rythme, et cela fonctionne plutôt bien. Même si le personnage peut diviser, il occupe l’espace avec une vraie personnalité. Le film s’inscrit clairement dans une science-fiction introspective. Les références sont visibles, parfois assumées : 2001, l’Odyssée de l’espace, Solaris. Mais U Are the Universe ne cherche pas à imiter. Il s’approprie ces influences pour raconter quelque chose de plus simple, presque quotidien : comment rester humain quand il n’y a plus personne autour. La mise en scène joue beaucoup avec le silence, l’attente, et la répétition. Le rythme est lent, parfois trop, et le récit peut sembler décousu. Certaines idées mettent du temps à arriver, et tout n’est pas exploité à fond.
Pourtant, cette lenteur fait aussi partie du propos. Le film laisse le temps au vide de s’installer, à la solitude de peser. Sans trop en dévoiler, U Are the Universe ne reste pas figé dans cette routine spatiale. Le scénario se renouvelle avec plusieurs twists successifs qui relancent clairement l’intérêt. L’apparition d’un message radio venant d’une autre survivante bouleverse complètement la trajectoire du film. À partir de là, le récit glisse vers une forme de romantisme astral inattendue. La communication devient un enjeu central, avec tout ce que cela implique de frustration, de malentendus et d’attente. Cette relation à distance rappelle parfois Her dans l’esprit, même si le résultat est très différent. Ici, tout paraît plus brut, moins idéalisé, parfois même maladroit.
Cette partie divise. Certains échanges sonnent faux, et l’écriture n’évite pas toujours une certaine lourdeur. Les dialogues, parfois très crus, cassent par moments la dimension philosophique du film. Cette rugosité peut déranger, mais elle participe aussi à une forme de réalisme propre au cinéma ukrainien actuel. Visuellement, U Are the Universe est une vraie réussite compte tenu de ses moyens. La direction artistique est soignée, les cadres sont propres, la lumière bien pensée. Le film parvient à créer une atmosphère futuriste crédible sans en faire trop. L’espace y est vaste, silencieux, presque oppressant. La musique et le design sonore accompagnent discrètement le récit.
Certaines séquences musicales marquent plus que d’autres, notamment un moment très fort porté par une chanson populaire européenne, qui crée un contraste étonnant et chargé d’émotion. Ce choix renforce l’aspect intime du film et lui donne une identité particulière. U Are the Universe n’est pas un film parfait. Le rythme inégal, certaines idées sous-exploitées et une narration parfois trop étirée empêchent le film d’atteindre une vraie cohérence sur toute sa durée. Pourtant, il dégage une sincérité rare. Le film parle d’espoir, de lien, et de cette idée simple mais puissante : même quand tout semble terminé, quelqu’un peut encore attendre quelque part. Ce message, porté par Pavlo Ostrikov, résonne d’autant plus fort dans le contexte ukrainien actuel.
Le film dépasse alors la simple science-fiction pour devenir une œuvre profondément humaine. U Are the Universe est une proposition à part dans le paysage de la science-fiction contemporaine. Loin des blockbusters américains, il privilégie l’émotion à l’action, l’introspection au spectaculaire. Il pourra frustrer par son rythme et certaines maladresses, mais il mérite clairement le détour pour son approche, son ton et son regard différent sur la solitude dans l’espace.
Note : 6.5/10. En bref, un film modeste, parfois inégal, mais porté par une vraie intention et une identité forte. Une preuve que la science-fiction ukrainienne a des choses à dire, et surtout une manière bien à elle de les raconter.
Sorti le 20 décembre 2025 directement sur Ciné+ OCS
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog