14 Avril 2026
Reminders of Him // De Vanessa Caswill. Avec Maika Monroe, Tyriq Withers et Rudy Pankow.
On a tous déjà ressenti ce petit pincement au cœur devant une histoire de rédemption, ce moment où l'on a envie de croire que tout le monde peut réparer ses pots cassés. C’est exactement sur cette corde sensible que joue Reminders of Him. En confiant la caméra à Vanessa Caswill, le cinéma romantique revient à ses fondamentaux : le pardon, les secrets de famille et ces fameuses secondes chances qu'on s’arrache au prix de gros efforts. Pourtant, malgré une envie évidente de bien faire, le film finit par ressembler à une partition un peu trop propre, où les émotions semblent parfois sortir d’un manuel bien huilé plutôt que de la vie réelle.
L’histoire nous plonge dans le quotidien de Kenna Rowan.
Après sept ans en prison, Kenna Rowan revient dans sa ville natale dans l'espoir de retrouver sa fille.
Après avoir passé quelques années derrière les barreaux suite à un drame qui a fait basculer sa vie, elle revient s’installer dans sa ville natale du Wyoming. Son objectif est simple mais déchirant : retrouver sa fille, celle qu’elle n’a jamais vraiment eu le droit de connaître. Le point de départ est solide. On s'attache vite à cette femme qui ne cherche pas d'excuses, mais une place. Le film évite d'ailleurs le piège facile du grand méchant de service. Ici, l’opposition vient de gens ordinaires, blessés, qui protègent leur douleur comme ils peuvent. C’est dans cette grisaille morale, où personne n’a tout à fait tort ni tout à fait raison, que le récit trouve ses plus jolis moments.
Pour incarner cette Kenna tout en retenue, Maika Monroe livre une prestation vraiment convaincante. On la sent habitée par une sorte de fatigue intérieure, un mélange de honte et de volonté qui sonne juste. Elle n’essaie pas de nous arracher des larmes à chaque plan, et c’est tant mieux. Sa sobriété permet de donner du corps à son personnage, là où le scénario manque parfois de substance. En revanche, le bât blesse dès que l'on s'intéresse à sa relation avec Ledger, interprété par Tyriq Withers. Ledger est l'homme qui fait le lien avec son passé, celui qui devrait être le catalyseur de sa transformation. Mais l’alchimie entre eux reste désespérément plate.
On a l’impression que leur romance a été ajoutée pour cocher une case du genre « drame romantique », sans que le lien ne paraisse jamais organique. C’est dommage, car cela rend leurs échanges un peu artificiels, presque forcés par le script. C’est justement là que le bât blesse : l’écriture manque cruellement de relief. On voit venir les rebondissements à des kilomètres. Les conflits, même s’ils reposent sur des bases tragiques, se résolvent souvent avec une facilité déconcertante. On aurait aimé plus de tension, plus de silences lourds de sens, mais le film préfère la ligne droite au chemin sinueux.
Certains retournements de situation tombent d’ailleurs un peu comme des cheveux sur la soupe, ce qui empêche l’œuvre de nous marquer durablement. On reste à la surface des choses, comme si le réalisateur avait peur de nous bousculer un peu trop. Heureusement, tout n'est pas à jeter, loin de là. La réflexion sur le pardon est sans doute l'aspect le plus réussi du film. Reminders of Him nous montre que se racheter n'est pas une affaire de grands discours héroïques, mais une suite de petits pas, souvent maladroits. Kenna n'essaie pas d'effacer ce qu'elle a fait, elle apprend simplement à vivre avec le poids de ses actes. Cette approche honnête sauve le film d'un naufrage dans la mièvrerie totale.
On sent une vraie sincérité dans le traitement de la maternité empêchée, qui reste le véritable cœur battant de l'intrigue. Visuellement, le décor du Wyoming offre une bouffée d'air frais bienvenue. Ces grands espaces, un peu rudes et mélancoliques, collent parfaitement à l'état d'esprit de l'héroïne. Ils apportent une respiration nécessaire entre deux scènes chargées en émotions. Mais cette belle enveloppe est un peu gâchée par une réalisation très (trop) sage. Tout est filmé de manière extrêmement classique, sans aucune prise de risque formelle. La musique n'aide pas non plus : elle est omniprésente, soulignant chaque moment triste avec une insistance qui finit par devenir contre-productive.
On aurait aimé que le film nous laisse décider par nous-mêmes quand être ému, plutôt que de nous le dicter à coups de violons. La structure narrative, qui alterne entre le présent et des souvenirs liés à l'accident originel, finit aussi par montrer ses limites. Ces retours en arrière sont censés éclairer le récit, mais ils finissent surtout par casser le rythme. On a parfois l'impression de tourner en rond, de recevoir plusieurs fois la même information sans que cela n'enrichisse vraiment les personnages. Ce côté répétitif renforce l'idée d'un film un peu trop calibré pour plaire au plus grand nombre, quitte à perdre son âme en chemin. Au final, Reminders of Him se regarde comme on lit un roman de gare un dimanche après-midi : c’est fluide, c’est touchant par intermittence, mais ça s'oublie aussi vite que le générique de fin défile.
On ne passe pas un mauvais moment, car le sujet reste universel et le jeu de Maika Monroe est solide, mais on ressort avec un sentiment d'inachevé. Le film reste dans sa zone de confort, évitant soigneusement de bousculer les codes du genre. C’est un mélodrame honnête, mais qui manque de cette étincelle de folie ou de cruauté qui en aurait fait un grand film. Pour ceux qui cherchent une histoire douce-amère sans surprise, le contrat sera rempli. Pour les autres, il manquera sans doute ce petit supplément d'âme qui transforme une simple fiction en une expérience mémorable.
Note : 4.5/10. En bref, Reminders of Him se regarde comme on lit un roman de gare un dimanche après-midi : c’est fluide, c’est touchant par intermittence, mais ça s'oublie aussi vite que le générique de fin défile.
Sorti le 18 mars 2026 au cinéma
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