Critique Ciné : Man and Dog (2025)

Critique Ciné : Man and Dog (2025)

Man and Dog // De Ştefan Constantinescu. Avec Bogdan Dumitrache, Ofelia Popii et Ana Ciontea.

 

Man and Dog n’est pas un film qui cherche à séduire facilement. Dès ses premières minutes, il installe un malaise diffus, une sensation de flottement qui colle parfaitement à l’époque qu’il évoque. Le long métrage de Stefan Constantinescu s’inscrit clairement dans l’ombre de la pandémie de Covid-19, sans jamais en faire un sujet frontal. Les masques, les quarantaines, les frontières fermées sont là, en toile de fond, comme un rappel constant d’un monde devenu méfiant, fragmenté, où la confiance semble fragile. Le film s’ouvre sur une scène presque irréelle. Doru, le personnage principal, erre dans une forêt noyée dans le brouillard à la recherche de son chien, Amza. 

 

Doru, un roumain de 42 ans travaille en Suède. Afin d'enrayer la propagation du coronavirus, de nombreux pays ferment leurs frontières. Mais Doru doit absolument retourner dans sa ville natale de Constanţa. En effet, il soupçonne sa femme Nicoleta d'avoir une liaison adultérine. Accompagné du chien de sa mère, Doru commence à suivre sa femme...

 

Cette séquence, détachée du reste du récit, agit comme une annonce discrète de ce qui va suivre. Plus qu’un animal perdu, cette quête semble déjà parler d’un lien brisé, d’un besoin désespéré de retrouver un point d’ancrage dans un monde devenu flou. La brume n’est pas seulement visuelle, elle est aussi mentale. Très vite, l’élément déclencheur apparaît : un message anonyme affirmant que Nicoleta, l’épouse de Doru, le trompe. À partir de là, tout s’enclenche. Doru travaille en Suède, mais décide de rentrer en Roumanie malgré les restrictions sanitaires. Pour justifier sa présence, il invente un prétexte anodin, celui d’un baptême familial, qui reviendra comme un fil rouge tout au long du film, jusqu’à la scène finale. 

 

Ce mensonge social contraste avec la tempête intérieure qui ronge le personnage. Ce qui frappe dans Man and Dog, c’est la manière dont le film utilise la suspicion conjugale pour parler de quelque chose de plus large. Le doute envers l’autre devient le reflet d’une défiance généralisée. Doru ne doute pas seulement de sa femme, mais aussi de ses amis, de sa mère malade, et même de sa propre fille. Le sentiment d’aliénation s’installe peu à peu, nourri par un contexte où chaque contact humain semble potentiellement dangereux ou trompeur. La mise en scène accompagne parfaitement cet état d’esprit. La réalisation est sobre, précise, souvent froide. La photographie privilégie des tons pâles, presque cliniques, qui rappellent les règles strictes imposées par la pandémie. 

 

Tout paraît figé, contrôlé, comme si les personnages évoluaient dans un monde sous surveillance permanente. Cette rigidité visuelle renforce l’impression d’enfermement psychologique. Le travail sonore joue également un rôle central. Les silences sont nombreux et pesants. À l’inverse, les moments où Doru écoute de la musique folklorique, souvent joyeuse et légère, créent un décalage troublant. Ces instants semblent être les seuls où il respire vraiment, même brièvement. La musique agit alors comme une soupape, un moyen de supporter une réalité devenue trop lourde. Ce contraste accentue encore la tension intérieure du personnage.

 

Bogdan Dumitrache incarne Doru avec une retenue remarquable. Son jeu repose sur des regards, des gestes infimes, une crispation constante. Il transmet très bien ce sentiment d’inadéquation, cette impression d’être étranger à tout, même à sa propre vie. Face à lui, Ofelia Popii, dans le rôle de Nicoleta, apporte une complexité essentielle. Leur relation est marquée par une incapacité profonde à communiquer. Les mots manquent, ou arrivent trop tard, ou deviennent des armes. Une scène en particulier illustre parfaitement cette dynamique. Nicoleta finit par “avouer” une infidélité supposée, dans un long monologue chargé de détails crus. La caméra reste fixée sur le visage de Doru, laissant le spectateur dans le même flou que lui. 

 

Est-ce la vérité ? Un mensonge destiné à mettre fin à l’obsession ? Une provocation ? Le film refuse de trancher clairement, et c’est précisément ce qui rend cette scène si dérangeante. Le ton du film flirte parfois avec une forme de dark comedy. Certains dialogues, teintés d’ironie et de cynisme, font sourire avant de mettre mal à l’aise. Cette ambiguïté permanente pousse à douter de tout, y compris de ce qui semble évident. Man and Dog joue avec la perception du spectateur, l’invitant à ressentir la même incertitude que son personnage principal. Le chien, Amza, occupe une place symbolique importante. Plus qu’un compagnon fidèle, il agit comme un lien avec la réalité, une présence stable dans un monde instable. 

 

Sa disparition et sa réapparition ponctuent le récit comme des balises émotionnelles. À travers lui, le film évoque une forme de fidélité simple, presque primitive, qui contraste violemment avec les relations humaines gangrenées par le soupçon. La scène finale du baptême, marquée par une danse collective, tranche avec la froideur qui précède. La musique envahit l’espace, les corps se rapprochent. Cette danse ressemble à un rituel de réconciliation, ou du moins à une tentative de retour vers quelque chose de plus instinctif. Comme si, après des mois de distances et de méfiance, il fallait repasser par le corps pour recréer un lien. Malgré toutes ses qualités, Man and Dog n’est pas exempt de défauts. Le film regorge d’idées fortes, parfois trop. 

 

Certaines pistes semblent esquissées sans être pleinement développées, donnant une impression de fragmentation. Ce manque de cohésion peut rappeler qu’il s’agit d’un premier long métrage, ambitieux mais encore imparfait. Pourtant, Man and Dog reste une proposition singulière dans le paysage du cinéma roumain contemporain. En utilisant la pandémie comme un miroir discret de nos angoisses collectives, Stefan Constantinescu livre un drame psychologique qui interroge la place de la confiance dans nos vies. Un film inconfortable, parfois déroutant, mais qui laisse une trace durable, comme une question laissée en suspens longtemps après la dernière image.

 

Note : 5.5/10. En bref, malgré toutes ses qualités, Man and Dog n’est pas exempt de défauts. Le film regorge d’idées fortes, parfois trop. Certaines pistes semblent esquissées sans être pleinement développées, donnant une impression de fragmentation. Ce manque de cohésion peut rappeler qu’il s’agit d’un premier long métrage, ambitieux mais encore imparfait. 

Prochainement en France

 

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