Pluribus (Saison 1, épisode 9, « La Chica O El Mundo ») : choisir entre l’attachement et le sens

Pluribus (Saison 1, épisode 9, « La Chica O El Mundo ») : choisir entre l’attachement et le sens

L’épisode 9 de Plur1bus, qui clôt la première saison, laisse une impression ambivalente. Il ne s’agit pas d’un final conçu pour offrir une résolution claire, mais plutôt d’un point de rupture. Tout ce qui avait été lentement construit au fil des deux épisodes précédents semble ici remis en question, voire annulé. Carol se retrouve à nouveau face à un dilemme qu’elle pensait avoir dépassé, mais cette fois avec un élément supplémentaire : Manousos est enfin là. Ce dernier épisode donne le sentiment d’un retour en arrière émotionnel, mais pas narratif. Les positions se figent, les convictions se heurtent, et les compromis deviennent impossibles. La série ne cherche pas à adoucir ce constat.

 

Le choix d’ouvrir l’épisode loin de Carol n’est pas anodin. La séquence consacrée à Kusimayu sert de rappel brutal : l’invasion ne détruit pas seulement des individus, elle efface des cultures entières. Ce qui frappe dans cette scène, ce n’est pas la transformation en elle-même, mais ce qui disparaît autour. Le silence qui remplace les chants, les gestes mécaniques qui prennent le pas sur les rituels, et l’abandon des animaux sans même un regard en arrière composent une image profondément dérangeante. Rien n’est violent en apparence, et pourtant tout est perdu. Cette scène résume à elle seule ce que Plur1bus raconte depuis le début : une extinction douce, consentie, mais définitive.

 

L’attente était longue. Après des épisodes entiers construits autour de leur trajectoire séparée, Carol et Manousos se retrouvent enfin face à face. Ce moment, qui aurait pu être un soulagement, devient immédiatement une source de tension. Rien ne fonctionne entre eux. La barrière de la langue complique chaque échange. Les tempéraments s’opposent. Les méthodes divergent. Ce qui devait être une alliance naturelle se transforme en confrontation constante. Ce malaise m’a semblé volontaire. Plur1bus refuse toute facilité émotionnelle. Ces deux personnages partagent un objectif vague — préserver quelque chose de l’humanité — mais ils ne s’accordent pas sur sa définition. Et cette divergence est irréconciliable à ce stade.

 

Manousos agit dans l’urgence. Pour lui, le monde tel qu’il existait est déjà perdu, et la priorité est d’empêcher sa disparition totale, quitte à employer des méthodes extrêmes. Il considère les Joined comme un état irréversible. Dans cette logique, la compassion devient un luxe dangereux. Carol, au contraire, s’accroche à l’idée qu’une part d’humanité subsiste encore. Elle refuse de réduire les Joined à une menace abstraite. Cette position, nourrie par sa relation avec Zosia, la place dans une zone morale instable. Ce qui rend cet épisode intéressant, c’est que la série ne tranche pas. Les arguments de Manousos sont dérangeants, mais cohérents. Ceux de Carol sont plus nuancés, mais aussi plus fragiles. 

 

Aucun des deux ne semble entièrement dans le faux, ni complètement dans le juste. La présence de Zosia complique tout. Elle n’est plus seulement un lien affectif pour Carol, mais un point de friction entre les deux protagonistes. Son attitude, toujours calme, toujours égale, accentue le malaise. Lorsqu’elle affirme aimer Carol et Manousos de la même manière, quelque chose se brise. Cette déclaration, prononcée sans émotion apparente, met en lumière la nature profondément égalisatrice de la conscience collective. L’amour y est uniforme, dépourvu de hiérarchie ou de choix. Pour Carol, cette révélation aurait dû agir comme un électrochoc. Pourtant, elle s’enfonce davantage dans l’ambiguïté. 

