Critiques Séries : Elsbeth. Saison 3. Episode 16.

Critiques Séries : Elsbeth. Saison 3. Episode 16.

Elsbeth // Saison 3. Episode 16. Murder, He Wrote.

 

On arrive à un moment charnière de la saison 3 avec cet épisode 16 d'Elsbeth. Après avoir exploré les faux-semblants d'une bourgeoisie toxique dans l'épisode précédent, la série bifurque vers quelque chose de beaucoup plus personnel, presque dérangeant. On quitte la légèreté habituelle pour plonger dans la tête d'un homme qui se prend pour le centre du monde, et franchement, ça donne un relief assez inédit à l'enquête. L'atout majeur ici, c'est Griffin Dunne dans le rôle d'Elliot Pope. Il incarne cet écrivain imbu de lui-même avec une justesse incroyable. 

 

On connaît bien ce type de personnage dans les séries policières, le génie incompris qui pense avoir toujours trois coups d'avance, mais Pope a une dimension supplémentaire : il ne se contente pas d'écrire des thrillers, il essaie de transformer sa propre vie en un roman dont il serait le seul maître. C'est là que le meurtre prend une tournure particulière. On n'est pas sur un coup de sang ou un accident malheureux, mais sur un acte froid, calculé, presque une étape nécessaire à son processus de création. Le face-à-face avec la victime est d'ailleurs le moteur de toute cette tension. Mark Linn-Baker joue ce critique littéraire qui a le malheur de dire la vérité sur le talent déclinant de l'auteur. 

C'est le déclencheur classique : l'ego blessé. Mais contrairement à Rachel dans l'épisode 15 qui s'effondrait sous le poids de ses mensonges, Elliot Pope, lui, balaie la critique d'un revers de main avant de passer à l'acte. C'est cette absence totale de remise en question qui rend le personnage aussi antipathique qu'efficace pour le récit. Ce qui surprend aussi, c'est la noirceur qui s'installe. Elsbeth nous a habitués à un ton coloré, presque excentrique, mais ici, le malaise est palpable. Pope est un personnage aux traits ouvertement misogynes, et la série ne prend pas de gants pour montrer sa toxicité. Certains pourraient trouver le timing de diffusion audacieux, voire risqué, mais le scénario évite le piège de la complaisance. 

 

On ne nous demande pas d'avoir de l'empathie pour lui. Au contraire, on voit Elsbeth naviguer dans ce climat hostile avec une vulnérabilité qu'on ne lui connaissait pas forcément. Elle s'expose, elle prend des risques, et pour une fois, on sent qu'elle n'est pas totalement à l'abri derrière ses sacs à main colorés et son sourire de façade. On retrouve d'ailleurs un peu de l'ADN de The Good Wife dans ces moments-là. C’est plaisant de voir que la série est capable de muscler son jeu et d'aller chercher des thématiques plus sombres sans pour autant renier son identité. Le côté "méta" de l'enquête, où la fiction rejoint la réalité, est particulièrement bien ficelé. 

Utiliser les propres tics d'écriture d'un auteur pour le coincer, c'est une ficelle narrative qui fonctionne toujours, surtout quand c'est fait avec cette précision. Malgré tout, il y a un petit bémol qui commence à peser sur la structure globale de la saison. C’est ce besoin constant de faire douter les collègues d'Elsbeth. On en est à la saison 3, elle a résolu des dizaines d'affaires impossibles, et pourtant, on nous ressort encore le refrain de "ses méthodes sont bizarres, elle ne sait pas ce qu'elle fait". À force, cela devient un peu lassant et ça casse le rythme pour créer un conflit artificiel dont on se passerait bien. On aimerait voir l'équipe lui faire enfin confiance à 100 % pour se concentrer sur des enjeux plus complexes.

 

Côté vie privée, les choses bougent enfin de manière concrète. La fin de l'intrigue avec Alec tombe un peu comme un couperet. C’est rapide, presque sec, mais au fond, c’est très fidèle à qui est Elsbeth Tascioni. C'est une femme d'instinct. Quand elle sent que quelque chose ne colle plus ou qu'une relation freine son évolution, elle tranche. Cette rupture marque sans doute un nouveau départ pour elle, loin des compromis sentimentaux qui commençaient à alourdir le récit.

 

Note : 9/10. En bref, cet épisode 16 réussit son pari en cassant un peu la routine. On a une affaire solide, un méchant qu'on adore détester et une héroïne qui montre une facette plus profonde. Si la série pouvait juste lâcher un peu ses automatismes scénaristiques concernant la police locale, elle atteindrait un équilibre parfait. On sent en tout cas qu'Elsbeth n'a pas peur de sortir de sa zone de confort, et c'est exactement ce qu'on attend d'une série qui dure.

Prochainement sur TF1 et TF1+

 

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