Critique Ciné : Paradise Records (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Paradise Records (2026, direct to SVOD)

Paradise Records // De Logic. Avec Logic, Mary Elizabeth Kelly et Reed Northrup.

 

On connaît Logic pour sa productivité boulimique dans le rap et ses incursions dans la littérature. Cette fois, il s'attaque au cinéma avec Paradise Records. Le pitch de départ a tout pour plaire : un film indé, une bande de potes, un magasin de disques et une liberté de ton qui rappelle les comédies cultes des années 90. C’est le genre de projet qui excite sur le papier, surtout quand on aime cette esthétique de glandeurs un peu foutraque. Mais une fois le film lancé, l’enthousiasme redescend assez vite. On sent l'ambition, mais on sent surtout que l'écriture n'était pas prête. 

 

Un disquaire et son personnel se battent pour sauver leur boutique bien-aimée de la fermeture.

 

Dès l'ouverture, Paradise Records essaie de nous plonger dans une ambiance très spécifique. La mise en scène pioche ouvertement dans le style de Quentin Tarantino ou de Kevin Smith : des dialogues à rallonge, des situations absurdes et un côté très décontracté. Il y a une volonté évidente de laisser vivre les personnages, de les laisser parler pour ne rien dire, ce qui est souvent le sel du cinéma indépendant. Visuellement, c'est une bonne surprise. Le film ne fait pas "amateur". La photo est propre, le cadre est soigné et on sent qu'il y a eu un vrai budget (ou au moins beaucoup de goût) sur la production. 

 

Pour un artiste qui débarque de la musique sans passer par la case école de ciné, c'est franchement solide. Certaines séquences possèdent une identité visuelle marquée qui prouve que Logic a un œil. Il sait composer une image, il sait créer une atmosphère. Côté casting, on craignait le pire, mais ça passe. Logic est plutôt à l'aise dans son propre rôle, même s'il en fait parfois un peu trop. Mais la vraie bouffée d'air frais, c'est Oliver Tree. Son énergie est communicative et ses apparitions sauvent littéralement certains passages un peu mous. Il apporte ce grain de folie qui manque cruellement au reste du casting. Le vrai souci, c'est que le film ne sait jamais sur quel pied danser. 

 

On a l'impression de regarder une suite de sketchs mis bout à bout plutôt qu'une histoire construite. Une idée arrive, on en rigole deux minutes, puis elle disparaît sans laisser de trace. C'est frustrant parce qu'on voit passer des concepts intéressants qui auraient mérité d'être le cœur du film au lieu d'être de simples parenthèses. Les dialogues, censés être le point fort de ce genre de production, tombent souvent à plat. Ça veut faire vrai, ça veut imiter les discussions entre potes, mais c'est trop décousu. Sans structure, les échanges tournent en rond et finissent par recycler des clichés qu'on a déjà vus mille fois ailleurs. On perd ce naturel recherché au profit d'une répétition un peu lassante.

 

Le film tente aussi d'aborder des sujets de fond : l'identité, les questions raciales, les travers de la société actuelle. Le problème, c'est que c'est traité avec la subtilité d'un rouleau compresseur. On est plus dans la punchline facile ou le gag rapide que dans une vraie réflexion. À force de vouloir placer un commentaire social à chaque coin de scène, le récit s'alourdit. On aurait aimé que ces thèmes soient intégrés de façon plus organique à la vie des personnages. À cause de ce manque de profondeur, on ne s'attache jamais vraiment à la bande. Les personnages n'évoluent pas, les situations n'ont pas de conséquences réelles. 

 

Même quand il se passe quelque chose de grave ou de marquant, le film passe à la suite comme si de rien n'était. Résultat : l'émotion ne prend jamais. Le rythme en pâtit énormément. Même si le film n'est pas particulièrement long, il finit par peser. On a cette sensation de faire du surplace. On introduit une blague, on la tire en longueur, et on saute à la suite sans transition fluide. C'est dommage, car on sent une sincérité réelle derrière la caméra. Logic n'est pas là pour faire un produit marketing, il a vraiment voulu créer quelque chose de personnel. Mais la sincérité ne remplace pas un bon scénario. Au final, Paradise Records oscille entre la comédie pure et la chronique d'une génération, sans jamais réussir à choisir son camp. 

 

L'humour est trop inégal et les moments sérieux manquent de poids pour qu'on les prenne au premier degré. Le film reste en surface. Pour les fans inconditionnels de Logic, l'expérience sera sans doute sympa, presque comme un long clip ou un bonus dans sa discographie. Pour les autres comme moi, c'est plus compliqué. Le film semble parfois s'adresser à un club privé, avec des codes et un ton qui laissent le spectateur lambda sur le bord de la route.

 

Note : 3/10. En bref, Paradise Records est un coup d'essai audacieux mais brouillon. La réalisation est prometteuse, le casting tient la route, mais le script est aux abonnés absents. Il y a du potentiel, c'est indéniable, mais pour son prochain projet, Logic devra s'entourer d'un vrai scénariste s'il veut transformer l'essai. C'est un film curieux, parfois touchant par sa maladresse, mais trop désordonné pour qu'on s'en souvienne dans six mois.

Prochainement en France en SVOD

 

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