 

Ce décalage m’a semblé révélateur de son état mental : épuisée, isolée, elle n’est plus en mesure de prendre des décisions rationnelles. L’épisode prend alors une direction inattendue. Plutôt que d’affronter le conflit, Carol choisit l’évitement. Le voyage qu’elle entreprend avec Zosia ressemble à une parenthèse artificielle, coupée du reste du monde. Chaque lieu visité semble figé hors du temps. Le confort est total. Les paysages sont beaux, mais vides. Cette abondance contraste violemment avec la désolation globale. Ce choix narratif m’a donné l’impression d’une illusion soigneusement entretenue. Carol semble accepter cette vie provisoire, malgré tout ce qu’elle sait. 

 

Ce renoncement temporaire est difficile à concilier avec le personnage présenté jusque-là. Il donne le sentiment que la fatigue a pris le dessus sur la conviction. La révélation concernant les cellules reproductrices de Carol marque un tournant. Jusqu’ici, elle pensait être hors d’atteinte. Cette certitude s’effondre brutalement. Le danger n’est plus théorique, ni lointain. Il devient biologique, inévitable. Cette scène m’a semblé particulièrement efficace, car elle transforme le conflit idéologique en urgence personnelle. Carol ne peut plus se contenter d’observer ou d’analyser. Elle est directement menacée dans ce qu’elle a de plus intime. Zosia, malgré ses déclarations d’affection, incarne alors pleinement la logique de la collective. 

 

L’amour devient un argument pour imposer un choix irréversible. Face à cette révélation, Carol n’a plus d’échappatoire. La fuite n’est plus possible. Le retour à Albuquerque marque un réalignement forcé. Elle retrouve Manousos non par conviction retrouvée, mais par nécessité. La dernière scène, avec l’arrivée d’un objet dont la symbolique est impossible à ignorer, indique clairement que la saison suivante prendra un virage plus radical. La nuance et l’observation laisseront place à des décisions lourdes de conséquences.

Ce basculement ne procure pas de satisfaction immédiate. Il laisse plutôt un goût amer. Rien n’a été résolu. Tout a été déplacé. En tant que conclusion de saison, cet épisode fonctionne de manière étrange. 

 

Il ne ferme aucune porte. Il en ouvre plusieurs, sans garantir qu’elles mèneront quelque part. Le rythme, parfois étiré, accentue cette sensation d’inachèvement. Certains choix de mise en scène privilégient l’atmosphère au détriment de l’avancée narrative. Ce parti pris ne m’a pas toujours convaincu, surtout dans un épisode censé poser les bases de la suite. Pourtant, malgré ces réserves, ce final reste cohérent avec l’identité de Plur1bus. La série n’a jamais cherché l’efficacité immédiate. Elle préfère explorer les conséquences, même au risque de perdre une partie de son public. À la fin de cet épisode, Carol n’est ni héroïne, ni traîtresse, ni sauveuse. Elle est suspendue entre deux choix impossibles.

 

Son parcours ne suit pas une ligne droite. Il est fait de reculs, de contradictions et de décisions prises sous contrainte. Ce traitement m’a semblé honnête. Il reflète un état humain crédible face à une situation qui dépasse l’entendement. Carol n’est pas préparée à porter le poids du monde, et elle le sait. L’épisode 9 de Plur1bus ne cherche pas à rassurer. Il ne récompense pas la patience par une révélation claire ou un moment de triomphe. Il laisse le spectateur avec des questions, des doutes, et une sensation d’instabilité. Ce final met en lumière ce que la série raconte depuis le début : face à une promesse de paix totale, l’humanité doit choisir entre le confort et le sens. Carol a tenté d’échapper à ce choix. Elle n’y parvient plus. La saison s’achève là où elle devait probablement s’achever : sur une décision à venir, lourde, imparfaite, et profondément humaine.

 

Note : 8/10. En bref, ce final met en lumière ce que la série raconte depuis le début : face à une promesse de paix totale, l’humanité doit choisir entre le confort et le sens. Carol a tenté d’échapper à ce choix. Elle n’y parvient plus.

Disponible sur Apple TV

 

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