Critique Ciné : Les Enfants de la Résistance (2026)

Critique Ciné : Les Enfants de la Résistance (2026)

Les Enfants de la Résistance // De Christophe Barratier. Avec Lucas Hector, Nina Filbrandt et Octave Gerbi.

 

Avec Les Enfants de la Résistance, Christophe Barratier revient à un terrain qu’il connaît bien : l’enfance, les valeurs, la nostalgie d’une France d’autrefois. Après avoir marqué les esprits avec Les Choristes, le réalisateur s’attaque ici à un sujet plus lourd, la Seconde Guerre mondiale, en adaptant la bande dessinée du même nom. L’idée est forte : raconter l’Occupation à hauteur d’enfants. Sur le papier, cela promet un film familial utile et touchant. À l’écran, le résultat est plus contrasté. L’action se déroule en 1940 dans un village fictif baptisé Pontain-l’Écluse, situé près d’un canal stratégique menant vers l’Allemagne. 

 

Pendant l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale, François, Eusèbe et Lisa, trois enfants courageux, se lancent dans une aventure secrète : résister aux nazis en plein cœur de la France. Sabotages, messages cachés et évasions périlleuses, ils mènent des actions clandestines sous le nez de l’ennemi. L’audace et l’amitié sont leurs seules armes pour lutter contre l’injustice.

 

Le choix du lieu imaginaire permet une certaine liberté, mais il installe aussi un décor un peu carte postale. Dès l’ouverture, une carte de l’Europe replace le contexte de l’invasion allemande et de la ligne de démarcation. La volonté pédagogique est claire : le film s’adresse d’abord aux plus jeunes. Trois enfants décident alors, chacun à leur manière, de résister à l’occupant nazi. Ils distribuent des tracts signés d’un mystérieux réseau, “Le Lynx”, et multiplient les petites actions symboliques. Le ton oscille entre aventure enfantine et drame historique. Cette approche rappelle parfois La Guerre des boutons ou Un sac de billes, avec ce regard candide posé sur une période sombre.

 

Le principal atout du film réside dans cette idée de montrer que la Résistance n’est pas qu’une affaire d’adultes armés, mais aussi de courage quotidien. Le message est simple : collaborer ou résister, fermer les yeux ou agir. Dans le contexte actuel, cette piqûre de rappel a du sens. Le film parle de choix, de conscience, de solidarité. Sur ce plan, l’intention est louable. Visuellement, la reconstitution est soignée. Les costumes, les décors, l’arrivée des soldats allemands dans les rues du village créent une ambiance crédible. Barratier sait filmer les enfants, capter leurs regards, leurs silences, leurs moments de complicité. Il y a un vrai savoir-faire dans la manière de poser la caméra à leur hauteur. 

 

Certaines scènes fonctionnent bien, notamment celle où des jeunes soldats de la Wehrmacht improvisent un match de football avec les enfants du village. Le temps d’un instant, la guerre semble suspendue. Cette séquence, sans être bouleversante, montre que les individus dépassent parfois les uniformes. Pourtant, malgré ces qualités, Les Enfants de la Résistance laisse une impression de retenue excessive. Le scénario suit un chemin très balisé. Les figures sont presque toutes attendues : le maire et l’instituteur portés vers la Résistance, le bistrotier favorable au régime de Vichy, l’ancien combattant de 14-18, le curé compatissant. Ces personnages remplissent leur fonction, mais manquent d’épaisseur. Le film préfère le symbole à la complexité.

 

Le jeu des jeunes acteurs constitue un autre point fragile. Ils font le travail, mais certaines répliques sonnent écrites, peu naturelles. Ce manque de spontanéité empêche parfois l’émotion de prendre. Lorsqu’un enfant se cache sous un tas de charbon pour échapper à la Gestapo, la tension devrait être forte. La mise en scène reste propre, mais la crédibilité en pâtit. De la même façon, certaines situations frôlent l’invraisemblance, ce qui affaiblit l’impact dramatique. Du côté des adultes, la présence de Gérard Jugnot en prêtre apporte une touche familière. Son personnage reste secondaire, mais il parvient à insuffler un peu d’humanité. Artus, de son côté, surprend par une interprétation plus posée qu’à l’habitude. 

 

Il donne de la consistance à ses scènes et apporte une nuance bienvenue face à l’occupant. Ces rôles secondaires relèvent légèrement l’ensemble. Le problème majeur vient sans doute du ton. Barratier choisit une approche douce, presque rassurante, d’un sujet pourtant brutal. La cruauté de l’Occupation est atténuée, la violence reste en arrière-plan. Le film évite le happy end trop appuyé, ce qui est à saluer, mais il ne va jamais vraiment au bout de son potentiel émotionnel. Il manque cette pointe de gravité qui aurait permis de dépasser le simple divertissement familial. Il faut reconnaître que le film assume son public cible. Les moins de 9 ans risquent d’être un peu jeunes, mais pour les 9-12 ans, l’ensemble fonctionne comme une initiation à l’histoire. 

 

Les enjeux sont expliqués sans lourdeur, les messages passent clairement. Les adultes, en revanche, peuvent rester sur leur faim. La comparaison avec Les Choristes revient forcément en tête. Ici, l’émotion est plus discrète, le scénario moins marquant. Les Enfants de la Résistance n’est pas un film raté. Il est appliqué, sincère, porté par de bonnes intentions. Il transmet des valeurs, rappelle une période essentielle de l’histoire française et offre un point d’entrée accessible à un jeune public. Mais il reste trop sage, trop prévisible pour laisser une trace durable. L’aventure des trois enfants se suit avec intérêt, sans véritable surprise.

 

Note : 5/10. En bref, ce film familial sur la Résistance remplit sa mission pédagogique. Il parle de courage et de choix moraux sans tomber dans le spectaculaire. Pourtant, il manque un supplément d’âme, une audace narrative ou une émotion plus franche pour dépasser le cadre d’une adaptation correcte de bande dessinée. Une œuvre honnête, utile même, mais qui ne retrouve pas la force des plus belles réussites de son réalisateur.

Sorti le 11 février 2026 au cinéma

 

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