Made in Korea (Saison 1, épisodes 3 et 4) : le prix réel de l’ascension

Made in Korea (Saison 1, épisodes 3 et 4) : le prix réel de l’ascension

Avec les épisodes 3 et 4, Made in Korea change légèrement de rythme sans pour autant perdre sa cohérence. Là où les premiers chapitres posaient les bases politiques et stratégiques de l’intrigue, ces deux épisodes s’attardent davantage sur les conséquences humaines de la quête de pouvoir. Le récit devient plus sombre, plus intime, et parfois plus dérangeant. L’épisode 3 s’ouvre sur une idée essentielle pour comprendre la série : dans la Corée des années 1970, la loi ne s’applique pas de la même manière à tout le monde. Les civils paient le prix des règles, tandis que les services de renseignement évoluent au-dessus de toute sanction. 

 

Ce cadre explique pourquoi certains personnages pensent pouvoir négocier avec le pouvoir sans jamais en sortir gagnants. Bae Geum-ji occupe ici une place centrale. Ancienne figure du monde des escortes fréquentant les élites, elle comprend parfaitement les mécanismes de domination masculine et politique. Pourtant, sa lucidité ne la protège pas. Elle tente d’utiliser les mêmes armes que les hommes qui l’ont exploitée : l’information, la menace et le chantage. Son retour en Corée agit comme un grain de sable dans une machine déjà instable. La réunion entre les hautes sphères du pouvoir met en lumière une hiérarchie glaçante. Chaque homme écrase celui qui se trouve en dessous de lui. Gi-tae, pourtant déjà influent, reste traité comme un exécutant. 

Cette humiliation répétée nourrit son ambition autant que sa colère. La série montre bien que l’ascension sociale passe rarement par le mérite, mais par la capacité à supporter l’humiliation jusqu’au moment où il devient possible de la rendre. Geum-ji identifie très vite ce qui anime Gi-tae : le besoin de ne plus jamais être regardé de haut. Leur relation repose moins sur une attirance classique que sur une reconnaissance mutuelle. Tous deux viennent de milieux marginalisés et ont appris à survivre dans l’ombre des puissants. Elle lui propose une vision dangereuse : remplacer ceux qui dominent le système plutôt que tenter de le corriger. Ce choix moral est au cœur de l’épisode. Gi-tae n’est pas présenté comme un homme cruel par nature, mais comme quelqu’un qui accepte progressivement de sacrifier ses alliés pour sécuriser sa position. 

 

L’idée que le trafic de drogue puisse être justifié par un discours patriotique montre à quel point ses repères sont déjà déformés. La série prend le temps de montrer les effets collatéraux de ses décisions, notamment à travers sa sœur So-yeong. En l’impliquant dans le blanchiment d’argent, Gi-tae franchit une nouvelle ligne. Il ne s’agit plus seulement de survivre dans un système corrompu, mais d’y entraîner les siens. La fin de l’épisode 3 repose sur un choix irréversible. Geum-ji comprend trop tard que sa position reste fragile, même lorsqu’elle pense détenir un avantage. Son espoir n’est plus le pouvoir, mais la protection. Gi-tae, malgré ses hésitations, choisit finalement sa propre survie politique.

Cette scène marque un tournant définitif dans la perception du personnage. Gi-tae n’est plus seulement un stratège ambitieux. Il devient un acteur conscient de sa violence. Le regard porté sur lui change, et la série ne cherche pas à adoucir cet instant. L’épisode 4 adopte une structure différente en donnant davantage de place au point de vue du procureur Jang Geon-young. Ce recentrage arrive à un moment clé du récit. Les flashbacks liés à son enfance expliquent une grande partie de sa rigidité morale. La violence domestique causée par l’addiction de son père ancre son rapport très personnel à la notion de justice. Contrairement à Gi-tae, Jang n’essaie pas de transformer le système pour son propre bénéfice. 

 

Il agit souvent de manière brutale, parfois illégale, mais ses motivations restent tournées vers la protection des innocents, en particulier de sa sœur. Cette opposition idéologique renforce la tension entre les deux hommes. Le procès des soldats américains constitue l’un des moments les plus révélateurs de l’épisode. La demande de peine capitale choque, non par sa sévérité, mais par ce qu’elle révèle du désespoir de Jang face à l’impunité. Il sait que certaines vies ne pèseront jamais autant que les intérêts diplomatiques. Pendant ce temps, le jeu interne au sein de la KCIA devient de plus en plus instable. Les alliances se font et se défont au rythme des révélations. Gi-tae découvre qu’il est lui-même pris au piège par des supérieurs prêts à l’éliminer dès qu’il cesse d’être utile.

La série insiste sur un point essentiel : le pouvoir ne protège jamais durablement. Plus Gi-tae monte, plus il s’expose. Ses décisions deviennent plus radicales, notamment lorsqu’il s’en prend directement à la famille de Jang. Ce passage montre jusqu’où il est prêt à aller pour garder le contrôle. Le retour au temple, déjà aperçu plus tôt dans la série, prend ici tout son sens. Lieu spirituel transformé en cache pour l’argent sale, il devient le théâtre d’un affrontement final chargé de symboles. Le rituel chamanique, la confusion, le feu : tout participe à une scène où la frontière entre purification et destruction disparaît. Jang arrive trop tard pour empêcher le drame, mais suffisamment tôt pour mesurer l’ampleur de la corruption. 

 

Son geste de sauver une enfant au milieu du chaos souligne une différence fondamentale entre lui et Gi-tae. Là où l’un choisit encore l’humain, l’autre choisit le pouvoir. Ces épisodes 3 et 4 renforcent l’identité de Made in Korea comme un drame politique centré sur les choix plutôt que sur l’action pure. Le rythme volontairement lent peut dérouter, surtout avec un format aussi court, mais il permet d’approfondir les personnages et leurs contradictions. À ce stade, la série ne cherche plus à séduire, mais à confronter. La question n’est plus de savoir jusqu’où Gi-tae ira, mais ce qu’il restera de lui lorsqu’il atteindra le sommet. La suite devra répondre à cette interrogation sans perdre l’équilibre fragile entre intrigue et étude de caractères.

 

Note : 5.5/10. En bref, ces épisodes 3 et 4 renforcent l’identité de Made in Korea comme un drame politique centré sur les choix plutôt que sur l’action pure. Le rythme volontairement lent peut dérouter, surtout avec un format aussi court, mais il permet d’approfondir les personnages et leurs contradictions.

Disponible sur Disney+

 

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