Critique Ciné : Honey Bunch (2026)

Critique Ciné : Honey Bunch (2026)

Honey Bunch // De Madeleine Sims-Fewer et Dusty Mancinelli. Avec Grace Glowicki, Ben Petrie et Jimi Shlag.

 

Honey Bunch, c’est le genre de film qui te fait de l’œil dès le pitch. Derrière la caméra, on retrouve Madeleine Sims-Fewer et Dusty Mancinelli, un duo qui aime bien nous mettre mal à l’aise. Ici, ils nous balancent dans un mix assez particulier entre le drame intime, le thriller qui gratte et une pointe de science-fiction très discrète. Sur le papier, le programme est solide : une femme qui ne se souvient de rien, un mari un peu trop parfait pour être honnête, et un centre de soin paumé où les méthodes semblent sortir d’un épisode bizarre de Black Mirror. Pourtant, une fois le générique de fin passé, je me suis senti un frustré.

 

Lorsqu’elle se réveille de son coma, Diane n’a que des souvenirs partiels de sa vie passée. Son mari, Homer, l’emmène dans un centre de soin isolé où des traitements avant-gardistes doivent l’aider à panser son traumatisme. À mesure que les séances progressent, Diane commence à avoir des visions troublantes… et à douter des motivations de l’homme qui prétend l’aimer.

 

On suit donc Diana. Elle sort d’un coma et sa mémoire est en gruyère. Son mari, Homer, décide de l’emmener dans une immense demeure isolée pour une convalescence expérimentale. Le décor pose tout de suite l’ambiance. C’est un manoir qui semble figé dans le temps, un peu gothique, un peu hors du monde. Il n’y a presque personne, les règles de vie sont floues, et on sent très vite que la logique n’a pas vraiment sa place dans ces couloirs. Le gros point fort du film, c’est son point de vue. On voit tout à travers les yeux de Diana. Du coup, on est logés à la même enseigne qu’elle : on doute de tout. 

 

Ce qu’on voit est-il la réalité ou juste le cerveau de Diana qui bugue ? Certaines scènes frôlent l’hallucination tandis que d’autres sont d’une précision chirurgicale. Dans la première moitié, ça fonctionne super bien. On cherche le petit détail, le regard de travers ou l’absence inexpliquée qui nous donnerait la clé du mystère. Homer est le moteur principal de ce malaise. Le personnage est écrit avec une ambiguïté permanente. Un coup il est le mari protecteur et ultra aimant, le coup d’après il devient fuyant, presque inquiétant. Ce qui sauve le film d'un truc trop prévisible, c’est l’alchimie entre les deux acteurs. 

 

Ils ont une vraie complicité, ce qui rend leurs moments d’intimité assez crédibles. On a envie de croire à leur couple, et c’est précisément ça qui rend la situation flippante. L’ambiance s’épaissit encore quand un autre duo débarque : un père et sa fille, eux aussi cabossés par la vie. Ils servent de miroir déformant à Diana et Homer. C’est là que la tension grimpe d’un cran, sans jamais tomber dans le jump-scare facile ou l’horreur gore. On reste dans un inconfort psychologique pur. Visuellement, c’est très propre. La photo utilise des tons froids, les cadres sont serrés, on se sent presque enfermé avec eux. Le manoir finit par devenir étouffant avec ses pièces qui se ressemblent toutes et ses silences qui durent trois plombes.

 

Le problème, c’est que le soufflé finit par retomber. Le rythme est lent, ce qui n'est pas gênant en soi, mais ici ça finit par peser parce que le scénario commence à faire du surplace. On a l’impression que le film tourne en rond dans ses propres couloirs. Le mystère qui nous tenait en haleine au début s’effiloche un peu, pas parce que c’est trop compliqué à suivre, mais parce qu’on ne sait plus trop où les réalisateurs veulent nous emmener. Quand arrive le moment des explications, j’ai eu un vrai moment de solitude. L’idée de base est pourtant excellente. Elle raconte quelque chose de fort sur le couple, sur ce qu’on est prêt à accepter par amour et sur la façon dont nos souvenirs définissent qui on est. 

 

Mais la révélation manque de punch. Au lieu de nous coller une baffe, elle nous laisse avec encore plus de questions et une fin qui ressemble un peu à un aveu d’impuissance. On a l’impression que le film a peur d’aller au bout de son concept. Honey Bunch est un film qui reste en surface alors qu’il avait tout pour creuser profond. Il y a pourtant des éclairs de génie, des moments sensoriels vraiment dérangeants où le film assume enfin son côté bizarre et radical. C’est là qu’il est le meilleur, quand il nous bouscule vraiment. C’est juste dommage que ces moments soient si rares.

 

Note : 5/10. En bref, si vous aimez les ambiances bizarres et les récits qui ne vous mâchent pas le travail, ça reste une curiosité à voir. Ce n’est pas un mauvais film, loin de là, c’est juste une proposition qui manque de souffle sur la longueur. On ressort de là avec l’impression d’avoir vu un beau projet, un peu trop timide, qui pose des questions passionnantes mais qui oublie de nous donner ne serait-ce qu’un début de réponse satisfaisant. Une expérience intrigante, mais un peu inachevée.

Présenté en avant-première lors du Festival Grindhouse Paradise au cinéma American Cosmograph de Toulouse 

Prochainement en France en SVOD

 

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