4 Décembre 2025
Running Man // De Edgar Wright. Avec Glen Powell, Josh Brolin et William H. Macy.
Je suis entré dans Running Man avec un mélange d’excitation et de méfiance. D’un côté, un roman de Stephen King qui n’a jamais cessé d’être pertinent que j’aime beaucoup, une idée de dystopie qui colle parfaitement à notre époque, et surtout un réalisateur dont j’ai toujours adoré la façon de dynamiter l’écran. De l’autre, un remake inattendu d’un film déjà discuté en 1987, et un risque énorme : celui de lisser un concept brûlant jusqu’à en perdre la saveur. Malheureusement, Running Man version 2025 passe une bonne partie du film à courir après l’énergie qu’il promet sans jamais vraiment l’attraper. Le pitch reste puissant : Ben Richards, père complètement fauché et banni du marché du travail, accepte de participer à un show télévisé meurtrier pour payer les soins de sa fille.
Dans un futur proche, The Running Man est l’émission numéro un à la télévision : un jeu de survie impitoyable où des candidats, appelés les Runners, doivent échapper pendant 30 jours à des tueurs professionnels, sous l'œil avide d’un public captivé. Chaque jour passé augmente la récompense à la clé — et procure une dose d’adrénaline toujours plus intense. Ben Richards, ouvrier désespéré prêt à tout pour sauver sa fille gravement malade, accepte l’impensable : participer à ce show mortel, poussé par Dan Killian, son producteur aussi charismatique que cruel. Mais personne n’avait prévu que Ben, par sa rage de vivre, son instinct et sa détermination, devienne un véritable héros du peuple… et une menace pour tout le système. Alors que les audiences explosent, le danger monte d’un cran. Ben devra affronter bien plus que les Hunters : il devra faire face à un pays entier accro à le voir tomber.
Les règles sont simples : tenir trente jours face à des tueurs professionnels et à une population chauffée à blanc par une propagande permanente. S’il survit, il décroche un jackpot et une nouvelle vie. Dit comme ça, le concept a tout pour être explosif, surtout dans un monde futuriste où une méga-entreprise médiatique dirige tout et manipule l’opinion grâce à des images truquées. Le film démarre d’ailleurs plutôt bien. Les quarante premières minutes présentent un Ben Richards crédible dans sa détresse, un système médiatique glaçant et un décor social qui sent la misère et la manipulation.
À ce stade, j’y ai cru. Glenn Powell fait le job : il incarne un homme poussé à l’extrémité, mais capable d’être dangereux, brutal et imprévisible quand il n’a plus rien à perdre. Sa présence donne du relief aux premiers affrontements et crée un vrai lien avec le public. Le problème, c’est que cette intensité finit par se diluer. Le film s’étale, explique trop, répète ses enjeux et enterre lentement la pression dramatique. Là où la dystopie aurait dû devenir plus sombre, plus lourde, plus suffocante, elle reste coincée dans une forme très sage. Je ressens presque l’ombre du studio qui plane au-dessus de chaque scène, comme si tout avait été calibré pour que personne ne soit dérouté. Ce qui donne un film qui parle de propagande, de contrôle des masses, de pauvreté écrasante… mais sans le mordant que ce sujet mérite.
Le ton hésite aussi constamment. Par moments, Running Man semble vouloir jouer la carte du drame social, avec une société qui consomme la violence comme d’autres consomment de la junk food. Puis d’un coup, une petite blague tombe et casse tout l’impact. Ce n’est pas invasif, mais c’est assez présent pour empêcher le film de se poser. Certaines scènes basculent même dans une légèreté absurde qui donne l’impression de regarder un autre long-métrage, moins sombre, moins engagé. Résultat : le propos politique reste de surface, sans jamais mordre où ça pourrait faire mal. La construction narrative n’aide pas non plus. Le film dure plus de deux heures et le rythme s’en ressent.
Le milieu s’étire, multiplie les rencontres et les set pieces sans que l’intensité ne grimpe vraiment. Il y a de bonnes idées, comme un affrontement dans un cockpit d’avion ou des variations de pièges disséminés sur le parcours, mais l’ensemble manque d’enjeu émotionnel. Je regarde les scènes d’action sans m’ennuyer, mais sans vibrer non plus. L’impression dominante, c’est celle d’un film solide mais rarement surprenant.
La plus grande déception vient pourtant d’ailleurs : le manque de personnalité. Edgar Wright est un réalisateur que j’identifie en quelques secondes d’habitude. Sa mise en scène, son amour du montage, ses idées visuelles, sa façon de jouer avec le son… tout cela semble absent. Running Man ressemble à un film réalisé par quelqu’un d’autre. Ni la caméra ni la musique ne portent sa signature.
J’ai eu plusieurs fois la sensation de voir une version aseptisée d’un projet qui aurait pu être bien plus nerveux. Cela ne veut pas dire que tout est raté. Certaines séquences d’action sont efficaces, lisibles, carrées. Glenn Powell porte vraiment le film, et quelques seconds rôles apportent du relief, notamment dans les scènes où Ben tente de survivre grâce à la chance, à la rage et à la débrouille. Josh Brolin campe un responsable de réseau télévisé crédible dans sa froideur souriante. L’univers rétro-futuriste est plutôt amusant, avec ses technologies dépassées et son esthétique qui rappelle la fin des années 80. Et le dernier acte, même bancal, reste assez énergique pour relancer l’attention. Mais malgré ces moments réussis, le film manque d’ampleur.
Il parle de manipulation totale, de populations affamées prêtes à dénoncer leur voisin pour quelques crédits, d’un pays où la télé décide qui doit vivre ou mourir… et pourtant, tout sonne comme du déjà-vu. Rien n’est vraiment creusé. Rien ne dérange. Rien ne fait réfléchir longtemps après la séance. Je pense que ce récit méritait autre chose que cette approche sage, presque prudente. Au final, Running Man reste un film regardable, parfois même plaisant. Il offre de l’action, un univers engageant en surface, quelques scènes réussies, et un Glenn Powell investi qui porte le rôle comme il peut. Mais en sortant de la séance, je me suis surtout demandé comment un sujet aussi brûlant pouvait devenir un divertissement aussi inoffensif. Ce remake n’est ni un crash ni un triomphe : juste une course qui aurait pu aller beaucoup plus loin. Et c’est ce regret-là qui reste.
Note : 5.5/10. En bref, Running Man reste un film regardable, parfois même plaisant. Il offre de l’action, un univers engageant en surface, quelques scènes réussies, et un Glenn Powell investi qui porte le rôle comme il peut. Mais je me suis surtout demandé comment un sujet aussi brûlant pouvait devenir un divertissement aussi inoffensif.
Sorti le 19 novembre 2025 au cinéma
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