3 Mars 2026
Me has robado el corazòn // De Chus Gutiérrez. Avec Oscar Casas, Ana Jara, Luis Zahera et Antonio Pagudo.
Avec Me has robado el corazón, Chus Gutiérrez tente de mélanger comédie romantique, polar et road movie dans un même récit. L’idée de départ a de quoi intriguer : un braquage sert de déclencheur à une fuite improvisée entre deux inconnus contraints de partager la route. Sur le papier, le contraste entre tension criminelle et naissance d’un sentiment amoureux pouvait créer des étincelles. À l’écran, le résultat reste plus tiède. Le film choisit très vite sa priorité : la romance. Le braquage, censé lancer l’intrigue, passe rapidement au second plan. La cavale ressemble moins à une course contre la montre qu’à un prétexte pour rapprocher les personnages.
Éric, un jeune ingénieur, rencontre Vera sur une application de rencontres et la manipule pour qu’elle l’emmène en Galice après avoir braqué une banque à Madrid, tandis que la police les traque.
La partie policière manque de consistance, et les enjeux se dissolvent à mesure que la comédie prend le dessus. Cette absence de véritable tension dramatique enlève du poids aux décisions des protagonistes. Le cœur du film repose sur la relation entre les deux personnages principaux, interprétés par Óscar Casas et Ana Jara. Leur rencontre, marquée par la méfiance et l’improvisation, fonctionne plutôt bien au départ. Coincés dans une voiture, ils n’ont d’autre choix que de parler, de se jauger, de tester les limites de l’autre. Ce huis clos roulant aurait pu donner lieu à un vrai travail sur les silences, les contradictions et les failles. Il existe une certaine alchimie entre les deux acteurs.
Les échanges sont fluides, quelques scènes dégagent une sincérité appréciable. Pourtant, l’équilibre reste fragile. Óscar Casas propose une interprétation assez uniforme, ce qui rend son personnage d’Eric parfois difficile à comprendre. Ses réactions semblent limitées, comme si le rôle ne lui offrait pas assez de matière. Le film insiste davantage sur son image que sur la complexité de ses motivations. Ana Jara apporte plus de nuances. Son personnage oscille entre assurance et vulnérabilité, ce qui donne un peu plus de relief à la dynamique du duo. C’est souvent à travers elle que l’émotion circule le mieux. Malgré cela, le scénario ne creuse jamais totalement leurs contradictions.
La relation évolue vite, parfois trop, et certaines décisions paraissent davantage dictées par la nécessité de faire avancer l’intrigue que par une logique interne solide. Le rythme reste soutenu. Les scènes s’enchaînent sans temps mort, ce qui évite l’ennui frontal. Mais cette vitesse donne aussi l’impression que le film craint de s’arrêter pour approfondir ses thèmes. Des chansons accrocheuses viennent ponctuer le récit. Elles apportent de l’énergie, mais finissent par souligner le côté artificiel de certaines situations. À plusieurs reprises, l’émotion naissante est désamorcée par un effet musical un peu appuyé. Chus Gutiérrez tente d’intégrer des éléments de critique sociale : difficultés d’accès au logement, manque d’opportunités pour les jeunes, dérives des applications de rencontres.
Ces sujets apparaissent brièvement, surtout au début, avant d’être laissés de côté. Ils donnent l’impression d’ouvrir des pistes intéressantes sans que le film prenne le temps de les explorer. Le récit préfère revenir à la romance et à l’enchaînement de péripéties légères. Le décor galicien constitue l’un des atouts visuels du film. Les paysages de Cambados, O Grove ou Saint-Jacques-de-Compostelle apportent une vraie identité. La lumière, la végétation, l’humidité ambiante offrent un cadre reconnaissable. L’intégration de l’Entroido de Verín ajoute une touche locale avec ses masques et son agitation. Pourtant, même cet ancrage régional semble parfois servir de toile de fond décorative plutôt que de véritable moteur narratif.
Les seconds rôles restent en retrait. Luis Zahera évolue dans un registre familier, sans réelle surprise. Ana Milán apporte une énergie plus marquée, parfois un peu excessive par rapport au ton général. Le caméo de Arturo Valls tient davantage du clin d’œil que d’un apport significatif à l’intrigue. Aucun de ces personnages ne parvient à enrichir vraiment l’ensemble. Le film fonctionne mieux lorsqu’il se concentre sur son point de départ : deux inconnus enfermés dans une voiture, obligés de tomber les masques. Ces moments plus intimes laissent entrevoir ce qu’aurait pu être Me has robado el corazón avec une écriture plus resserrée.
Malheureusement, le récit s’éparpille en multipliant des situations parfois forcées, où l’humour prend le pas sur la crédibilité. À mesure que l’histoire avance, la fraîcheur initiale s’estompe. Les rebondissements deviennent plus prévisibles, les conflits se résolvent trop facilement. Le braquage, censé apporter un poids moral et un danger réel, se règle presque en coulisses. Cette résolution rapide affaiblit la tension globale et renforce l’impression d’un scénario qui choisit la facilité. Me has robado el corazón ne manque pas de bonnes intentions. L’envie de mêler romance, humour et crime témoigne d’une certaine audace.
Mais cette combinaison reste inaboutie. Le film divertit sur le moment, sans réellement surprendre ni émouvoir en profondeur. L’expérience se suit sans déplaisir, mais laisse une sensation de potentiel inexploité. En définitive, cette comédie romantique en cavale offre un moment correct sans marquer durablement. Le duo principal sauve l’ensemble par sa complicité, le décor galicien apporte du charme, mais l’ensemble manque de consistance. Pour un spectateur en quête d’une romance légère avec une touche de polar, le film peut faire l’affaire. Pour qui attend davantage de cohérence et de tension, la déception n’est pas loin.
Note : 4.5/10. En bref, cette comédie romantique en cavale offre un moment correct sans marquer durablement. Le duo principal sauve l’ensemble par sa complicité, le décor galicien apporte du charme, mais l’ensemble manque de consistance.
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