Critique Ciné : The Dreadful (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : The Dreadful (2026, direct to SVOD)

The Dreadful // De Natasha Kermani. Avec Sophie Turner, Kit Harington et Marcia Gay Harden.

 

Le titre The Dreadful annonçait la couleur. Après visionnage, difficile de ne pas y voir une forme d’ironie involontaire. Présenté comme un film de folk horror ambitieux, porté par les retrouvailles de Sophie Turner et Kit Harington, le long métrage de Natasha Kermani avait de quoi intriguer. Sur le papier, l’idée d’adapter librement un classique japonais comme Onibaba dans l’Angleterre du XVe siècle pouvait fonctionner. À l’écran, le résultat peine à convaincre. L’histoire se déroule pendant la guerre des Deux-Roses. 

 

Anne et sa belle-mère Morwen mènent une vie solitaire et rude en marge de la société. Quand un homme de leur passé revient, il va déclencher une série d'événements qui vont constituer un tournant pour Anne.

 

Anne, incarnée par Sophie Turner, vit dans une cabane isolée avec sa belle-mère Morwen, jouée par Marcia Gay Harden. Son mari, Seamus, est parti au front. Les deux femmes survivent comme elles peuvent, avec peu de ressources et beaucoup d’espoir. Quand Jago, un ancien ami d’enfance interprété par Kit Harington, revient de la guerre sans Seamus et annonce sa mort, l’équilibre fragile du duo vole en éclats. À partir de là, The Dreadful installe un triangle tendu entre Anne, Morwen et Jago. En toile de fond, une silhouette inquiétante rôde dans les bois : un chevalier en armure complète, presque muet, qui observe sans intervenir. 

 

Le film suggère une menace, mais tarde à lui donner une vraie consistance. Il faut reconnaître un point positif : l’atmosphère. Les champs embrumés, les paysages battus par le vent, la cabane perdue au milieu de nulle part… L’ambiance est sombre, parfois pesante. La musique renforce ce climat un peu étouffant. Visuellement, Julia Swain propose une photographie propre, soignée. Pourtant, cette propreté finit par jouer contre le film. Là où le folk horror britannique ou japonais s’ancre souvent dans la boue, la sueur et la terre, The Dreadful reste trop lisse. Ici, le décor anglais aurait pu apporter une identité forte. Or, le film ne semble jamais vraiment exploiter son cadre. 

 

La campagne anglaise devient un simple arrière-plan, sans lien profond avec le récit. Côté casting, l’argument marketing repose clairement sur les retrouvailles entre Sophie Turner et Kit Harington, anciens partenaires dans Game of Thrones. Leur alchimie est réelle. Les scènes entre eux fonctionnent mieux que le reste. Il y a une tension discrète, un passé partagé qui se ressent. Pourtant, le personnage de Jago reste assez creux. Il sert surtout de déclencheur aux conflits entre Anne et Morwen. La relation centrale devrait être celle entre Anne et sa belle-mère. Sur le papier, le conflit est riche : dépendance, jalousie, peur de l’abandon. Dans les faits, la dynamique manque de nuances. 

 

Marcia Gay Harden incarne une Morwen déjà presque hostile dès les premières scènes. Le glissement vers la méfiance puis la haine arrive trop vite. Il n’y a pas vraiment d’évolution progressive. Tout semble écrit à l’avance, comme si les personnages savaient déjà quel rôle ils devaient jouer. Sophie Turner, de son côté, propose une Anne plus affirmée que ce que le scénario exige. Elle dégage une forme d’assurance qui entre en décalage avec la situation. Le film voudrait montrer une femme coincée entre la pression sociale, la religion et la peur du surnaturel. Mais Anne paraît souvent trop lucide, trop moderne dans son attitude. Le dernier acte va d’ailleurs accentuer ce sentiment, avec un virage presque “girl boss” qui tranche avec l’ambiance médiévale et le ton tragique attendu.

 

Quant à l’élément horrifique, il reste étonnamment timide. Le chevalier en armure, censé incarner une menace diffuse, manque d’impact. Son casque n’a rien de particulièrement marquant. Les rares scènes de tension s’appuient sur des séquences oniriques et quelques sursauts faciles. Le film est court, 94 minutes, mais il donne l’impression de s’étirer. Le rythme est linéaire, presque monotone. Le scénario aborde pourtant des thèmes intéressants : le deuil, la foi chrétienne, la culpabilité, la peur du châtiment. Anne et Morwen entretiennent une relation complexe avec l’Église, qui aurait pu être explorée plus en profondeur. Mais ces pistes restent en surface. Le film suggère beaucoup sans jamais aller au bout de ses idées. 

 

Il veut parler de contagion du mal, de désir refoulé, de survie dans un monde cruel. Au final, ces thèmes ne trouvent pas un vrai écho émotionnel. Je n’ai pas ressenti l’angoisse que promettait le genre. Le folk horror repose souvent sur une connexion forte avec la terre, les croyances anciennes, l’inconnu tapi dans les paysages. Ici, cette connexion ne prend jamais vraiment. Tout semble un peu théorique, comme un exercice de style plus qu’une immersion. Le plus frustrant reste le sentiment d’occasion manquée. Adapter un récit aussi ancré dans une culture spécifique vers un autre contexte exige une vraie réinvention. En regardant The Dreadful, je me suis demandé si le problème venait vraiment de l’idée d’adaptation… ou simplement de son exécution.

 

Cela ne veut pas dire que tout est à jeter. Marcia Gay Harden apporte une présence solide. Sophie Turner et Kit Harington tiennent leurs rôles avec sérieux. L’ambiance sonore fonctionne par moments. Mais l’ensemble manque de chair, de tension, de mystère réel. 

 

Note : 4/10. En bref, The Dreadful voulait sans doute proposer une relecture moderne du folk horror. À mes yeux, il ressemble surtout à un film qui coche des cases sans jamais s’approprier son sujet. Le titre promettait quelque chose de sombre et dérangeant. Je suis resté devant un drame gothique correct, mais trop sage pour marquer les esprits.

Prochainement en France en SVOD

 

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