8 Janvier 2026
Qui Brille au Combat // De Joséphine Japy. Avec Mélanie Laurent, Pierre-Yves Cardinal et Sarah Pachoud.
Avec Qui brille au combat, Joséphine Japy passe pour la première fois derrière la caméra. Un choix qui n’a rien d’anodin tant le film porte une charge intime forte. L’actrice, révélée notamment dans Mon inconnue et Eugénie Grandet, s’attaque ici à un sujet frontal : le quotidien d’une famille confrontée au handicap lourd de la cadette. Un thème délicat, risqué, qui demande de l’équilibre et une vraie justesse de regard. Le film ne cherche pas à adoucir la réalité. Il préfère montrer, parfois de façon rude, ce que cette situation impose aux corps, aux liens et aux silences.
Qui Brille au Combat est le sens étymologique du prénom Bertille, la plus jeune des deux sœurs de la famille Roussier, atteinte d’un handicap lourd au diagnostic incertain. La famille vit dans un équilibre fragile autour de cet enfant qui accapare les efforts et pensées de chacun, et qui pourrait perdre la vie à tout moment. Chacun se construit, vit comme il peut avec les exigences de ce rythme et les incertitudes qui l’accompagnent. Les parents, Madeleine et Gilles, la sœur aînée, Marion. Quel quotidien et quels avenirs pour une mère, un père, un couple, une adolescente que la responsabilité de sa cadette a rendu trop vite adulte ? Lorsqu’un nouveau diagnostic est posé, les cartes sont rebattues et un nouvel horizon se dessine...
L’histoire se concentre sur une famille plutôt aisée, installée sur la Côte d’Azur. Bertille, la plus jeune, est atteinte d’un syndrome génétique rare qui la rend totalement dépendante. Autour d’elle gravitent des parents fatigués mais aimants, et surtout Marion, la grande sœur de 17 ans, coincée entre un sens aigu du devoir et un désir d’émancipation légitime. Le film s’attarde moins sur la maladie en elle-même que sur ses conséquences indirectes : l’usure du couple parental, la charge mentale constante, et la place difficile laissée à celle qui n’est « pas malade », mais qui doit pourtant grandir dans ce contexte. Dès les premières scènes, Qui brille au combat installe une atmosphère de retenue.
Tout est maîtrisé : les gestes, les regards, les silences. La mise en scène semble avancer avec prudence, comme si elle craignait de déranger. Cette approche a ses qualités : elle évite le pathos facile et refuse les effets appuyés. Certaines scènes sont même difficiles à regarder, tant le réalisme est assumé, notamment dans les moments de crise liés au handicap. Le film ne détourne pas les yeux, et cette frontalité mérite d’être soulignée. Le titre du film prend tout son sens à travers le prénom de Bertille, qui signifie littéralement « qui brille au combat ». Pourtant, et c’est l’un des paradoxes du film, la jeune fille reste souvent en retrait du récit. Sa présence est centrale, mais son point de vue reste peu exploré.
Elle devient presque un point fixe autour duquel les autres personnages existent, évoluent, souffrent. Ce choix peut frustrer. Le film parle davantage de ceux qui accompagnent le handicap que de celle qui le vit dans sa chair. Le personnage de Marion, incarné par Angelina Woreth, apparaît comme le véritable cœur émotionnel du film. Adolescente attentive, généreuse, parfois épuisée, elle sacrifie une partie de son insouciance pour soutenir sa famille. Le film capte bien cette tension : l’amour sincère pour sa sœur, et en même temps l’envie de respirer, de vivre autre chose, ailleurs. Angelina Woreth livre une prestation très juste, sans excès, et parvient à rendre visible ce tiraillement intérieur permanent.
Face à elle, Mélanie Laurent incarne une mère dépassée, tentant de tenir un équilibre fragile. Le jeu reste contenu, sans surenchère, ce qui fonctionne plutôt bien. Le père, interprété par Pierre-Yves Cardinal, complète ce tableau d’un couple usé, qui s’accroche malgré tout. La direction d’acteurs est clairement l’un des points solides du film. Personne ne force l’émotion, et cette retenue donne parfois plus de poids aux scènes familiales les plus simples : un repas, un regard qui fuit, un silence trop long. Visuellement, Qui brille au combat bénéficie d’un vrai soin. La photographie, très lumineuse, joue sur les contrastes entre la douceur du décor et la dureté de la situation.
La Côte d’Azur, baignée de soleil, devient presque un contrepoint ironique à la fatigue intérieure des personnages. Le choix du format, plus vertical, accentue la sensation d’enfermement, comme si les corps étaient constamment à l’étroit, même dans des espaces ouverts. La mise en scène reste élégante, parfois trop sage, mais cohérente avec le ton général. Le principal reproche vient sans doute de la construction du récit. Le film adopte une narration chorale, multipliant les points de vue et les sous-intrigues. Cette dispersion affaiblit parfois le propos. À mi-parcours, le film semble hésiter sur sa direction, perdant un peu de son focus initial.
Certaines situations sont esquissées puis abandonnées, et l’ensemble manque parfois de tension dramatique. Le dernier tiers accélère trop vite, comme si le film craignait de s’attarder davantage sur des choix pourtant cruciaux. Cette précipitation nuit à la conclusion. La fin, assez ouverte, laisse un sentiment d’inachevé. Elle propose une forme d’espoir, mais sans véritable résolution. Là où un rythme plus posé aurait permis de mieux accompagner les personnages jusqu’au bout, le film préfère s’arrêter en chemin. Ce choix peut se défendre, mais il donne l’impression que le récit n’ose jamais aller totalement au fond de ce qu’il raconte.
Malgré ces limites, Qui brille au combat reste un film sincère. Il ne triche pas avec son sujet et refuse les facilités émotionnelles. Le réalisme, parfois étouffant, peut laisser certains spectateurs à distance, plus oppressés qu’émus. Mais le film a le mérite de montrer les choses telles qu’elles sont, sans embellir ni dramatiser à outrance. Il parle du handicap comme d’une présence constante, qui redéfinit tout, sans jamais devenir un simple outil narratif.
Ce premier long-métrage révèle une réalisatrice attentive, soucieuse de dignité et de justesse. La mise en scène manque encore d’audace, le scénario de cohésion, mais l’ensemble témoigne d’un regard déjà affirmé. Qui brille au combat n’est pas un film facile, ni toujours pleinement abouti, mais il porte une parole intime et honnête. Un film imparfait, parfois trop prudent, mais habité par une vraie humanité, et par des performances d’acteurs qui donnent corps à ce combat silencieux du quotidien.
Note : 5/10. En bref, ce premier long-métrage révèle une réalisatrice attentive, soucieuse de dignité et de justesse. La mise en scène manque encore d’audace, le scénario de cohésion, mais l’ensemble témoigne d’un regard déjà affirmé.
Sorti le 31 décembre 2025 au cinéma
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