10 Février 2026
Teresa // De Teona Strugar Mitevska. Avec Noomi Rapace, Sylvia Hoeks et Nikola Ristanovski.
Avec Teresa, la réalisatrice macédonienne Teona Strugar Mitevska s’attaque à une figure immense, peut-être trop grande pour le cadre qu’elle choisit. Anjezë Gonxhe Bojaxhiu, plus connue sous le nom de Mère Teresa, est née en 1910 à Uskub, aujourd’hui Skopje. Ce détail biographique, longtemps ignoré du grand public, donne déjà une singularité au projet : raconter cette femme à travers le regard d’une cinéaste née dans la même ville. L’intention est forte. Le résultat, beaucoup moins. Le film ne cherche pas à retracer toute la vie de Mère Teresa. Il se concentre sur une période très précise : une semaine d’août 1948, alors qu’elle dirige une école des sœurs de Lorette à Calcutta et attend la réponse du pape Pie XII à sa demande d’exclaustration.
Calcutta, 1948. Mère Teresa s’apprête à quitter le couvent pour fonder l’ordre des Missionnaires de la Charité. En sept jours décisifs, entre foi, compassion et doute, elle forge la décision qui marquera à jamais son destin - et celui de milliers de vies.
Cette autorisation doit lui permettre de quitter son ordre pour fonder sa propre congrégation, les Missionnaires de la charité. Pas de flashbacks, pas de grands raccourcis biographiques, pas de scènes explicatives sur ce qu’elle deviendra plus tard. Le choix est clair : filmer l’attente, le doute, la décision. Sur le papier, ce parti pris pouvait donner un biopic resserré, intime, presque tendu. À l’écran, Teresa ressemble surtout à un huis clos austère qui tourne rapidement en rond. L’essentiel de l’action se déroule à l’intérieur du couvent, filmé comme un espace fermé, rigide, parfois oppressant. Les murs sont propres, les cadres soignés, mais tout semble figé.
L’Inde, pourtant centrale dans le destin de Mère Teresa, est quasiment absente. Quelques images au début, quelques plans plus tard, puis plus rien. Le film aurait pu se dérouler ailleurs sans que cela ne change grand-chose, et c’est sans doute l’un de ses plus gros problèmes. Teona Strugar Mitevska évite volontairement l’hagiographie. Ici, pas de figure douce et compatissante telle que l’imaginaire collectif la retient. Teresa dresse le portrait d’une femme dure, déterminée, parfois inflexible. Elle impose ses règles, humilie son adjointe, protège une jeune sœur enceinte tout en la maintenant sous contrôle. Cette vision plus rugueuse aurait pu être passionnante.
Elle prend le contre-pied du mythe, questionne la foi, l’autorité, et même une forme d’orgueil spirituel. Malheureusement, ces pistes restent souvent à l’état d’idées. Le scénario insiste longuement sur des intrigues internes au couvent : jalousies, tensions administratives, grossesse cachée. Ces éléments occupent beaucoup de temps à l’écran, sans réellement nourrir un enjeu plus large. À force de rester enfermée dans ces conflits mineurs, l’histoire oublie de regarder vers l’extérieur, là où tout devrait pourtant se jouer. Le film parle d’un appel, d’une mission, mais montre très peu ce qui la motive concrètement. La mise en scène se veut austère, avec des plans souvent fixes, une lumière froide et des compositions très cadrées.
Ce choix renforce l’impression de rigidité, mais finit aussi par installer un ennui tenace. Certaines scènes semblent durer bien plus longtemps que nécessaire, sans que le silence ou la lenteur ne produisent une vraie tension. L’attente devient monotone, presque soporifique. Noomi Rapace incarne Teresa avec engagement. Elle lui donne une présence forte, presque sèche, qui correspond au portrait voulu par la réalisatrice. L’actrice porte le film sur ses épaules, mais se retrouve enfermée dans un personnage qui n’évolue que très peu. Les rares moments où un doute affleure, notamment lorsqu’elle s’interroge sur un possible orgueil personnel, sont à peine esquissés.
C’est frustrant, car c’est sans doute là que le film aurait pu trouver sa vraie profondeur. Teresa n’est pas un biopic classique et ne cherche jamais à rendre hommage de façon évidente. Ce choix radical peut séduire sur le principe. Dans les faits, le film donne surtout l’impression de rater l’essentiel : la complexité humaine et spirituelle de son sujet. À force de vouloir dépoussiérer la légende, il finit par proposer un portrait froid, parfois antipathique, qui laisse le spectateur à distance. Il reste quelques idées audacieuses, quelques éclats de mise en scène, et de vraies intentions derrière la caméra. Mais Teresa souffre d’un sérieux problème de rythme et d’un enfermement narratif qui l’empêche de respirer.
Note : 4/10. En bref, voilà un film qui observe une femme à l’aube d’un destin hors norme, sans jamais réussir à transmettre ce qui rend ce moment décisif. Une œuvre qui intrigue plus qu’elle ne convainc, et qui risque de laisser beaucoup de spectateurs sur le côté.
Sorti le 3 décembre 2025 au cinéma
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog