Critique Ciné : Diamanti (2026)

Critique Ciné : Diamanti (2026)

Diamanti // De Ferzan Özpetek. Avec Luisa Ranieri, Jasmine Trinca et Stefano Accorsi.

 

Avec Diamanti, Ferzan Özpetek propose sans doute l’un de ses projets les plus ambitieux. Le film plonge le spectateur dans la Rome des années 1970, au cœur d’un atelier de couture spécialisé dans les costumes de cinéma et de théâtre. Un lieu rarement mis en avant à l’écran, pourtant essentiel à l’histoire du septième art. À travers ce décor, le réalisateur italien rend hommage aux femmes, au travail artisanal et à une certaine idée du cinéma, fondée sur le collectif, la transmission et le temps long. L’intention est belle, sincère, et souvent touchante, même si l’ensemble n’échappe pas à certaines lourdeurs. Le point de départ est volontairement simple. 

 

Un réalisateur de renom réunit ses actrices préférées. Il leur propose de réaliser un film sur les femmes. Il les projette alors à Rome, dans les années 70, dans un magnifique atelier de couture pour le cinéma et le théâtre, dirigé par deux sœurs très différentes. Dans cet univers peuplé de femmes, le bruit des machines à coudre résonne, les passions et la sororité s’entremêlent…

 

Un réalisateur célèbre réunit plusieurs actrices autour d’un projet dont il ne révèle que peu de choses. Ce flou narratif sert surtout de prétexte pour déplacer le récit vers l’essentiel : un atelier de couture dirigé par deux sœurs aux caractères opposés. L’une est plus rigide, ancrée dans la gestion et la discipline, l’autre plus instinctive, portée par l’intuition et l’émotion. Ensemble, elles font tourner cette maison où travaillent des femmes aux parcours variés, unies par le geste, le tissu et la création. Très vite, Diamanti s’impose comme un film choral. Les intrigues se multiplient, parfois à l’excès, mais elles dessinent un tableau riche de vies entremêlées. Le quotidien de l’atelier devient un microcosme où se croisent rivalités, élans de solidarité, blessures intimes et moments de grâce. 

 

Ferzan Özpetek filme ce monde avec une réelle affection. Les machines à coudre, les étoffes, les essayages et les retouches prennent une place centrale. Les gestes comptent autant que les mots, et cette attention portée au travail manuel donne au film une vraie texture. Sur le plan visuel, Diamanti flatte clairement l’œil. Les costumes occupent une place majeure, sans jamais être réduits à de simples éléments décoratifs. Ils racontent une époque, une manière de créer, un rapport au corps et à l’image. La reconstitution de la Rome des années 70 est soignée, baignée d’une lumière chaleureuse qui participe au charme général. 

 

Le film assume une esthétique élégante, parfois très appuyée, qui renforce son côté romanesque mais frôle aussi, par moments, l’effet feuilleton. Le cœur émotionnel du récit repose sur les deux sœurs à la tête de l’atelier. Jasmine Trinca s’impose avec une présence solide, incarnant une femme marquée par la vie, par le deuil et par le poids des responsabilités. Son jeu, tout en retenue, apporte une vraie crédibilité au personnage. Face à elle, Luisa Ranieri surprend et séduit. Moins connue à l’international, elle compose une figure plus flamboyante, plus tranchante, presque intimidante. Son personnage évoque parfois une patronne autoritaire sortie d’un film de mode, mais elle parvient à lui donner une épaisseur qui évite la caricature. 

 

La dynamique entre les deux actrices permet au film de retrouver un certain équilibre lorsque le scénario s’éparpille. Car Diamanti souffre aussi de son abondance. À force de multiplier les trajectoires individuelles, le récit se disperse. Certaines intrigues semblent exister uniquement pour renforcer l’idée d’un destin collectif, sans réellement trouver de conclusion marquante. Le film oscille sans cesse entre drame et comédie, ce qui fait son charme mais aussi sa limite. Le mélo italien affleure régulièrement, avec une mise en scène parfois insistante, des dialogues appuyés, une musique d’ambiance qui rappelle le genre (notamment Downton Abbey pour ma part, même si ce n’est pas italien) et un jeu inégal selon les personnages secondaires. 

 

La mise en abyme, voulue par Ferzan Özpetek, ajoute une couche supplémentaire au récit. L’idée de parler du cinéma à travers celles qui fabriquent ses costumes est pertinente, mais ce dispositif ne paraît pas toujours indispensable. Il ne nuit pas vraiment au film, mais il alourdit parfois une narration déjà dense. Les 2 heures et 15 minutes passent relativement bien, mais certaines séquences auraient gagné à être resserrées. Là où Diamanti touche juste, c’est dans sa manière d’évoquer la solidarité féminine sans discours théorique. La sororité se construit ici dans le quotidien, dans l’effort partagé, dans les tensions aussi. Les femmes de l’atelier ne sont ni idéalisées ni réduites à des symboles. Elles doutent, se trompent, s’agacent, mais avancent ensemble. 

 

Le film montre un mode de travail aujourd’hui fragilisé, presque disparu, où l’excellence reposait sur la patience, l’apprentissage et la transmission. Ferzan Özpetek signe également un film très habité par la mémoire. Celle du cinéma italien, bien sûr, mais aussi celle de ses propres souvenirs. On sent un regard nostalgique posé sur ces lieux de création, perçus comme des sanctuaires. Cette nostalgie donne au film une douceur mélancolique, mais elle l’empêche parfois de prendre du recul. Diamanti préfère célébrer plutôt que questionner, quitte à lisser certains conflits. Malgré ses défauts, le film reste attachant. Il ne révolutionne pas le cinéma italien contemporain, mais il propose une œuvre chaleureuse, généreuse, portée par un casting féminin investi. 

 

Diamanti ressemble à un hommage assumé, parfois trop appuyé, mais sincère. Un film qui séduit par son univers, ses actrices et son regard bienveillant sur celles qui œuvrent dans l’ombre. Pas un chef-d’œuvre, mais un moment de cinéma élégant, qui laisse une impression agréable, comme un tissu bien coupé, même si la couture n’est pas toujours invisible.

 

Note : 6/10. En bref, un hommage élégant aux femmes de l’ombre, entre charme et excès de mélo.

Sorti le 21 janvier 2026 au cinéma

 

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