Critique Ciné : Good Luck Have Fun Don’t Die (2026)

Critique Ciné : Good Luck Have Fun Don’t Die (2026)

Good Luck Have Fun Don’t Die // De Gore Verbinski. Avec Sam Rockwell, Juno Temple et Haley Lu Richardson.

 

Gore Verbinski est un réalisateur qu’on a appris à ne plus trop attendre là où on l’imagine. Après une longue absence, le papa de Pirates des Caraïbes revient avec un projet qui ressemble à un pari un peu fou : Good Luck Have Fun Don’t Die. On est ici sur un mélange assez improbable entre comédie pure, science-fiction un peu barrée et humour absurde. Si le concept sur papier donne franchement envie, le passage à la pratique laisse un goût de "peut mieux faire", même si l'ensemble ne manque pas de charme. Tout commence dans un diner américain classique. L’ambiance est calme jusqu’à ce qu’un type débarque avec une annonce fracassante : il vient du futur. 

 

Un soir, dans un resto minable de Los Angeles, un homme étrange et débraillé débarque avec un détonateur à la main et affirme venir du futur. Ce serait la 117ème fois qu’il remonte le temps pour empêcher l’apocalypse déclenchée par une IA et sauver une humanité lobotomisée par les écrans. Son ultime stratégie : recruter les clients du restaurant pour former une équipe capable de sauver le Monde. Si ce groupe aussi improbable que mal préparé y parvient, alors l’Humanité a peut-être encore une chance… Ou peut-être pas. Qui sait ?

 

Sa mission est on ne peut plus simple puisqu'il doit empêcher la naissance d’une intelligence artificielle capable de raser l’humanité. Pour sauver le monde, il recrute sur le pouce les clients présents. Le ton est posé d’entrée de jeu : c’est nerveux, c’est bizarre et ça ne se prend pas totalement au sérieux. Ce démarrage est clairement l'un des points forts du film. On rentre dedans sans réfléchir et on a tout de suite envie de voir comment cette bande de bras cassés va s’en sortir. Le groupe de sauveurs improvisés est d'ailleurs le moteur comique du récit. On est loin des Avengers. Ici, on a affaire à des gens normaux, un peu paumés, qui se demandent surtout ce qu’ils fichent là. 

 

Verbinski s’amuse énormément avec ce décalage entre l’apocalypse imminente et l’incompétence totale de ses héros malgré eux. Dans la première moitié du film, cette dynamique fonctionne à plein régime et offre des situations vraiment savoureuses. Ce qui frappe aussi, c’est cette volonté de mixer les genres sans aucune retenue. Good Luck Have Fun Don’t Die change de visage régulièrement. Un coup, on est dans de la SF dystopique, le coup d’après, on flirte avec le film de zombies version technologique, avant de repartir dans le burlesque. Cette identité visuelle et narrative est assez unique. On sent que Verbinski a eu une liberté totale, et ça se voit à l'écran. 

 

Visuellement, malgré un budget qu'on devine loin des blockbusters habituels, le film tient la route. Les effets spéciaux font le job et certaines scènes qui dépeignent une société déshumanisée par les écrans sont vraiment marquantes. C’est quand on gratte un peu sous la surface que les choses se gâtent. Le scénario, malgré ses airs de puzzle temporel, s’avère finalement assez plat. On suit une ligne droite où les obstacles s’enchaînent de manière mécanique. Le film donne parfois l’impression de courir dans tous les sens sans savoir où il veut vraiment aller. Cette sensation de désordre est accentuée par une utilisation massive de flashbacks. 

 

L’idée de présenter le passé de chaque membre de l’équipe part d’une bonne intention, mais en pratique, ça coupe les pattes au rythme du film. On se retrouve avec une structure un peu hachée où l'on perd régulièrement la tension qu’on venait de construire. Sur le fond, le film s’attaque à l’intelligence artificielle, un sujet brûlant s'il en est. Pourtant, le traitement reste assez basique. Le message sur notre dépendance à la technologie et aux smartphones est asséné avec de gros sabots. On aurait aimé un peu plus de finesse ou une réflexion plus poussée, mais le film préfère rester sur une approche grand public, un peu simpliste, privilégiant l’action et l’absurde au détriment du message de fond.

 

Côté casting, le rôle principal porte clairement le film sur ses épaules. L’acteur livre une performance habitée, naviguant avec aisance entre le premier degré héroïque et l’autodérision totale. C’est un plaisir de le voir évoluer dans cet univers. Par contre, le reste de la distribution est plus effacé. Certains personnages secondaires manquent cruellement d’épaisseur et finissent par devenir des sortes de figurants de luxe. C’est dommage, car ce manque de développement empêche de ressentir une vraie émotion quand les enjeux montent d’un cran. On regarde les événements d'un œil un peu distant, sans jamais craindre réellement pour la vie des protagonistes.

 

Alors, verdict ? Good Luck Have Fun Don’t Die n’est certainement pas un navet, loin de là. C’est une proposition généreuse, bourrée d’idées visuelles et portée par une envie sincère de faire du cinéma différent. On apprécie cette prise de risque dans un paysage cinématographique parfois trop formaté. Le problème, c’est que cette générosité se transforme parfois en fouillis. Le film est trop long, s’égare dans des sous-intrigues inutiles et finit par s’essouffler dans son dernier acte. La fin, un peu brouillonne, tente de boucler la boucle de manière spectaculaire mais laisse surtout une impression de confusion. 

 

Note : 5/10. En bref, c’est un retour en demi-teinte pour Gore Verbinski. Le film plaira sans doute à ceux qui cherchent une curiosité de SF originale et qui n'ont pas peur d'un récit un peu bancal. Pour les autres, ce sera sans doute une expérience frustrante devant un potentiel qui n'est jamais totalement exploité. C’est imparfait, c’est un peu bordélique, mais ça a au moins le mérite d’exister et de ne ressembler à rien d’autre. Un petit gâchis certes, mais un gâchis plein de vie.

Sorti le 15 avril 2026 au cinéma

 

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