Critique Ciné : Pour l'éternité (2025)

Critique Ciné : Pour l'éternité (2025)

Pour l’éternité // De David Freyne. Avec Elizabeth Olsen, Miles Teller et Callum Turner.

 

Les films qui se déroulent après la mort ne sont pas si nombreux, surtout quand ils choisissent le registre de la comédie romantique. Pour l’éternité tente justement ce pari : raconter une histoire d’amour… après la fin de la vie. Le point de départ intrigue immédiatement, avec cette idée d’un lieu de transition où les âmes doivent choisir leur destination pour l’éternité. Un choix définitif, sans retour possible. Sur le papier, le potentiel est immense. À l’écran, le film alterne entre jolies trouvailles et frustration tenace. L’histoire suit Joan, qui se retrouve dans cet entre-deux administratif après sa mort. Là-bas, tout est régi par des règles strictes, des formulaires et des employés chargés d’orienter les défunts. 

 

Dans un au-delà où chaque âme dispose d’une semaine pour choisir où et avec qui passer l’éternité, Joan doit affronter un choix impossible : rester auprès de l’homme avec qui elle a partagé toute sa vie, ou retrouver son premier amour, disparu très jeune, et qui l’attend depuis toujours... Et vous, que choisiriez-vous ?

 

L’esthétique rétro et légèrement absurde de cet au-delà fonctionne très bien au début. Les décors rappellent un monde figé dans une autre époque, avec ses escalators sans fin, ses bureaux impersonnels et son fonctionnement kafkaïen. Cette dimension analogique donne une vraie identité au film et crée un décalage amusant avec des questions pourtant très intimes. Le dilemme central repose sur un triangle amoureux peu banal : Joan doit choisir avec lequel de ses deux maris elle passera l’éternité. Larry, son premier amour mort jeune, et Luke, son compagnon de toute une vie. Ce choix devient le moteur du récit et pose une question simple mais lourde de sens : qu’est-ce qui définit une relation quand le temps n’a plus la même valeur ? L’idée est forte, presque vertigineuse. 

 

Malheureusement, le scénario choisit une voie assez balisée pour l’explorer. Le premier tiers du film est clairement le plus réussi. La découverte de cet au-delà regorge d’idées visuelles et de détails bien trouvés. Les différentes “éternités” proposées font sourire autant qu’elles interrogent. Vivre pour toujours à la plage, à la montagne ou dans une soirée figée façon boîte de nuit éternelle paraît séduisant quelques secondes, avant de devenir presque inquiétant. Le film joue intelligemment avec cette absurdité, et certaines répliques soulignent à quel point l’éternité peut devenir un piège plutôt qu’un cadeau. La direction artistique, très marquée rétrofuturiste, renforce ce sentiment. Chaque plan donne l’impression d’un univers pensé dans ses moindres recoins, même si le film ne prend jamais vraiment le temps de le faire explorer. 

 

C’est d’ailleurs l’un des regrets majeurs : cet au-delà reste surtout un décor, alors qu’il aurait pu devenir un terrain de jeu narratif beaucoup plus audacieux. L’univers est là, mais il reste en arrière-plan, comme une promesse jamais totalement tenue. Côté casting, Pour l’éternité peut compter sur des acteurs solides. Elizabeth Olsen incarne une Joan troublée, sincère dans ses hésitations, même si son personnage reste souvent enfermé dans une posture de doute permanent. Miles Teller et Callum Turner apportent chacun une énergie différente à leurs rôles respectifs, mais l’alchimie varie selon les scènes. Le triangle amoureux fonctionne par moments, mais il manque souvent cette étincelle qui rendrait le choix vraiment déchirant. Le spectateur comprend l’enjeu, sans toujours le ressentir pleinement.

 

Les seconds rôles, en revanche, tirent clairement leur épingle du jeu. Da’Vine Joy Randolph, dans le rôle d’une coordinatrice de l’au-delà pleine d’esprit, apporte une vraie fraîcheur. Ses interventions, souvent brèves, dynamisent les scènes et rappellent ce que le film aurait pu être s’il avait davantage misé sur l’absurde et l’humour. Chaque apparition de son personnage redonne un peu de rythme et de légèreté à un récit parfois trop sage. Car passé l’émerveillement initial, Pour l’éternité rentre progressivement dans les rails classiques de la comédie romantique. Le film se concentre presque exclusivement sur la romance et le choix de Joan, laissant de côté les idées plus larges sur l’après-vie. Le chemin vers la conclusion devient prévisible, et certaines scènes semblent s’étirer inutilement. 

 

Le rythme ralentit, et l’élan créatif du début s’essouffle. L’humour, pourtant présent, ne fait pas toujours mouche. Certaines blagues tombent à plat ou s’étirent trop longtemps, donnant une impression de remplissage. D’autres moments cherchent l’émotion de manière un peu appuyée, flirtant avec un côté sirupeux qui casse parfois la justesse du propos. Le film veut toucher, mais hésite entre sincérité et conventions du genre. Sur le fond, Pour l’éternité pose pourtant des questions intéressantes. Le choix d’une éternité unique pousse à réfléchir sur le poids des regrets, sur ce que signifie aimer quelqu’un pour toujours, et sur la difficulté de comparer des histoires vécues à des époques différentes. 

 

Le film suggère que l’éternité n’est pas forcément synonyme de bonheur, mais il n’ose jamais aller complètement au bout de cette réflexion. Tout reste à la surface, comme si le scénario craignait de perdre son public en devenant trop existentiel. Au final, Pour l’éternité reste un film sympathique, porté par un concept original et une esthétique soignée. Il offre quelques moments touchants et quelques idées bien senties, surtout dans sa première partie. Mais il donne aussi l’impression de ne jamais exploiter pleinement ce qu’il met en place. Le potentiel est là, évident, mais trop souvent sacrifié au profit d’une romance classique et sans réelle prise de risque.

 

Note : 5.5/10. En bref, un film agréable à regarder, qui invite à l’introspection sans vraiment marquer durablement. Une proposition correcte, mais qui aurait gagné à être plus audacieuse, autant dans son écriture que dans son exploration de l’au-delà.

Sorti le 3 décembre 2025 au cinéma

 

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