13 Janvier 2026
The Travellers // De Bruce Beresford. Avec Nicholas Hammond, Luke Bracey et Bryan Brown.
Avec The Travellers, Bruce Beresford signe un drame intime centré sur le retour au pays, la famille et la fin de vie. Sur le papier, le projet a de quoi intriguer : un artiste expatrié rentre en Australie pour accompagner sa mère mourante et se retrouve confronté à un père vieillissant, une sœur plus ancrée localement et tout un passé laissé en suspens. Le casting, emmené par Bryan Brown, Luke Bracey et Susie Porter, promettait aussi un film solide sur le plan émotionnel. Pourtant, malgré quelques qualités évidentes, The Travellers peine à trouver sa raison d’être et finit par laisser une impression assez fade. L’histoire suit Stephen, un scénographe reconnu, installé en Europe depuis plusieurs années.
Stephen Seary, un scénographe de théâtre, retourne en Australie pour dire au revoir à sa mère mourante. Ce qui devait être un court séjour se transforme en chaos, en drame et en moments drôles alors qu’il jongle avec les tensions familiales, d’anciens amants et son retour imminent en Europe pour un contrat d’opéra.
Son retour en Australie occidentale n’a rien d’un voyage apaisé. Il retrouve une maison familiale laissée à l’abandon, un père de plus en plus imprévisible et une mère hospitalisée en fin de vie. Dès les premières scènes, le film insiste sur le décalage entre Stephen et son environnement d’origine. Sa façon de parler, de s’habiller, ses références culturelles : tout le désigne comme quelqu’un qui ne vit plus vraiment ici. Le regard que les autres portent sur lui, parfois moqueur ou hostile, appuie lourdement cette idée. Ce contraste entre l’Europe cultivée et l’Australie plus brute est au cœur du film, mais il est traité de manière assez simpliste. Les dialogues soulignent trop souvent ce fossé, au lieu de le laisser exister naturellement.
Certaines situations donnent l’impression d’illustrer un propos plutôt que de raconter une histoire. Le film veut parler d’identité, d’appartenance, de racines, mais il le fait avec des codes un peu datés, qui manquent de subtilité. Le rythme du film est volontairement lent. Beresford installe une ambiance calme, presque cotonneuse, avec beaucoup de scènes de discussions feutrées et de silences. Cette approche peut fonctionner dans un drame familial, mais ici, elle finit par étouffer l’émotion. Le film semble constamment retenir ses élans, comme s’il avait peur d’aller trop loin. Résultat : les tensions restent souvent en surface, alors que le sujet aurait mérité davantage de nerf et de sincérité brute.
La relation entre Stephen et son père Fred est pourtant l’un des éléments les plus intéressants du film. Fred est un personnage ambigu, parfois touchant, parfois inquiétant. Il accumule les comportements étranges, laisse la maison se délabrer, adopte des habitudes de plus en plus marginales. Le film a l’intelligence de ne jamais poser de diagnostic clair, laissant planer le doute entre excentricité, vieillesse et début de démence. Sur ce point, The Travellers évite le manichéisme et se rapproche d’une forme de réalisme. Bryan Brown porte largement le film sur ses épaules. Son interprétation donne de l’épaisseur à un personnage qui aurait pu sombrer dans la caricature. Un regard fatigué, un geste maladroit, une réplique lâchée à contretemps suffisent souvent à rendre Fred crédible et humain.
À chaque apparition, il apporte une énergie que le film peine parfois à maintenir ailleurs. Luke Bracey, dans le rôle de Stephen, propose un jeu plus retenu. Le personnage est volontairement distant, parfois arrogant, souvent peu attachant. Ses choix de vie, notamment sur le plan sentimental, rendent difficile l’identification. Le film insiste sur ses conquêtes et ses écarts, y compris à un moment où sa mère est en train de mourir. Ce traitement donne une image assez froide du personnage et pose question : difficile de comprendre ce que le film cherche réellement à dire à travers ces comportements, tant ils finissent par parasiter l’émotion principale. Susie Porter, dans le rôle de la sœur, apporte un certain équilibre entre ces deux figures masculines.
Plus pragmatique, plus enracinée, elle sert souvent de médiatrice. Malheureusement, le personnage manque de développement. Elle est là pour faire avancer certaines scènes, mais le film ne lui donne jamais vraiment l’espace nécessaire pour exister pleinement. L’un des gros points faibles de The Travellers reste son écriture. Beaucoup de sujets forts sont abordés — la fin de vie, la maladie, la vieillesse, le retour au pays, la famille éclatée — mais rarement approfondis. Certaines scènes, notamment à l’hôpital, manquent de justesse et de sensibilité. Les dialogues du personnel médical paraissent parfois maladroits, voire irréalistes, ce qui casse l’immersion et empêche l’émotion de s’installer durablement.
Le dernier acte du film bascule clairement dans le sentimental. Des personnages jusque-là désagréables deviennent soudainement plus aimables, comme si le scénario cherchait à boucler les arcs à tout prix. Cette résolution appuyée donne une impression artificielle, presque gênante. Le film semble vouloir réconcilier tout le monde, sans vraiment avoir pris le temps de confronter les conflits en profondeur. Visuellement, The Travellers fait le choix de la sobriété. La mise en scène est discrète, parfois trop. Le film mise presque exclusivement sur ses dialogues et ses acteurs, au détriment d’une vraie mise en tension cinématographique.
Cette approche peut séduire par moments, mais elle accentue aussi le sentiment de film figé, presque théâtral. Au final, The Travellers n’est pas un mauvais film, mais c’est un film décevant. Il contient de beaux moments, portés principalement par Bryan Brown, et une sincérité évidente dans sa démarche. Pourtant, son excès de retenue, son écriture trop sage et son recours appuyé au sentimentalisme l’empêchent de réellement marquer. Le sujet méritait plus d’audace et de profondeur. Il reste un drame correct, mais difficile de se souvenir longtemps de ce voyage une fois arrivé à destination.
Note : 4.5/10. En bref, The Travellers n’est pas un mauvais film, mais c’est un film décevant. Il contient de beaux moments, portés principalement par Bryan Brown, et une sincérité évidente dans sa démarche. Pourtant, son excès de retenue, son écriture trop sage et son recours appuyé au sentimentalisme l’empêchent de réellement marquer.
Sorti le 12 janvier 2026 directement en SVOD
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