18 Avril 2026
Roommates // De Chandler Levack. Avec Sadie Sandler, Chloe East et Sarah Sherman.
Le film Roommates, c’est un peu l’anti-film de potes. On est habitués aux comédies étudiantes où tout le monde finit par s'adorer autour d'un pack de bières, mais ici, on est sur un terrain beaucoup plus glissant. Le pitch est simple : Devon débarque à la fac avec une envie folle de s'intégrer. Elle tombe sur Celeste, la fille que tout le monde veut avoir dans son cercle. Le problème, c'est que ce qui commence comme une super rencontre vire rapidement au malaise pur et dur. Ce qui frappe tout de suite, c’est le réalisme de la situation. On a tous connu, ou été, cette personne qui s'écrase un peu trop pour ne pas finir seule.
Une étudiante de première année pleine d’espoir et un peu naïve, Devon, demande à Celeste, une fille cool et sûre d’elle, de devenir sa colocataire. Ce qui commence comme une amitié naissante dégénère peu à peu en une guerre passive agressive.
Devon n'est pas une victime au sens classique, c’est juste une fille qui veut désespérément un lien solide. Et Celeste, c'est le prédateur social parfait : elle n'est pas forcément méchante par calcul, elle prend juste toute la place parce qu'on la laisse faire. Le gros point fort, c’est clairement les deux actrices. Sadie Sandler réussit à rendre Devon hyper attachante sans être agaçante. Elle joue sur les petits détails, les silences, les regards qui fuient. On sent qu'elle boue à l'intérieur mais qu'elle n'arrive pas à sortir les mots. C’est le portrait parfait de l’étudiante qui se perd dans l'ombre de quelqu'un d'autre. De l'autre côté, Chloe East fait un boulot monstrueux dans le rôle de Celeste.
Elle a cette énergie débordante qui, au début, te donne envie d'être son pote, mais qui devient vite étouffante. C’est sa manière de s'approprier les affaires de l'autre, de décider du programme de la soirée sans demander l'avis de personne, d'exister tout simplement de manière trop bruyante. La chimie entre les deux fonctionne parce qu'elle est déséquilibrée. On est constamment sur le fil, à attendre le moment où ça va craquer. Roommates n’est pas une comédie où l'on éclate de rire toutes les deux minutes. C’est un film qui joue sur le malaise. Chaque scène de la vie quotidienne devient un petit combat de territoire.
Un repas en commun, une soirée qui dérape, une discussion dans la chambre... tout est prétexte à montrer comment une amitié peut devenir toxique sans même qu'on s'en aperçoive. Le film capte super bien l'ambiance de la fac. Cet endroit où l'on se sent obligé de se faire des meilleurs amis en trois jours parce que la solitude fait peur. On voit bien comment Devon devient dépendante émotionnellement de Celeste, et comment Celeste se nourrit de cette admiration. C’est une étude de caractère assez acide qui montre que les pires relations ne sont pas toujours celles où l'on se hurle dessus, mais celles où l'un des deux disparaît petit à petit.
Tout n'est pas parfait pour autant. Le film a tendance à rester un peu trop sur la réserve. On sent que la tension grimpe, on s'attend à un final explosif ou à un truc vraiment sombre, mais le réalisateur garde les pédales un peu trop près du frein. Il y a des pistes qui auraient pu être creusées, notamment sur la psychologie de Celeste ou sur l'impact réel de ce comportement sur le long terme. Les interventions des parents, joués par Natasha Lyonne et Nick Kroll, sont sympas et apportent un peu de respiration, mais elles restent très secondaires. Le film fait le choix de s'enfermer dans cette chambre d'étudiante et de ne plus en sortir. C'est efficace pour créer cette ambiance oppressante, mais ça bride un peu l'ampleur de l'histoire.
Note : 6.5/10. En bref, Roommates est une très bonne surprise. C’est un film qui parle de limites personnelles et de la difficulté de dire non quand on a peur de perdre l'autre. Si vous avez déjà eu une amitié un peu trop intense ou une coloc qui a tourné au vinaigre, ça risque de vous rappeler des souvenirs. C’est direct, c'est bien écrit, et ça évite les clichés habituels du genre pour se concentrer sur ce qui compte : l'humain et ses failles.
Sorti le 17 avril 2026 directement sur Netflix
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