Euphoria (Saison 3, épisode 1, "Àndale") : le réveil est dur et j’ai un peu mal à ma série

Euphoria (Saison 3, épisode 1, "Àndale") : le réveil est dur et j’ai un peu mal à ma série

On l'a attendue pendant des plombes, on a théorisé sur chaque image, et voilà : la saison 3 d'Euphoria vient de débarquer. Je ne vais pas passer par quatre chemins, ce retour me laisse un goût vraiment bizarre en bouche. J’avais l’habitude que la série me bouscule, mais là, j’ai surtout l’impression qu’elle s’est perdue en route, quelque part entre deux tournages et trois tapis rouges. Le premier truc qui me frappe, c’est la disparition totale du lycée. Je sais, ils ont grandi, c’est logique. Mais East Highland, c’était le ciment du show. C’était là que tout se croisait, que les tensions explosaient. 

 

Sans ce point d’ancrage, je me retrouve face à un puzzle dont les pièces refusent de s'emboîter. Chaque personnage dérive de son côté, dans sa propre bulle, et honnêtement, cette dispersion me fatigue. On passe d’une vie à l’autre sans que le récit ne nous donne de vraie raison de s’accrocher à l’ensemble. C’est le reflet de la réalité d'après-bac, certes, mais pour une fiction, ça manque cruellement de liant. Au milieu de ce chantier, il y a Rue. Mon lien avec elle est toujours aussi fort, mais j’ai un problème avec la direction que prend son arc. On est loin de la finesse psychologique des débuts. Là, je la retrouve catapultée dans une intrigue de trafic de drogue presque trop brutale, voire un peu "too much". 

 

J’ai eu cette sensation désagréable que le scénario essayait de me choquer gratuitement, en oubliant de construire la tension. Heureusement que Zendaya est une actrice hors norme. Elle arrive à me faire gober des situations qui, sur le papier, me semblent complètement démesurées. Elle porte littéralement l’épisode sur ses épaules, mais je me demande combien de temps elle pourra tenir la baraque toute seule. Côté cœur et drama, le duo Nate et Cassie commence sérieusement à tourner en rond pour moi. Je les ai trouvés presque caricaturaux dans cet épisode. On nous les présente dans une sorte de quotidien de couple stable, mais avec des tensions traitées avec la finesse d’un bulldozer. 

 

Cassie, que je trouvais si complexe et touchante avant, me semble ici réduite à une fonction : celle de la fille en quête de reconnaissance, sans aucune nuance. C'est frustrant de voir un personnage aussi riche se transformer en pion narratif aussi voyant. Par contre, là où j’ai repris espoir, c’est avec Lexi et Maddy. Leurs scènes sont, à mon sens, les plus réussies. Les voir évoluer dans un milieu pro, avec les codes de Hollywood, ça apporte une bouffée d’air frais incroyable. J’ai eu l’impression d’entrevoir une autre série, plus mature, plus ancrée dans les galères réelles des jeunes adultes. C’est vers ça que j’ai envie d’aller. J’espère vraiment que la suite va creuser ce filon plutôt que de s’enfermer dans la surenchère de glauque.

 

Visuellement, je ne peux rien dire, c’est toujours une claque. Les couleurs, la lumière, l’ambiance… Sam Levinson sait filmer, c’est indéniable. Mais le souci, c’est que cette esthétique incroyable me donne parfois l’impression d’un joli paquet cadeau vide. La forme ne peut plus cacher les faiblesses du fond. Le rythme m’a aussi pas mal déstabilisé : j’ai trouvé certaines séquences interminables alors que d’autres, qui auraient mérité du temps, sont expédiées en trois plans. Ça crée une distance émotionnelle qui m’a empêché de vibrer autant que je l’espérais. Ce qui me chagrine le plus, c’est cette perte de réalisme. Euphoria a toujours aimé l’excès, c’était sa marque de fabrique, mais il y avait une vérité humaine derrière. 

 

Ici, certains dialogues sonnent faux, comme s’ils avaient été écrits juste pour finir en légendes Instagram. On cherche l’émotion brute, on se cogne contre de l’artifice. Alors oui, tout n’est pas à jeter. Il y a des moments de calme, des regards, des respirations qui me rappellent pourquoi j’ai aimé cette série. Ce n’est pas un ratage complet, mais c’est un démarrage franchement hésitant. J’ai le sentiment d’un projet en déséquilibre qui cherche sa nouvelle identité sans trop savoir où regarder. Je vais évidemment regarder la suite, mais j’attends que la série clarifie ses intentions. Il faut que les personnages se reconnectent, entre eux et avec nous. Sinon, on va finir par regarder ça comme un beau catalogue de mode un peu triste, loin de l'étincelle qui nous avait tous rendus accros.

 

Note : 3/10. En bref, ce premier épisode marque une rupture déconcertante : en perdant le cadre du lycée, la série s'éparpille dans des récits isolés qui privilégient souvent la surenchère visuelle et dramatique au détriment de la cohérence narrative. Si la performance de Zendaya et quelques nouvelles pistes professionnelles sauvent les meubles, l'ensemble manque cruellement de ce réalisme émotionnel qui faisait autrefois le sel d'Euphoria.

Disponible sur HBO max

 

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