5 Mars 2026
Banlieusards 3 // De Leïla Sy et Kery James. Avec Kery James, Bakary Diombera et Jammeh Diangana.
Avec Banlieusards 3, Kéry James et Leïla Sy bouclent une saga lancée en 2019 et devenue un rendez-vous important du cinéma urbain français. Après deux volets centrés sur les choix de vie, les tensions sociales et les dilemmes moraux des frères Traoré, ce troisième chapitre était attendu comme une conclusion forte. Le résultat est contrasté : intense par moments, inégal dans son écriture, mais fidèle à l’esprit de la franchise. Depuis le premier film, Banlieusards s’est imposé par son regard frontal sur les quartiers populaires. La saga ne cherche pas à lisser la réalité.
Noumouké franchit une étape dans sa carrière musicale mais l'influence de la rue est à deux doigts de le faire basculer de manière irréversible. Demba construit une nouvelle vie avec Djenaba mais ses décisions le rattrapent. Soulaymaan développe sa carrière d'avocat, renoue avec l'amour mais à l'aube des élections municipales son engagement auprès des habitants de son quartier est questionné. Les choix que feront les trois frères vont déterminer leur avenir personnel mais aussi celui de toute la famille. Prendront-ils les bonnes décisions?
Elle parle d’ascension sociale, de déterminisme, de loyauté familiale et de responsabilités. Ce troisième volet poursuit dans cette direction, en resserrant les enjeux autour des conséquences du passé. Le décor reste le même : Champigny-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, notamment la cité du Bois-L’Abbé. Ici, le quartier n’est pas un simple arrière-plan. Il pèse sur les personnages. Les façades grises, les couloirs étroits, les regards qui suivent chaque mouvement : tout donne le sentiment d’un espace où il est difficile d’échapper à son histoire. La mise en scène insiste sur cette impression d’enfermement. La caméra à l’épaule renforce l’idée d’instabilité.
Les échanges sont tendus, parfois abrupts. La violence, quand elle surgit, n’a rien de stylisé. Elle est sèche, sans glamour. Dans Banlieusards 3, les trajectoires des trois frères continuent d’évoluer. Demba, l’aîné, interprété par Kery James, tente de construire une vie plus stable. Il veut avancer, protéger les siens, bâtir quelque chose de solide avec Djenaba. Mais le passé ne disparaît pas. Les dettes morales et judiciaires restent présentes. Demba porte ce poids dans son regard. Kéry James livre une interprétation sobre, marquée par une forme de fatigue intérieure. Ce personnage incarne le paradoxe du protecteur : vouloir être droit tout en sachant que certaines erreurs ne s’effacent pas.
Soulaymaan, joué par Jammeh Diangana, représente l’ascension par les études. Devenu avocat, impliqué dans une élection municipale, il incarne le lien entre la rue et les institutions. Le film montre toutefois que le monde politique n’est pas forcément plus vertueux. Les compromis, les calculs, les manipulations existent aussi de ce côté-là. L’idée d’une réussite “propre” est mise à l’épreuve. Noumouké, le plus jeune, interprété par Bakary Diombera, poursuit sa carrière musicale. Le film s’intéresse à l’industrie du rap comme à une autre forme de pression. L’image de la rue devient un produit. Le succès repose parfois sur la mise en scène d’une violence qui continue d’alimenter les clichés.
Ce regard sur la récupération commerciale du vécu des quartiers est l’un des aspects les plus intéressants du film. Visuellement, Banlieusards 3 joue sur les contrastes. Les scènes à Champigny-sur-Marne sont dominées par des tons froids, du béton, une lumière presque métallique. À l’inverse, les séquences tournées à Annecy offrent des espaces plus ouverts, plus lumineux. L’eau, la verdure, les paysages ordonnés donnent l’impression d’une autre vie possible. Mais cette échappée reste fragile. Le travail de Leïla Sy derrière la caméra apporte une certaine énergie. Les plans serrés plongent dans les confrontations. Le film cherche la tension constante. Pourtant, l’intrigue s’éparpille parfois.
Trop de pistes sont ouvertes, certaines ne sont pas pleinement exploitées. L’écriture des personnages secondaires manque de consistance, ce qui affaiblit l’impact de certaines scènes clés. Pour un dernier volet, cette dispersion est un peu frustrante. La trilogie méritait une conclusion plus resserrée. Ce qui fonctionne le mieux dans Banlieusards 3, c’est la dimension familiale. Au-delà des conflits, le film parle d’amour entre frères, de responsabilité, de solidarité. La fratrie devient un rempart face à un environnement perçu comme hostile, voire indifférent. La saga a toujours insisté sur cette idée : dans un quartier où l’État semble lointain, la famille reste le premier soutien.
Chaque décision individuelle a des répercussions collectives. Cette dimension donne du poids aux affrontements. La présence d’acteurs comme Mathieu Kassovitz et Slimane Dazi apporte une forme de continuité avec le cinéma social français. Leur expérience ancre le film dans une tradition qui remonte aux grands drames urbains des années 1990. Banlieusards 3 continue d’explorer les fractures sociales. Il parle de déterminisme géographique, de regard constant de la rue, de difficulté à repartir de zéro. Dans certains quartiers, le passé colle à la peau. L’idée qu’il est impossible d’être “nouveau” revient à plusieurs reprises. Le film refuse les solutions faciles. Il ne promet pas un avenir radieux.
Il montre plutôt des trajectoires fragiles, des tentatives de s’en sortir dans un système qui laisse peu de marge d’erreur. Cela donne au film une tonalité sombre, parfois pesante. L’ambition est claire : dresser un portrait brut d’une jeunesse confrontée à des choix complexes. Mais l’ensemble manque parfois de nuance. À vouloir tout embrasser – politique, musique, crime, famille – le récit perd en efficacité. Banlieusards 3 n’est pas un échec. Il reste fidèle à la ligne engagée des deux premiers films. Il propose des scènes fortes, une tension réelle et un regard sans concession sur certaines réalités sociales. Mais ce dernier chapitre ne parvient pas totalement à être la conclusion marquante attendue.
L’intrigue se disperse, certains personnages auraient mérité plus de profondeur, et l’émotion n’atteint pas toujours l’intensité espérée. La trilogie Banlieusards aura malgré tout marqué le paysage du cinéma urbain français. Ce troisième volet clôt l’histoire des frères Traoré avec cohérence, sans trahir leur parcours. Il laisse une impression mitigée : celle d’un film sincère, engagé, mais qui aurait pu aller plus loin dans sa construction et son écriture. Pour celles et ceux qui ont suivi la saga depuis 2019, Banlieusards 3 reste une étape importante. Pour les autres, il constitue un drame social solide, ancré dans son époque, même s’il ne dépasse pas totalement ses limites.
Note : 5.5/10. En bref, ce troisième volet clôt l’histoire des frères Traoré avec cohérence, sans trahir leur parcours. Il laisse une impression mitigée : celle d’un film sincère, engagé, mais qui aurait pu aller plus loin dans sa construction et son écriture.
Sorti le 4 mars 2026 directement sur Netflix
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