Critique Ciné : Bodycam (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Bodycam (2026, direct to SVOD)

Bodycam // De Brandon Christensen. Avec Jaime M. Callica, Sean Rogerson et Catherine Lough Haggquist.

 

Avec Bodycam, le cinéma d’horreur revient une fois de plus au format found footage, mais avec une petite variation : ici, tout passe par les caméras embarquées de policiers. Sur le papier, l’idée fonctionne bien. Le point de vue est justifié, constant, et colle parfaitement à une époque où tout est filmé, archivé, analysé. Il y avait clairement quelque chose à faire avec ce dispositif. Le film démarre d’ailleurs plutôt bien. Deux policiers sont envoyés sur une intervention pour violences domestiques dans un quartier délabré, marqué par la drogue et la misère sociale. Dès leur arrivée, l’ambiance est lourde. 

 

Deux policiers impliqués dans une dispute familiale font face à une fusillade accidentelle. Évitant les critiques du public, ils essaient de le dissimuler, mais ils découvrent que les caméras ne sont pas les seules à les surveiller.

 

La caméra embarquée accentue le malaise, avec cette impression d’être coincé avec eux, sans recul possible. Les premières minutes installent une tension assez efficace, avec des détails visuels inquiétants, des silences, et une sensation de danger diffus. Ce début donne envie d’y croire. Le format fonctionne, le cadre est crédible, et le côté “caméra passive” évite un problème classique du found footage : ici, personne ne choisit de filmer, la caméra est simplement là, toujours allumée. C’est malin, et ça apporte une vraie cohérence. Mais très vite, Bodycam commence à montrer ses limites. Le film bascule assez rapidement vers une intrigue plus trouble, notamment après un incident violent impliquant les policiers. 

 

À partir de là, il tente d’ajouter une dimension morale, autour de la responsabilité, de la violence policière, et de ce que les images peuvent révéler ou cacher. L’intention est intéressante, mais elle reste en surface. Le film évoque des sujets lourds sans vraiment les développer, comme s’il ne savait pas comment les intégrer à son récit. En parallèle, l’horreur prend une direction plus surnaturelle. Et c’est là que le film se complique. L’ambiance étrange du début laisse place à quelque chose de plus classique, presque attendu. Les apparitions deviennent plus visibles, les effets plus appuyés, et l’ensemble perd en subtilité. 

 

Là où le film était plus inquiétant en suggérant, il devient moins convaincant en montrant. Le rythme n’aide pas non plus. Après un début accrocheur, le film ralentit, tourne en rond, et donne parfois l’impression de répéter les mêmes idées sans aller plus loin. Certaines scènes semblent étirées, d’autres arrivent sans véritable préparation. À seulement 75 minutes, Bodycam réussit pourtant à paraître plus long qu’il ne l’est. Les personnages, eux, restent difficiles à suivre. Au départ, les deux policiers semblent assez humains, presque attachants. Mais plus l’histoire avance, plus leur comportement devient discutable, sans que le film prenne vraiment le temps de les développer. 

 

Résultat : difficile de s’investir émotionnellement dans ce qui leur arrive. Ce manque d’attachement est renforcé par le format lui-même. Le point de vue unique, enfermé dans les caméras, crée une forme de distance. C’est efficace pour l’immersion, mais ça limite aussi la construction des personnages. Il n’y a pas de pause, pas de moment pour respirer ou mieux comprendre leurs motivations. Visuellement, le film joue à fond la carte du réalisme. Les décors, filmés dans des lieux abandonnés, apportent une vraie texture à l’ensemble. L’image déformée, parfois granuleuse, renforce l’aspect brut. Sur ce point, Bodycam tient plutôt bien la route. 

 

Il y a même quelques idées intéressantes dans la mise en scène, notamment dans la façon de gérer l’espace et la lumière. Mais là encore, tout repose beaucoup sur le concept. Une fois l’effet de nouveauté passé, il devient difficile de maintenir l’intérêt uniquement avec ce dispositif. Le film manque d’un vrai développement narratif pour soutenir son idée de départ. Le dernier acte est sans doute la partie la plus problématique. Là où le film aurait pu jouer la carte de la tension ou du doute, il part dans quelque chose de plus excessif, presque caricatural. Les éléments horrifiques deviennent plus lourds, moins crédibles, et finissent par casser ce qui restait de l’ambiance initiale.

 

Le final donne une impression de précipitation. Les enjeux posés au début ne trouvent pas vraiment de conclusion satisfaisante. Tout semble aller trop vite, comme si le film cherchait à terminer sans prendre le temps de construire une vraie montée dramatique. Ce qui reste, au final, c’est un sentiment mitigé. Bodycam n’est pas totalement raté. Il y a une vraie idée de départ, quelques moments de tension, et une utilisation plutôt cohérente du format. Mais l’ensemble manque de maîtrise. Le film aurait gagné à rester plus simple, à exploiter davantage son côté réaliste, plutôt que de multiplier les éléments surnaturels. Il y avait matière à faire un thriller tendu, presque documentaire dans son approche. À la place, il devient un mélange un peu confus de genres, sans vraiment trouver son équilibre.

 

Note : 4.5/10. En bref, Bodycam propose une idée intéressante, mais ne parvient pas à la transformer en une expérience vraiment marquante. Un film qui démarre bien, mais qui se perd en chemin, faute d’une direction claire et d’un scénario plus solide.

Prochainement en France sur Shadowz

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article