13 Février 2026
Le Jour J // De Claude Zidi Jr. Avec Kev Adams, Brahim Bouhlel et Marie Parisot.
Le cinéma français a décidé d’envoyer le public au Débarquement. Pas avec une fresque puissante ni avec une satire fine. Non. Avec Le Jour J, une comédie qui prouve qu’on peut rater une blague pendant 1h30 sans jamais perdre confiance. Le principe ? Deux bras cassés plongés dans la Seconde Guerre mondiale, au milieu de soldats en uniforme, d’officiers caricaturaux et de situations censées être absurdes. Sur le papier, ça pouvait donner un pastiche efficace. À l’écran, c’est une succession de scènes qui donnent l’impression d’avoir été écrites un dimanche soir, entre deux pubs. L’histoire tient sur un ticket de caisse.
Juin 1944. L’Europe est déchirée par la guerre, le Débarquement se prépare. Denis Porte continue avec dévouement son travail quotidien sur une base militaire anglaise... factice. Sa mission : déplacer chaque jour des soldats postiches et tromper ainsi l’ennemi. Chez les Porte, on a tendance de père en fils à mourir en héros pour la France. Alors pas question pour sa mère que Porte prenne le moindre risque. S’occuper d’une base factice, c’est le maximum qu’elle tolère pour son fils. Mais après avoir fait la rencontre de Sami, un médecin algérien qui rêve de rencontrer De Gaulle, ils décident lors d’une soirée arrosée d’y prendre part. Ils prennent le large avec bravoure (et pas mal de grammes dans le sang). Sauf qu’ils n’ont pas la bonne date ni le bon lieu. Ajoutez à cela un héros qui ne veut surtout pas s’exposer au danger. Le jour J, euh ou presque …
Ça démarre péniblement, ça piétine très vite, et après trente minutes, le film commence déjà à radoter. Les rebondissements arrivent sans surprise, les dialogues tombent à plat, et chaque tentative de gag semble annoncée trois kilomètres avant. Le problème n’est pas l’absurde. Le problème, c’est l’absence totale de finesse. Les blagues reposent sur des accents forcés, des clichés éculés, des vannes lourdes comme des tanks en panne. Quand l’humour devient répétitif dès le premier quart d’heure, le reste du trajet paraît long. Très long. Au centre, Kev Adams fait du Kev Adams. Ni plus, ni moins. Même énergie, mêmes tics, même registre. Aucune surprise.
À ses côtés, Brahim Bouhlel tente d’apporter un peu de rythme, mais le duo ne décolle jamais vraiment. Didier Bourdon cabotine dans un rôle d’officier nazi outrancier. Le curseur est poussé si loin que le personnage finit par ressembler à un sketch étiré jusqu’à l’épuisement. Jarry en fait des tonnes, comme si le volume sonore pouvait compenser l’absence de vraie écriture. Chantal Ladesou semble rejouer un rôle qu’elle maîtrise depuis des années. C’est presque rassurant, mais ça ne suffit pas à sauver l’ensemble. Cristiana Reali apparaît dans des scènes d’ouverture particulièrement gênantes, où l’humour tombe avec la délicatesse d’un parpaing.
Une exception relative : Marie Parisot apporte un peu plus de justesse. Mais un personnage un peu plus fin dans un océan de caricatures, ça ne change pas la marée. À la mise en scène, Claude Zidi Jr. filme tout ça avec l’énergie d’un téléfilm du dimanche après-midi. Les scènes de guerre semblent montées sans rythme. Les effets spéciaux sont visibles, parfois franchement laids. Les explosions paraissent timides, les décors sonnent creux. La guerre est censée être en toile de fond. Ici, elle ressemble à un décor en plastique. Le film parle de 1944, mais visuellement, on a l’impression d’assister à une répétition générale. Rien ne prend vraiment corps.
Impossible de ne pas penser à Papy fait de la résistance, réalisé par Jean-Marie Poiré. Ce film savait jongler entre satire, folie et rythme. Il y avait un sens du timing, des personnages marqués, une vraie mécanique comique. On peut aussi évoquer La Grande Vadrouille ou Mais où est donc passée la 7e compagnie ?. Ces références ont su créer des figures mémorables et une dynamique. Le Jour J semble récupérer quelques codes, mais sans la maîtrise qui allait avec. Le film tente d’oser en mélangeant des références historiques sensibles avec des blagues très appuyées. Sauf que provoquer n’est pas synonyme de faire rire. À plusieurs reprises, le long-métrage insiste lourdement sur des sujets qui mériteraient plus de nuance.
Le décalage ne fonctionne pas. L’effet comique non plus. Les gags s’enchaînent, mais le rire ne suit pas. Même les meilleures vannes sont souvent déjà dévoilées dans la bande-annonce. Quand on connaît la chute avant la scène, la surprise disparaît. Il ne reste qu’un sentiment de répétition. Au bout du compte, Le Jour J donne l’impression d’un mauvais mélange : un peu de pastiche, un peu de comique troupier, un soupçon d’anachronisme, le tout agité sans réelle cohérence. Les personnages sont creux, les situations prévisibles, le montage sans élan. Très franchement, je n’ai pas ri. Pas même souri. L’ennui s’installe vite, et plus le film avance, plus il devient difficile de s’accrocher.
Chaque scène semble confirmer la précédente : l’idée de départ était fragile, l’exécution l’est encore plus. Faire une comédie sur la Seconde Guerre mondiale demande du talent, du rythme et un vrai regard. Ici, il reste surtout une accumulation de gags ratés et une sensation persistante d’avoir assisté à quelque chose de bâclé. Une farce qui se voulait explosive, mais qui finit par faire pschitt.
Note : 1/10. En bref, quand la comédie de guerre part au front… sans munitions.
Sorti le 15 octobre 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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