Critique Ciné : Dreams (2026)

Critique Ciné : Dreams (2026)

Dreams // De Michel Franco. Avec Jessica Chastain, Isaac Hernández et Rupert Friend.

 

Avec Dreams, Michel Franco propose une romance qui n’en est jamais vraiment une. Derrière une affiche trompeuse et un synopsis qui laisse imaginer une histoire d’amour contrariée, le cinéaste mexicain livre un film volontairement froid, cynique, parfois dérangeant, qui utilise le sentiment amoureux comme un outil pour disséquer des rapports de domination bien plus larges. Une œuvre qui surprend, qui divise, et qui laisse rarement indifférent. L’histoire paraît simple au départ. Jennifer, Américaine riche et influente, entretient une relation amoureuse avec Fernando, jeune danseur mexicain talentueux. Leur lien semble sincère, nourri par un désir fort et une attirance évidente. 

 

Fernando, un jeune danseur de ballet originaire du Mexique, rêve de reconnaissance internationale et d’une vie meilleure aux États-Unis. Convaincu que sa maîtresse, Jennifer, une Américaine mondaine et philanthrope influente, l’aidera à réaliser ses ambitions, il quitte clandestinement son pays, échappant de justesse à la mort. Cependant, son arrivée vient bouleverser le monde soigneusement construit de Jennifer. Elle est prête à tout pour protéger leur avenir à tous deux, mais ne veut rien concéder de la vie qu'elle s'est construite.

 

Mais très vite, Dreams révèle ce qui sépare réellement les deux personnages : une frontière, bien sûr, mais surtout une barrière sociale presque infranchissable. Lorsque Fernando traverse illégalement la frontière pour rejoindre Jennifer aux États-Unis, l’amour se heurte à une réalité beaucoup plus brutale que les sentiments. Michel Franco filme cette relation avec une distance clinique. La caméra observe sans juger, mais sans chercher non plus à attendrir. Jennifer aime Fernando, du moins en apparence, mais cet amour a des limites très claires. Il doit rester discret, invisible, presque clandestin. Fernando peut exister dans l’intimité, mais jamais dans l’espace public. 

 

Dès que cette frontière est menacée, la société, la famille et le milieu social de Jennifer se chargent de la rappeler à l’ordre. Le message est limpide : certaines relations sont tolérées tant qu’elles ne dérangent pas l’équilibre établi. Le film fonctionne beaucoup sur cette hypocrisie sociale. Jennifer dirige une fondation, s’affiche comme progressiste, engagée, ouverte aux autres cultures. Pourtant, lorsqu’il s’agit de mêler réellement sa vie à celle de Fernando, le masque tombe. Le regard porté sur les Mexicains reste distant, presque condescendant. L’aide est acceptable, l’amour public beaucoup moins. Dreams met ainsi en lumière une bourgeoisie libérale qui prône l’ouverture tant qu’elle ne remet rien en cause.

 

Fernando, de son côté, n’est pas présenté comme naïf. Il comprend très vite la nature déséquilibrée de cette relation. Danseur de ballet reconnu, il parvient à intégrer une école prestigieuse et tente de construire sa vie malgré la menace constante de l’expulsion. Son ambition est réelle, son talent indéniable, mais cela ne suffit pas. Le film montre avec une certaine cruauté que le mérite, aussi fort soit-il, ne garantit aucune place dans un système verrouillé. La mise en scène insiste sur ce rapport de domination. Jennifer occupe l’espace, décide, impose le rythme. Fernando est souvent filmé en retrait, dans l’ombre, presque écrasé par la présence de sa compagne. 

 

L’affiche du film résume parfaitement cette dynamique : elle est au centre, lui reste dissimulé. Cette relation, loin d’être équilibrée, repose sur un contrôle constant, parfois doux, parfois brutal. Pourtant, Dreams ne se contente pas de figer ses personnages dans des rôles simples. Dans sa seconde partie, le film opère un basculement plus sombre. Le rapport de force évolue, se renverse partiellement, ce qui peut désorienter. Le récit devient alors plus pessimiste, presque nihiliste, refusant toute forme de réconfort. Michel Franco ne cherche jamais à rassurer. La fin, sèche et abrupte, tranche volontairement avec les attentes classiques du genre. Aucun happy end, aucune consolation facile.

 

Cette radicalité passe aussi par le traitement de l’intimité. Les scènes de sexe sont nombreuses, directes, parfois inconfortables. Elles ne sont pas là pour flatter le regard, mais pour exprimer ce que les mots ne disent pas. Dans ces moments, les corps semblent enfin à égalité, libérés des conventions sociales. Mais cette égalité reste confinée à l’espace privé. Dès que le monde extérieur s’impose, la hiérarchie reprend sa place. Le style de Michel Franco est reconnaissable : scènes courtes, ellipses fréquentes, dialogues réduits à l’essentiel. Ce choix renforce le sentiment de malaise. Dreams avance sans expliquer, laissant le spectateur combler les vides. Cette approche peut frustrer, d’autant que le film a tendance à se répéter dans ses motifs. 

 

Certaines situations reviennent, martelant le même constat sans toujours apporter de nouvelles nuances. Le contexte politique n’est jamais frontal, mais il imprègne chaque plan. Entre les allers-retours entre San Francisco et Mexico, le film évoque un racisme ordinaire, une arrogance de classe et de nation qui perdure bien au-delà des discours officiels. Dreams ne parle pas seulement d’un couple, mais d’un système où les privilèges se protègent et se transmettent, où l’ascension sociale reste une promesse rarement tenue. Le casting joue un rôle clé dans l’efficacité du film. Jessica Chastain prend un risque évident en incarnant une femme peu aimable, manipulatrice, parfois froide jusqu’à l’insupportable. 

 

Elle compose un personnage cohérent, jamais excusé par le scénario. Isaac Hernández, danseur de formation et relativement novice au cinéma, apporte une présence physique et une sincérité qui renforcent la crédibilité de Fernando. Leur alchimie repose moins sur la tendresse que sur une tension permanente, presque toxique. Dreams peut paraître répétitif, parfois excessivement pessimiste, et son absence totale d’espoir peut lasser. La mise en scène, très contrôlée, crée une distance émotionnelle qui empêche toute identification facile. Mais cette froideur fait aussi partie intégrante du propos. Michel Franco ne cherche pas à émouvoir à tout prix, mais à exposer un mécanisme social implacable.

 

Au final, Dreams s’impose comme une romance trompeuse, utilisée pour démonter le mythe de l’amour capable de tout dépasser. Un film dur, inconfortable, parfois frustrant, mais cohérent dans sa vision. Une œuvre qui laisse un sentiment étrange en sortant de la salle : celui d’avoir assisté à une histoire d’amour, sans jamais y avoir vraiment cru.

 

Note : 6.5/10. En bref, Dreams s’impose comme une romance trompeuse, utilisée pour démonter le mythe de l’amour capable de tout dépasser. Un film dur, inconfortable, parfois frustrant, mais cohérent dans sa vision.

Sorti le 28 janvier 2026 au cinéma

 

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