28 Décembre 2025
The Batimorons // De Jay Duplass. Avec Michael Strassner, Liz Larsen et Olivia Luccardi.
Derrière son titre un peu moqueur, The Batimorons cache un film bien plus fragile qu’il n’y paraît. Présenté comme une comédie romantique indépendante, le long métrage de Jay Duplass s’aventure sur un terrain délicat : celui des vies bancales, des erreurs répétées et des rencontres qui arrivent au mauvais moment. Et c’est précisément là que le film trouve son intérêt. L’histoire démarre un soir de Noël à Baltimore. Cliff, ancien humoriste d’improvisation et alcoolique en rémission, passe les fêtes dans la famille de sa fiancée. Un accident idiot — une dent cassée — l’oblige à chercher un dentiste en urgence.
Après s'être cassé une dent la veille de Noël, Cliff, nouvellement sobre, se lance dans une aventure à travers Baltimore avec Didi, son dentiste d'urgence.
Contre toute attente, il tombe sur Didi, praticienne divorcée, fatiguée par la vie, qui travaille ce soir-là alors que son ex-mari vient de se remarier le matin même. La rencontre est improbable, le timing mauvais, et pourtant quelque chose se met en place. Très vite, The Batimorons s’éloigne de la simple comédie romantique. Le film préfère observer ses personnages plutôt que les juger. Cliff n’est pas un héros modèle. Il parle trop, se met souvent dans des situations absurdes, et semble toujours à deux doigts de saboter ce qu’il touche. Sa fiancée, Brittany, le sait mieux que personne. Elle veille sur lui avec une attention presque excessive, au point de suivre ses déplacements pour éviter toute rechute.
Cette relation, bien que sincère, repose sur un équilibre fragile. Didi, de son côté, traîne un mélange de lassitude et de solitude. Son divorce est encore présent dans chaque geste, chaque silence. La voir accepter d’aider Cliff après que sa voiture a été mise à la fourrière ressemble moins à un coup de foudre qu’à une décision prise par fatigue, ou peut-être par curiosité. Le film avance ainsi, scène après scène, comme une suite d’imprévus qui forcent les personnages à rester ensemble plus longtemps que prévu. Jay Duplass filme cette nuit comme une errance. Baltimore n’est pas idéalisée, mais jamais méprisée. Les rues, les parkings, les intérieurs modestes deviennent des espaces de discussion, de tension, parfois de légèreté.
Le scénario, coécrit par Duplass et Michael Strassner, laisse une grande place aux dialogues et aux silences. L’influence de l’improvisation est évidente, sans jamais donner l’impression d’un exercice gratuit. Michael Strassner, dans le rôle de Cliff, impressionne par une énergie nerveuse et incontrôlable. Son jeu repose beaucoup sur la réaction, sur les regards, sur cette manière d’être drôle sans chercher le bon mot à tout prix. Cliff utilise l’humour comme une armure, parfois comme une fuite. Il est souvent agaçant, mais jamais vide. Chaque mauvaise décision semble venir d’un endroit identifiable : la peur de replonger, la honte du passé, l’envie d’être aimé sans condition.
Face à lui, Liz Larsen apporte à Didi une présence rare au cinéma. Le film ne cherche jamais à la transformer en cliché romantique. Elle est attirante d’une façon très simple, très réelle. Son visage raconte beaucoup, même lorsqu’elle ne dit rien. Didi n’est ni naïve ni cynique, juste prudente. La relation qui se construit avec Cliff est pleine de contradictions, et le film ne cherche pas à les lisser. Là où The Batimorons se distingue, c’est dans sa manière d’aborder la question morale. Cliff trompe émotionnellement sa fiancée. Il ment, il esquive, il repousse les conséquences. Le film ne l’excuse pas, mais il ne le condamne pas non plus frontalement. Il préfère montrer les couches successives de sa douleur.
À chaque moment où Cliff semble aller trop loin, un détail vient rappeler qu’il est déjà en train de se perdre lui-même. Le passage par une soirée d’improvisation agit comme un révélateur. Cliff revient sur scène, confronté à son ancienne vie, à ses vieux réflexes. Didi, qui découvre cet univers, comprend quelque chose d’essentiel : l’improvisation n’est pas qu’un jeu pour lui, c’est une manière de survivre. Le fameux principe du “Yes, and” devient presque une philosophie de vie pour ces deux personnages qui avancent sans plan clair. Le film n’est pas sans défauts. Certains passages semblent vouloir à tout prix rendre Cliff plus sympathique, comme si le scénario craignait que le spectateur décroche.
Cette prudence est parfois inutile, tant le personnage reste intéressant même dans ses pires moments. Le rythme peut aussi sembler étiré, notamment dans la seconde partie, mais cette lenteur correspond au trouble intérieur des protagonistes. Olivia Luccardi, dans le rôle de Brittany, apporte une vraie épaisseur à un personnage qui aurait pu rester en arrière-plan. Sa colère, mêlée d’inquiétude et d’attachement, est crédible. Elle incarne le poids des choix que Cliff refuse d’assumer immédiatement. Les personnages secondaires, bien que peu développés, donnent au film une texture vivante et cohérente. Au final, The Batimorons est une comédie romantique atypique, parfois sombre, souvent maladroite, mais profondément humaine.
Le film parle de reconstruction, de désir, de chaos personnel, sans grandes déclarations ni artifices. Il montre des gens qui essaient, qui échouent, qui continuent quand même. Ce n’est pas un film de Noël réconfortant au sens classique. C’est plutôt une parenthèse étrange, douce-amère, qui rappelle que certaines rencontres ne résolvent rien, mais permettent au moins de se regarder en face. Et parfois, c’est déjà beaucoup.
Note : 7.5/10. En bref, The Batimorons est une comédie romantique atypique, parfois sombre, souvent maladroite, mais profondément humaine. Le film parle de reconstruction, de désir, de chaos personnel, sans grandes déclarations ni artifices.
Prochainement en France en SVOD
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