5 Janvier 2026
100 Mètres // De Kenji Iwaisawa. Avec Tôri Matsuzaka, Shôta Sometani et Uchiyama Kouki.
À première vue, 100 Mètres ressemble à un récit sportif assez classique. Deux garçons, une piste d’athlétisme, des rêves de victoire et cette idée rassurante que le travail finit toujours par payer. Le genre d’histoire qui traverse facilement les frontières et qui parle à tout le monde. Pourtant, très vite, le film animé de Kenji Iwaisawa prend un virage plus trouble. Et c’est précisément là que 100 Mètres devient intéressant, sans pour autant être totalement convaincant. Le film suit Togashi et Komiya, amis d’enfance unis par la course. Plus jeunes, Togashi est le prodige. Il court vite, naturellement, sans trop se poser de questions. Komiya, lui, est plus fragile, moins sûr de lui, mais déterminé.
Togashi est né pour courir. Enfant, il est naturellement doué et remporte toutes les courses de 100 mètres sans effort. Mais en 6e, il rencontre Komiya, un nouvel élève plein de détermination, mais qui manque de technique. En lui enseignant, Togashi donne à Komiya un nouveau but : gagner quoi qu'il en coûte. Les années passent, Togashi et Komiya se rencontrent à nouveau sur la piste, comme des rivaux, et se révèlent sous leur vrai jour.
Il apprend à courir comme d’autres apprennent à survivre. Avec les années, leurs trajectoires s’inversent. Komiya progresse, grimpe les classements, pendant que Togashi stagne, doute et se perd. Le récit s’étale sur plus de quinze ans et observe leurs parcours d’athlètes, mais aussi leurs failles intérieures. Ce qui frappe d’abord, c’est que 100 Mètres ne cherche pas vraiment à être une fable motivante. Le film ne prétend jamais que tous les efforts se valent ou que le mérite gomme les inégalités de départ. Togashi et Komiya ne courent pas pour les mêmes raisons, et surtout pas avec les mêmes armes. L’un possède un talent brut qu’il n’a jamais vraiment appris à questionner. L’autre avance avec la peur de disparaître s’il s’arrête.
Le film ne met pas ces deux moteurs sur un pied d’égalité, et c’est sans doute son geste le plus honnête. La piste devient alors plus qu’un simple décor. C’est un espace silencieusement politique, sans discours appuyé, sans grandes déclarations. Un lieu où l’injustice n’est ni réparée ni excusée. Elle est là, elle agit, elle use les personnages. 100 Mètres ne cherche pas à corriger ce déséquilibre par une morale finale. Il laisse la rivalité faire son œuvre, souvent négative. La compétition ne rend pas forcément meilleur. Elle enferme, réduit les personnages à une seule fonction : courir. Et quand la course devient une identité de remplacement, le vide n’est jamais très loin. Le film ose suggérer que sans la performance, il ne reste pas grand-chose.
Cette idée traverse le récit sans être soulignée lourdement, ce qui mérite d’être salué. Là où beaucoup de productions sportives transforment l’effort en leçon de vie, 100 Mètres résiste en partie à cette tentation. Pas de discours inspirant plaqué à la fin, pas de triomphe artificiel. Juste des trajectoires qui ne se réconcilient pas vraiment. Cela dit, cette ambition thématique se heurte souvent à une écriture trop directe. Les conflits internes des personnages sont fréquemment réglés à coups de dialogues explicatifs. Une longue discussion avec un ami, un coach ou un aîné suffit parfois à effacer des doutes pourtant installés depuis des années. Ce manque de subtilité affaiblit l’impact émotionnel du film.
Les mots prennent trop de place, et donnent parfois l’impression d’entendre des phrases censées paraître profondes sans être réellement incarnées. La connexion avec les personnages reste limitée. Malgré le temps couvert par le récit, il est difficile de vraiment ressentir les risques qu’ils prennent ou ce qu’ils ont à perdre. Le film parle beaucoup de pression, de regard public, de sponsors et d’attentes, mais ces éléments restent souvent abstraits. Les enjeux existent sur le papier, mais peinent à se traduire de manière viscérale à l’écran. Résultat : certaines expériences paraissent superficielles, et l’envie d’écouter les réflexions des personnages s’émousse.
Visuellement, 100 Mètres est plus marquant. Le choix de la rotoscopie donne aux scènes de course une vraie présence physique. Les corps sont lourds, les muscles tendus, la respiration visible. Chaque foulée semble coûter quelque chose. Le sprint n’est pas idéalisé, il est montré dans sa douleur autant que dans son plaisir. Certaines séquences, notamment une course sous la pluie, impressionnent par leur énergie et leur travail graphique. Là, le film parvient à traduire ce que les mots n’arrivent pas toujours à dire. Cependant, cette recherche esthétique a aussi ses limites. Le film multiplie parfois les effets visuels, les variations de fluidité ou les distorsions d’image, comme s’il cherchait à se donner un style à tout prix. Certaines idées fonctionnent, d’autres moins.
Sur un film centré sur la course, ces choix peuvent même devenir gênants, notamment lorsque les mouvements rapides perdent en lisibilité. L’envie d’être « cool » ou différent se ressent un peu trop, au détriment de la clarté. Le récit souffre également d’une dispersion progressive. Après avoir suivi de près la quête des deux personnages principaux, le film introduit de nombreux rôles secondaires moins intéressants. Cette multiplication dilue l’attention et casse le rythme. L’histoire, déjà étirée sur une longue période, y perd en cohérence et en tension. Au final, 100 Mètres est un film animé qui mérite d’être vu pour ce qu’il tente, plus que pour ce qu’il accomplit pleinement. Il propose un regard honnête sur la compétition, sans chercher à enjoliver ses injustices.
Il refuse la leçon facile et accepte de laisser le malaise intact. Mais cette sincérité est parfois freinée par une écriture trop appuyée et une mise en scène qui cherche à impressionner plutôt qu’à approfondir. Ce n’est ni un film provocateur ni un manifeste. C’est une œuvre imparfaite, parfois touchante, parfois frustrante, qui laisse derrière elle un sentiment mitigé. 100 Mètres court vite sur la forme, trébuche sur le fond, mais garde une certaine intégrité en refusant de transformer l’injustice qu’il montre en simple moteur de consolation. Et dans le paysage très codifié des récits sportifs, ce choix-là reste appréciable.
Note : 5.5/10. En bref, 100 Mètres court vite sur la forme, trébuche sur le fond, mais garde une certaine intégrité en refusant de transformer l’injustice qu’il montre en simple moteur de consolation.
Sorti le 31 décembre 2025 directement sur Netflix
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