22 Décembre 2025
Marco // De Haneef Adeni. Avec Unni Mukundan, Kabir Duhan Singh et Jagadish.
Avec Marco, le cinéma indien, et plus précisément le cinéma malayalam, s’attaque frontalement au film de vengeance pur et dur. Le point de départ tient en une phrase : après l’assassinat extrêmement violent de son frère, Marco revient pour éliminer tous les responsables. Rien de plus, rien de moins. Le film ne cherche jamais à cacher ses intentions, ni à complexifier artificiellement son intrigue. Il s’agit d’un déferlement de colère, de coups et de sang, pensé avant tout comme une expérience frontale. Dès les premières minutes, le ton est donné. L’histoire avance sans détour, sans faux suspense.
Après l’assassinat sauvage de son frère, Marco, fils adoptif du clan Adattu, entame une vengeance sans merci. À chaque étape, il plonge un peu plus dans un monde de trahisons, de deuil et de brutalité extrême.
Les coupables sont connus rapidement, et la trajectoire du personnage principal est limpide : frapper, détruire, avancer coûte que coûte. Marco ne joue pas la carte de l’enquête ou du mystère, et c’est un choix assumé. Le scénario se contente d’un schéma classique de vengeance fraternelle, déjà vu des dizaines de fois, sans véritable variation. Cela rend le film très accessible, mais aussi prévisible. Là où Marco cherche clairement à se démarquer, c’est dans sa représentation de la violence. Le film a beaucoup fait parler de lui sur les réseaux sociaux, présenté comme l’un des films indiens les plus violents jamais produits. Sur ce point, difficile de nier l’intention.
Membres sectionnés, gorges brisées, corps mutilés, massacres en série : le compteur de morts devient vite impossible à suivre. La violence est graphique, insistante, parfois dérangeante, surtout dans le dernier tiers du film. Pourtant, malgré cette surenchère, quelque chose manque. Les scènes sont violentes, mais rarement viscérales. L’abus d’effets numériques se voit trop souvent, notamment dans les projections de sang ou certaines blessures. Le rendu manque de texture et d’impact. Avec plus d’effets pratiques et de maquillages, plusieurs séquences auraient gagné en poids et en malaise. À force de CGI approximatif, la brutalité finit par perdre de sa force.
La mise en scène tente pourtant des choses intéressantes. Certaines scènes d’action sont bien découpées, notamment un affrontement dans un escalier qui se distingue sur le plan technique. La scène à la tronçonneuse, placée autour de l’entracte, marque aussi les esprits, même si elle donne le sentiment d’une occasion partiellement gâchée. Le problème n’est pas l’idée, mais son exécution, souvent freinée par des choix visuels discutables ou un montage trop rapide. Le rythme du film est également inégal. La première moitié souffre clairement d’un manque d’enjeu. À l’entracte, l’impression dominante est qu’il ne s’est pas passé grand-chose sur le plan narratif. Le film semble attendre son propre déclencheur.
En revanche, les trente dernières minutes basculent dans une escalade de violence quasi continue, beaucoup plus assumée et efficace. C’est là que Marco devient réellement ce qu’il promettait d’être depuis le début. Sur le plan de l’écriture, le constat est plus sévère. Le scénario est faible, parfois incohérent, et souvent illogique. Les motivations des personnages sont survolées, y compris celles de Marco lui-même. La relation avec son frère, pourtant moteur de toute l’histoire, n’est jamais vraiment développée. Résultat : difficile de ressentir une vraie émotion autre que celle liée au choc visuel.
Certains comportements frisent même le ridicule, avec des dialogues déplacés dans des situations censées être graves, ce qui casse régulièrement la tension. Plusieurs scènes clés reposent sur une logique très fragile. Des personnages survivent à des situations absurdes, d’autres encaissent des violences extrêmes avant de se relever presque instantanément. Le climax pousse encore plus loin cette impression d’invincibilité artificielle, avec un héros capable d’éliminer des dizaines d’ennemis après avoir été laissé pour mort. Ce type de trucs finit par sortir du film, même pour un amateur de cinéma d’action décomplexé. Heureusement, Marco peut compter sur Unni Mukundan. L’acteur porte le film sur ses épaules avec une présence physique indéniable.
Il incarne Marco comme une force brute, presque inhumaine, ce qui correspond bien à la logique du récit. Son charisme fonctionne, même quand les dialogues tombent à plat. Certains seconds rôles, comme celui interprété par Jagadish, laissent entrevoir un potentiel intéressant, mais restent sous-exploités par un scénario trop pressé d’enchaîner les morts. Techniquement, le film montre un vrai savoir-faire. La photographie, le travail sur les couleurs et certains mouvements de caméra sont soignés. La musique de fond joue un rôle central, appuyant chaque explosion de violence, parfois avec efficacité, parfois avec lourdeur. Le montage est nerveux, surtout dans la seconde partie, mais manque de respiration.
Tout est fait pour maintenir un état de tension permanente, au risque de fatiguer. La question de la limite se pose aussi. Certaines scènes impliquant des femmes ou des enfants sont difficiles à justifier autrement que par une volonté de choquer. Le film ne semble jamais vraiment réfléchir à ce qu’il montre, ni aux implications de cette violence extrême. Marco donne parfois l’impression de vouloir repousser les barrières uniquement pour faire parler de lui, sans réel propos derrière.
Note : 6/10. En bref, Marco est un film d’action radical, qui mise presque tout sur la brutalité et l’impact visuel. Il séduira sans doute un public amateur de cinéma violent, surtout pour sa dernière demi-heure, clairement plus aboutie. En revanche, ceux qui cherchent une histoire solide, des personnages développés ou une logique interne cohérente risquent de rester sur le côté. Derrière son ambition de film choc, Marco ressemble surtout à une promesse tenue sur la forme, mais largement creuse sur le fond.
Sorti le 18 décembre 2025 directement sur Filmo
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