Critique Ciné : On sera heureux (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : On sera heureux (2026, direct to SVOD)

On sera heureux // De Léa Pool. Avec Mehdi Meskar, Aron Archer et Alexandre Landry.

 

Avec On sera heureux, Léa Pool propose un film qui se tient à la croisée de la romance et du cinéma politique. Le point de départ est simple, presque classique : une histoire d’amour contrariée. Mais ici, l’obstacle n’est pas seulement social ou intime, il est administratif, juridique, parfois brutal. Le film s’attaque frontalement aux politiques d’immigration et à leurs conséquences concrètes sur les corps et les sentiments. Une ambition forte, parfois trop lourde à porter, mais portée par de vrais moments de cinéma. Le récit suit Saad, jeune Marocain installé au Québec, et Reza, réfugié iranien arrivé clandestinement à Montréal. Les deux hommes s’aiment, intensément, presque immédiatement. 

 

Le parcours de Saad, un jeune marocain exilé au Québec, prêt à tout pour sauver l’homme qu’il aime, un réfugié iranien menacé d'être renvoyé dans son pays où une mort certaine l'attend. Pour tenter l’impossible, Saad entreprend de séduire un influent porte-parole du ministère de l’Immigration. Ce pari dangereux déclenche une série d’événements aussi intimes que politiques, où chaque décision engage bien plus que des sentiments.

 

Cette relation, née dans l’urgence et la peur, se construit sous une menace constante : le renvoi de Reza en Iran, où l’homosexualité est criminalisée et peut mener à la mort. Cette donnée n’est jamais abstraite dans le film. Elle pèse sur chaque regard, chaque geste, chaque silence. L’amour n’est pas ici un refuge, mais un risque permanent. Pour tenter de sauver l’homme qu’il aime, Saad se lance dans une stratégie aussi désespérée que moralement trouble : séduire un haut fonctionnaire lié au ministère de l’Immigration. À partir de là, On sera heureux glisse vers une zone grise, où le désir devient une monnaie d’échange, où la séduction se mêle à la survie. Le film ne cherche pas à juger ce choix, mais à en explorer les conséquences. 

 

Cette ambiguïté constitue l’un de ses aspects les plus intéressants. Léa Pool filme les corps avec une attention rare. Les scènes d’intimité entre hommes sont directes, assumées, sans détour inutile. Les gestes sont tendres, parfois maladroits, toujours chargés d’une fragilité palpable. La caméra n’espionne pas, elle accompagne. Cette manière de filmer donne au film une dimension très incarnée, presque sensorielle, qui fonctionne bien mieux que certains passages plus explicatifs. Le personnage de Saad, interprété par Mehdi Meskar, est au cœur du film. Il incarne un homme pris entre plusieurs identités, plusieurs rôles, plusieurs mensonges. Saad aime, manipule, protège, trahit parfois. Ce mélange rend le personnage complexe, mais aussi difficile à cerner totalement. 

 

Certaines décisions peuvent dérouter, mais elles restent cohérentes avec la situation extrême dans laquelle il évolue. Face à lui, le personnage de Laurent, fonctionnaire de l’immigration incarné par Alexandre Landry, apporte une surprise inattendue. Là où le film aurait pu tomber dans une représentation froide et caricaturale de l’État, il choisit au contraire de donner à ce personnage une réelle vulnérabilité. Laurent n’est ni un simple rouage, ni un monstre bureaucratique. Il doute, il désire, il se laisse toucher. Cette humanisation de l’institution crée une tension intéressante et évite le manichéisme. En revanche, la relation entre Saad et Reza fonctionne de manière plus inégale. Le personnage de Reza, pourtant central sur le papier, reste souvent à distance. 

 

Son comportement, parfois égoïste ou manipulateur, complique l’identification émotionnelle. Là où le film cherche sans doute à montrer les dégâts psychologiques de l’exil et du trauma, le résultat peut laisser une impression de froideur ou de déséquilibre dans la relation. Cette distance émotionnelle affaiblit par moments l’impact de l’histoire d’amour principale. Sur le plan de l’écriture, On sera heureux porte clairement la marque de Michel Marc Bouchard. Les thèmes lui sont familiers : homosexualité, secret, honte, révélation, rapports de pouvoir. Le scénario avance par touches successives, à travers des flashbacks bien intégrés qui éclairent progressivement le passé des personnages. 

 

Le film fait confiance au spectateur, au moins dans ses deux premiers tiers, en suggérant plus qu’en expliquant. C’est justement dans sa dernière partie que le film montre ses limites. Le rythme s’accélère brutalement, les enjeux s’accumulent, les dialogues deviennent plus démonstratifs. Certaines scènes, notamment dans les bureaux de l’immigration, semblent trop appuyées, presque irréalistes dans leur intrusion dans l’intime. La subtilité installée auparavant s’effrite au profit d’un montage plus explicatif, comme si le film craignait soudain de ne pas être compris. Cette précipitation affecte aussi la cohérence émotionnelle. À vouloir tout résoudre, tout lier, tout conclure, On sera heureux perd un peu de sa force initiale. 

 

Le film cherche à refermer toutes ses pistes, là où certaines auraient gagné à rester ouvertes. Pourtant, la toute dernière séquence parvient à redresser la barre. Elle est chargée d’émotion, portée par une décision politique lourde de sens, et laisse une trace durable. Visuellement, le travail du directeur de la photographie Yves Bélanger apporte une vraie valeur ajoutée. Les images sont souvent magnifiques, notamment lorsqu’elles captent les corps dans leur solitude ou leur désir. Certains plans, très simples en apparence, dégagent une poésie discrète, presque documentaire. Une scène d’arrestation au port de Montréal, filmée sans effet, touche par sa retenue et sa justesse. Certaines images restent durablement en mémoire, notamment celles situées en Iran, ou censées s’y dérouler. 

 

Une séquence de pendaison publique, insoutenable, rappelle brutalement ce qui est en jeu. Elle dépasse le cadre du récit pour s’imposer comme un rappel politique glaçant, difficile à oublier. Au final, On sera heureux est un film traversé par de vraies qualités et de vraies fragilités. Quand il se concentre sur l’intimité, les corps, les silences, il touche juste. Quand il cherche à tout dire sur l’immigration, l’exil, la politique et l’amour à la fois, il se disperse. L’ambition est louable, mais parfois trop lourde pour un seul film. Malgré ses déséquilibres, On sera heureux reste une œuvre sincère, portée par une vraie volonté de montrer ce que les frontières font aux vies et aux sentiments. Un film imparfait, mais habité, qui laisse derrière lui des images fortes et une question persistante : jusqu’où faut-il aller pour avoir le droit d’aimer.

 

Note : 5/10. En bref, On sera heureux est un film traversé par de vraies qualités et de vraies fragilités. Quand il se concentre sur l’intimité, les corps, les silences, il touche juste. Quand il cherche à tout dire sur l’immigration, l’exil, la politique et l’amour à la fois, il se disperse. 

Prochainement en France

 

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