1 Décembre 2025
Without Blood // De Angelina Jolie. Avec Salma Hayek, Demian Bichir et Juan Minujin.
Il y a des films qui intriguent bien avant la projection. Without Blood appartient à cette catégorie-là. Adapté du roman éponyme d’Alessandro Baricco, le projet d’Angelina Jolie avait tout pour susciter une certaine curiosité : une histoire marquée par un passé violent, un face-à-face tendu entre deux êtres liés par un événement tragique, un décor aux allures intemporelles, et deux interprètes de premier plan, Salma Hayek et Demián Bichir. Pourtant, malgré cette base solide, quelque chose se perd en route, comme si le film cherchait un équilibre qu’il n’arrive jamais à atteindre. L’intrigue repose sur un traumatisme fondateur : la nuit où Nina, alors enfant, voit son père et son frère exécutés dans leur ferme isolée.
La quête de vengeance d'une jeune fille en période de conflit au coeur de la campagne italienne.
Tito, l’un des jeunes hommes armés, découvre sa présence cachée sous une trappe, mais choisit de ne pas la dénoncer. Ce geste ambigu les lie pour toujours. Des années plus tard, devenue adulte, Nina retrouve Tito, désormais un homme fatigué qui tente de mener une existence discrète. Ce rendez-vous, apparemment anodin, se transforme en une rencontre chargée de souvenirs, de regrets et de vérités difficiles à affronter. Dès les premières minutes, Without Blood annonce la couleur avec une séquence de violence sèche, filmée avec une tension quasi western. La caméra se fixe longuement sur la brutalité des gestes, sur le chaos d’un règlement de comptes où rien n’est laissé au hasard.
Cette ouverture, appuyée sur une photographie très travaillée, donne l’impression que le film va explorer le poids des actes passés avec rugosité et intensité. Hélas, cette promesse initiale se dissout rapidement lorsqu’Angelina Jolie choisit de s’installer presque entièrement dans un long dialogue qui occupe la majeure partie du récit. La rencontre entre Nina et Tito aurait pu offrir un terrain fertile. Deux individus confrontés à une histoire commune, l’un coupable d’un crime, l’autre survivante d’une enfance volée. Mais à force de miser sur l’abstraction et la parole, Without Blood finit par se priver d’une vraie tension dramatique. La conversation, censée dévoiler les zones d’ombre de chacun, tourne souvent en rond.
Les mots cherchent un impact qu’ils n’atteignent pas toujours, donnant parfois la sensation d’écouter deux voix qui s’interrogent sans jamais se rejoindre vraiment. Salma Hayek s’empare de Nina avec une gravité marquée. Ses regards, ses silences, ses gestes semblent crier une douleur qui ne se dissipe pas. Demián Bichir, lui, s’efforce de donner corps à un homme hanté, mais reste enfermé dans des répliques qui peinent à respirer. Leur échange aurait nécessité un rythme plus habité, une mise en scène plus souple, peut-être même un cadre moins figé. Au lieu de cela, les scènes autour de la table dans ce petit restaurant deviennent statiques, absorbées par le poids de la mise en forme.
Angelina Jolie cherche à construire un film qui réfléchit à la guerre, à la violence, au destin des innocents qui en subissent les conséquences. L’idée est forte, et l’ambition légitime. Le récit s’intéresse par exemple à la manière dont les conflits écrasent les enfants et creusent des cicatrices invisibles. Il touche aussi à la question de la violence de genre, omniprésente dans les parcours de guerre mais trop souvent reléguée au second plan. Ces thématiques ancrent Without Blood dans une démarche sérieuse et engagée. Mais cette densité thématique demande un traitement narratif clair, une intention solide, une progression précise. Ici, tout semble flotter dans un espace flou, comme si le film refusait de s’enraciner quelque part.
Le choix d’un lieu et d’une époque volontairement indéterminés sert l’idée d’un récit universel, mais ce flou enlève parfois de la substance au drame. Là où un cadre précis aurait pu renforcer l’émotion, la mise en scène reste en retrait, comme paralysée par le désir de proposer un message général sur toutes les guerres. Ce parti pris fonctionne par moments, notamment dans certaines images où Nina semble avancer dans un monde trop large pour elle. Mais la plupart du temps, cette absence de repères rend l’histoire distante. Reste la direction artistique, sans doute le point où Angelina Jolie s’exprime le mieux. Le film s’habille d’une photographie sépia luxuriante, presque trop belle, avec des plans soignés qui cherchent à envoûter.
Parfois, cette beauté visuelle soutient l’émotion. Parfois, elle étouffe ce qui pourrait naître de plus brut. L’image semble compenser un vide que la narration n’arrive pas à combler. Ce contraste crée un sentiment étrange : celui d’un film qui veut hypnotiser mais qui ne parvient pas à toucher au cœur. Malgré ces limites, certains instants parviennent à sortir du lot. Un geste anodin, un regard qui change, un mot qui tombe plus lourd que les autres. Et surtout, la dernière scène, où tout devient incertain. Angelina Jolie laisse alors ses personnages au bord d’une possible décision, sans dire si elle sera tournée vers la vengeance, le pardon, ou autre chose encore.
Ce moment suspendu rend enfin justice aux ambiguïtés du roman et laisse une impression plus profonde que le reste du film ne l’aura été. Without Blood se présente donc comme un objet hybride : un drame qui cherche la vérité humaine dans un dialogue presque théâtral, un récit qui veut rendre compte des traumatismes de la guerre mais se perd dans des formules trop vagues, un film visuellement soigné qui peine à faire jaillir une réelle intensité. Le résultat n’est ni raté ni pleinement abouti. Il laisse une sensation mitigée, celle d’une œuvre honnête mais trop enfermée dans sa propre esthétique.
Malgré ses failles, Without Blood mérite d’être vu comme une tentative sincère d’explorer les traces invisibles laissées par la violence. Angelina Jolie ne manque pas de volonté ; il lui manque simplement la précision nécessaire pour que son film sonne juste du début à la fin. Pour autant, certaines images restent, et la question essentielle — peut-on réellement se libérer du passé ? — continue d’habiter l’esprit une fois la séance terminée.
Note : 3.5/10. En bref, quand Angelina Jolie cherche l’essentiel mais s’égare en chemin. Without Blood se présente donc comme un objet hybride mais se perd dans des formules trop vagues, un film visuellement soigné qui peine à faire jaillir une réelle intensité. Le résultat n’est ni raté ni pleinement abouti.
Prochainement en France en SVOD
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