Critique Ciné : Gangs of Copenhagen (2026, direct to SVOD, Blu-ray et DVD)

Critique Ciné : Gangs of Copenhagen (2026, direct to SVOD, Blu-ray et DVD)

Gangs of Copenhagen // De Jahfar Muataz. Avec Afshin Firouzi, Albert Arthur Amiryan et Charlotte Fich.

 

Avec Gangs of Copenhagen, Jahfar Muataz signe un film ancré dans un réalisme brut, qui explore la difficulté de tourner le dos à un passé criminel quand celui-ci revient frapper à la porte. Le long-métrage s’inscrit clairement dans la veine du thriller urbain, mais cherche surtout à raconter un combat intérieur, celui d’un homme coincé entre ce qu’il a été et ce qu’il essaie de devenir. L’histoire suit Cairo, un ancien criminel qui a quitté le milieu depuis plusieurs années. Aujourd’hui, il travaille dans un programme de sortie de gangs, aidant d’autres hommes à ne pas répéter ses erreurs. 

 

Un criminel repenti renoue avec la violence lorsqu'il replonge dans le monde brutal de la pègre de Copenhague pour retrouver son neveu, qui a rejoint son ancien gang.

 

Dès les premières scènes, le film installe une question simple mais lourde de sens : que reste-t-il des liens familiaux quand une vie entière a été dictée par la violence et la survie ? Cette interrogation traverse tout le récit, parfois de manière frontale, parfois plus en creux. Le déclencheur du récit est la disparition de Hamza, le neveu adolescent de Cairo. Face à une police étonnamment passive, Cairo décide d’agir seul. Ce choix le pousse à replonger dans un environnement qu’il connaît trop bien : le monde des gangs, des rapports de force permanents et des règles implicites qui ne laissent aucune place à l’hésitation. Sur le papier, la prémisse est efficace. 

 

Elle permet de croiser un drame familial avec une enquête aux accents de thriller, tout en questionnant la notion de rédemption. Jusqu’où peut-on aller pour sauver un proche sans renier dix ans d’efforts pour mener une vie droite ? Le film s’appuie sur cette tension morale, mais peine parfois à lui donner toute l’épaisseur nécessaire. Le cœur de Gangs of Copenhagen repose sur son personnage principal. Cairo est un homme fermé, contenu, marqué par la perte de son frère et par un passé qui ne le lâche jamais vraiment. Afshin Firouzi livre une interprétation sobre, basée sur les silences, les regards et une colère contenue. Ce jeu minimaliste fonctionne bien et donne au personnage une vraie crédibilité.

 

Cependant, certains choix de Cairo peuvent sembler abrupts. Après une décennie passée loin du crime, sa décision de tout risquer arrive parfois trop vite, sans que le film ne prenne toujours le temps d’explorer ce basculement intérieur. La culpabilité et le sens des responsabilités sont bien là, mais leur évolution manque de nuances dans certaines séquences clés. Autour de Cairo gravite une série de personnages secondaires, dont Saddam, ancien ami d’enfance devenu chef de gang. Leur relation est l’un des aspects les plus intéressants du film. Elle repose sur un passé commun, une promesse non tenue et un traumatisme partagé. 

 

Certaines scènes entre les deux hommes apportent une vraie tension émotionnelle et donnent un aperçu de ce qu’aurait pu être le film s’il avait davantage creusé ces liens. À l’inverse, d’autres personnages restent en surface. Hamza, pourtant au centre de l’intrigue, apparaît peu à l’écran, ce qui limite l’attachement émotionnel. Les figures de l’entourage et certains antagonistes remplissent surtout une fonction narrative, sans toujours exister pleinement en tant qu’individus. Visuellement, Gangs of Copenhagen adopte une approche réaliste. La photographie privilégie des tons froids, des cadres serrés et une lumière souvent sombre, renforçant le sentiment d’enfermement moral du protagoniste.

 

Copenhague est montrée loin de toute carte postale, comme une ville dure, indifférente, presque hostile. Cette sobriété fonctionne, mais laisse aussi une impression de retenue. La mise en scène ne prend que rarement des risques formels. Elle accompagne le récit sans chercher à le dépasser. Le film installe une atmosphère pesante et cohérente, mais sans véritable signature visuelle marquante. L’un des principaux points faibles du film réside dans son rythme. Une grande partie de l’intrigue repose sur des scènes de confrontation et d’interrogatoire, souvent étirées. Malgré la présence constante de personnages violents, certaines séquences manquent de nervosité et finissent par ralentir l’ensemble.

 

À l’inverse, lorsque la violence éclate, elle surgit parfois de manière trop soudaine. Ces ruptures de ton donnent le sentiment que le film hésite entre introspection et efficacité dramatique, sans toujours trouver le bon équilibre. La tension existe, mais elle ne monte pas de façon progressive. La dernière partie du film cherche davantage à conclure un parcours moral qu’à offrir un véritable climax narratif. Sur le plan thématique, le propos reste clair : la sortie du crime est un chemin fragile, semé de compromis et de pertes. Sur le plan émotionnel, l’impact reste limité, faute d’une montée en puissance suffisamment maîtrisée.

 

Gangs of Copenhagen est un film animé par une vraie volonté de raconter quelque chose de juste sur la violence, la loyauté et la possibilité du changement. Il s’appuie sur une performance principale solide et sur une immersion crédible dans un milieu rarement idéalisé. Pourtant, un scénario parfois maladroit et un rythme inégal empêchent le film d’exploiter pleinement son potentiel. Il en ressort une œuvre honnête, parfois tendue, parfois frustrante, qui pose des questions intéressantes sans toujours aller au bout de ses intentions. Une étape importante dans le parcours de son réalisateur, mais aussi un film qui laisse l’impression qu’il manquait encore un ajustement pour réellement marquer les esprits.

 

Note : 5.5/10. En bref, Gangs of Copenhagen est un film animé par une vraie volonté de raconter quelque chose de juste sur la violence, la loyauté et la possibilité du changement. Pourtant, un scénario parfois maladroit et un rythme inégal empêchent le film d’exploiter pleinement son potentiel.

Sorti le 5 février 2026 directement en VOD, DVD et Blu-ray

 

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