8 Janvier 2026
Le lancement d’une nouvelle saison reste toujours un moment particulier pour une série policière. Il pose les bases, donne une direction et permet de comprendre ce que les scénaristes souhaitent raconter sur la durée. Avec Master Crimes, la saison 3 démarre avec deux épisodes qui cherchent clairement à installer un nouveau ton, mais sans parvenir à convaincre pleinement dès les premières minutes. Le premier épisode de la saison 3 s’ouvre sur une image qui se veut marquante. Louise Arbus et Oscar traversent Paris à bord d’un bateau de la brigade fluviale, direction l’île aux Cygnes.
Le décor est reconnaissable, presque carte postale, et sert d’écrin à une découverte macabre : le corps d’une jeune femme retrouvé au pied de la statue de la Liberté, vêtue d’une robe de mariée, les yeux crevés après avoir été étranglée. Sur le papier, l’idée intrigue. Dans les faits, le traitement laisse une impression de légèreté mal maîtrisée. L’enquête avance sans réelle tension, comme si les enjeux restaient artificiels. Le contraste entre la mise en scène et le fond de l’intrigue crée un décalage difficile à ignorer. L’affaire paraît rapidement téléphonée, sans réelle construction autour des suspects ou des motivations. L’un des points qui déstabilise le plus dans cet épisode reste l’intégration d’un arc autour de la voyance.
Introduire un élément ésotérique dans une série policière peut fonctionner, à condition de l’assumer et de l’exploiter intelligemment. Ici, cette idée semble plaquée, mal amenée, et casse le rythme de l’épisode. Certaines scènes donnent même l’impression de basculer involontairement vers quelque chose de proche de la parodie. La saison 2 de Master Crimes avait trouvé un certain équilibre grâce aux étudiants, véritables moteurs de la série. Leur dynamique, leurs échanges et leurs failles apportaient une dimension différente au récit policier classique. Dans ce premier épisode de la saison 3, ces personnages passent clairement au second plan. Louise Arbus et le capitaine Delandre occupent une place centrale, au détriment de cette dimension collective qui faisait l’identité de la série.
Le problème ne vient pas de leur présence en soi, mais du manque de relief donné aux autres protagonistes. Les scènes au commissariat s’enchaînent sans véritable saveur, donnant parfois l’impression de voir une série policière parmi tant d’autres. L’arrivée de Mika, interprété par Mikaël Mittelstadt, aurait pu apporter un souffle nouveau. Son passé compliqué est évoqué, mais sans réelle intégration dans le groupe ou dans l’intrigue. Le personnage existe, mais semble encore chercher sa place. À ce stade, difficile de comprendre quelle direction lui sera donnée et quel sera son rôle réel dans la saison. Ce début de saison marque toutefois un tournant plus intime.
Louise Arbus se retrouve directement concernée par une intrigue impliquant son fils Guillaume. Cette dimension personnelle brouille volontairement la frontière entre analyse criminelle et lien affectif, une idée intéressante sur le principe. Malheureusement, l’exécution manque de subtilité dans ce premier épisode. Certaines scènes, notamment la conclusion avec un meurtrier encapuchonné surgissant de manière appuyée, provoquent plus de surprise involontaire que de tension. L’effet dramatique recherché tombe à plat et frôle parfois le caricatural. Un détail amuse malgré tout : une réplique de Louise Arbus sur sa vie sentimentale qui ressemble à un clin d’œil assumé.
Ce genre de touche fonctionne ponctuellement, mais ne suffit pas à compenser les faiblesses de l’ensemble. Le second épisode de la saison 3 corrige partiellement le tir. L’intrigue démarre dans un manoir à la décoration psychédélique, lors d’une fête de divorce qui vire au drame. Une main émerge d’un paquet cadeau, tenant un livre intitulé Nouvelle vie. Le décor, l’ambiance et le point de départ donnent immédiatement une identité plus marquée à l’épisode. L’enquête se révèle plus agréable à suivre, avec une tonalité plus en phase avec l’esprit initial de Master Crimes. Le mystère reste simple, mais mieux rythmé. L’épisode assume davantage son côté divertissant, sans chercher à se prendre trop au sérieux.
Même si les étudiants restent encore trop discrets, quelques interactions avec Louise Arbus permettent de retrouver ce qui faisait le sel de la série à ses débuts. Cette légère réintroduction du collectif apporte un peu d’air frais après un premier épisode étouffant. Malgré cette amélioration, certains défauts persistent. Les scènes au commissariat continuent d’être redondantes et manquent d’inspiration. La série peine encore à trouver l’équilibre entre enquête policière classique et approche plus originale basée sur l’enseignement, l’analyse et la dynamique de groupe. Le duo Louise Arbus / Delandre occupe toujours une place trop importante par rapport aux étudiants.
Ce déséquilibre pose question, surtout lorsque l’on se souvient que la force de Master Crimes résidait justement dans cette galerie de personnages jeunes, imparfaits et impliqués dans les enquêtes. La fin de l’épisode 2, centrée à nouveau sur le fils de Louise, tente de créer un suspense sur la suite de la saison. L’intention est claire, mais l’impact reste limité pour le moment. L’intrigue personnelle intrigue sans encore convaincre. Après ces deux premiers épisodes, la saison 3 de Master Crimes ne s’impose pas comme une évidence. L’impression générale reste celle d’un démarrage hésitant, à la recherche de son identité. La folie et l’audace des débuts semblent s’être estompées, sans être remplacées par une vision réellement affirmée.
La série avait déjà tenté, en saison 2, de s’assombrir légèrement sans aller au bout de cette transformation. Cette saison 3 semble poursuivre cette indécision, oscillant entre enquête légère, drame personnel et codes du polar télévisé classique. Rien n’est irrémédiable à ce stade. Certains éléments restent prometteurs, à condition que les épisodes suivants redonnent de l’espace aux étudiants et assument davantage une direction claire. Pour l’instant, ce début de saison suscite surtout des interrogations sur l’intérêt et la cohérence de ce nouveau chapitre de Master Crimes.
Note : 4/10. En bref, après ces deux premiers épisodes, la saison 3 de Master Crimes ne s’impose pas comme une évidence. L’impression générale reste celle d’un démarrage hésitant, à la recherche de son identité. La folie et l’audace des débuts semblent s’être estompées, sans être remplacées par une vision réellement affirmée.
Diffusé sur TF1 à partir du 8 janvier 2026, disponible sur TF1+
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