Critique Ciné : Sans pitié (2026)

Critique Ciné : Sans pitié (2026)

Sans pitié // De Julien Hosmalin. Avec Adam Bessa, Tewfik Jallab avec Jonathan Turnbull.

 

Avec Sans pitié, Julien Hosmalin signe un premier long-métrage très personnel, nourri par ses souvenirs d’enfance et un rapport intime à la violence. Le film s’ancre dans un décor rarement exploré au cinéma français : celui d’une petite fête foraine, monde à part, à la fois vivant, précaire et chargé de tensions sourdes. Ce cadre donne d’emblée une vraie singularité au récit et installe une atmosphère poisseuse qui attire l’attention. Sans pitié démarre comme un drame social rugueux avant de glisser progressivement vers un thriller de vengeance plus frontal. Une trajectoire ambitieuse, parfois convaincante, parfois plus mécanique.

 

Maria élève seule ses deux fils, Ryan et Dario. À eux trois ils tiennent le stand de tir dans une petite fête foraine. Après une balade en moto avec son grand frère, Dario disparait et reste introuvable. C’est seulement le lendemain qu’il réapparait blessé et muré dans le silence. Vingt ans plus tard, à la mort de leur mère, les deux frères se retrouvent. Dario a reconstruit sa vie au Canada, alors que Ryan est lui, resté à Ferris Wheel, vivant du stand et de petites combines. Dario redécouvre cette vie foraine, presque oubliée, et la famille qui la compose. Mais un soir, parmi l’entourage de Ryan, il se retrouve par hasard, face à l’un de ses ravisseurs. De ce jour, les deux frères doivent composer avec d’un côté la vengeance, et de l’autre, le pardon…

 

L’histoire s’ouvre sur Maria, mère seule, élevant ses deux fils, Rayan et Dario, au cœur de cette communauté foraine. Un drame survient : le cadet disparaît, puis revient brisé, mutique, marqué à vie. Le film opère ensuite une longue ellipse temporelle. Vingt ans plus tard, à la mort de leur mère, les deux frères se retrouvent. Un visage croisé, une présence du passé, suffit à raviver une plaie jamais refermée. À partir de là, Sans pitié bascule clairement dans un récit de règlements de comptes. La première partie du film est sans doute la plus réussie. Julien Hosmalin y installe un climat inquiétant sans forcer les effets. La fête foraine devient un espace mental, presque organique, où chaque manège, chaque caravane semble chargé d’une mémoire douloureuse. 

 

La caméra prend le temps de filmer les regards, les silences, les corps. La violence est souvent suggérée, laissée hors champ, ce qui lui donne plus de poids. On sent un réalisateur attentif à l’atmosphère, influencé par un certain cinéma américain, sans chercher à en faire une copie directe. Cette approche sensible fonctionne d’autant mieux que la relation entre les deux frères constitue le cœur du film. Tewfik Jallab incarne Rayan avec une sobriété efficace, tandis qu’Adam Bessa prête à Dario une présence fantomatique, presque spectrale. Son regard hante le film. Il traverse les scènes comme un corps revenu d’entre les morts, porteur d’un passé qu’il ne parvient pas à formuler. 

 

Cette composition froide et mutique impressionne, même si elle finit parfois par enfermer le personnage dans une posture un peu trop monolithique. Lorsque le film change de rythme et entre dans sa deuxième partie, Sans pitié devient plus musclé, plus violent, plus direct. Les dialogues se raréfient au profit de scènes d’action sous tension. Le récit s’oriente alors vers un film de vengeance pur et dur, où les règlements de comptes s’enchaînent de manière presque inévitable. La mise en scène reste soignée, très découpée, parfois même trop appliquée. Chaque mouvement narratif semble attendu, chaque étape déjà vue ailleurs. C’est sans doute là que le film perd un peu de sa force initiale. 

 

À force de vouloir embrasser les codes du thriller et du polar, Sans pitié sacrifie une part de son authenticité. La noirceur devient constante, presque programmatique, et finit par paraître artificielle. Le film ne manque pas de sincérité, mais il semble parfois plus préoccupé par son efficacité que par ce qu’il raconte vraiment. L’émotion, très présente au début, se dilue peu à peu dans un enchaînement de situations violentes. La question de l’ellipse temporelle interroge également. Le passage de l’enfance à l’âge adulte laisse dans l’ombre toute une période de la vie de Dario. Cette absence crée un mystère intéressant, mais aussi un manque. Le spectateur devine des choses sans jamais pouvoir les ressentir pleinement. 

 

Ce choix narratif affaiblit certains enjeux, même si le retour du frère disparu relance efficacement l’intrigue principale. Sur le plan formel, Sans pitié affiche une vraie maîtrise visuelle. Le travail sur la lumière, le cadre et le son témoigne d’un réalisateur cinéphile, attentif aux détails. Certains plans sont marquants, notamment dans la manière de filmer les espaces forains comme des lieux de tension permanente. La direction artistique est cohérente, assumée, et donne au film une identité claire. En revanche, cette stylisation constante finit parfois par rigidifier le récit, qui devient très sec, presque trop. Le film cherche clairement une ampleur plus large, avec des références assumées au cinéma de genre américain. 

 

Cette ambition est respectable, mais elle atteint ses limites. Sans pitié n’est jamais ridicule, mais il donne parfois l’impression d’une copie très appliquée, qui peine à trouver sa propre étincelle. Il manque ce petit décalage, ce moment imprévisible qui ferait basculer le film vers quelque chose de vraiment marquant. Malgré ces réserves, difficile de nier l’impact de certaines scènes et la crédibilité de l’univers proposé. Les interactions secondaires, comme celle avec le personnage du douanier, ouvrent de belles failles émotionnelles. Le film avance avec sérieux, sans chercher l’effet facile, et assume un ton âpre jusqu’au bout. Julien Hosmalin choisit un réalisme brut, presque minimaliste, qui donne parfois de la force à son récit, même s’il en limite aussi l’ampleur émotionnelle.

 

Sans pitié n’est donc ni un coup d’éclat, ni un film anodin. C’est une œuvre imparfaite, parfois trop sèche, parfois trop démonstrative, mais profondément sincère. Un premier film qui témoigne d’un vrai regard de cinéaste, encore en construction, mais déjà solide sur le plan technique. Il laisse une trace discrète, une ambiance, quelques images persistantes. Pas un film inoubliable, mais une proposition sérieuse, qui pose les bases d’un réalisateur à suivre.

 

Note : 5.5/10. En bref, Sans pitié est une œuvre imparfaite, parfois trop sèche, parfois trop démonstrative, mais profondément sincère. Un premier film qui témoigne d’un vrai regard de cinéaste, encore en construction, mais déjà solide sur le plan technique. 

Sorti le 14 janvier 2026 au cinéma

 

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