16 Avril 2026
Super Mario Galaxy Le Film // De Aaron Horvath et Michael Jelenic. Avec la voix de Chris Pratt, Anya Taylor-Joy et Charlie Day.
Trois ans après avoir braqué le box-office mondial, la moustache la plus célèbre de l’histoire revient sur le devant de la scène. Avec Super Mario Galaxy Le Film, Nintendo et Illumination tentent le pari de l’espace, là où les lois de la physique s’effacent devant le grand spectacle. J’attendais cette suite au tournant, forcément. Mais après avoir digéré ce voyage interstellaire, une question reste en suspens : suffit-il d'aligner des pixels sublimes pour faire un grand film ? Dès les premières secondes, on comprend que le studio ne compte pas nous laisser reprendre notre souffle.
À peine installés au Royaume Champignon, un mystérieux appel à l'aide va pousser Mario et Luigi à reprendre du service et plonger dans les zones d’ombre du passé de la princesse Peach. Une mission qui va propulser nos héros et leur nouvelle constellation d’amis, très loin de chez eux, à travers un périple intergalactique, à la découverte de nouveaux mondes où se forgeront des alliances pour le moins inattendues.
Le film démarre pied au plancher, nous propulsant d'une planète à l'autre sans même nous laisser le temps d'ajuster notre ceinture. C'est une véritable course effrénée. Si l'introduction du premier opus prenait quelques minutes pour ancrer ses personnages, ici, on part du principe que tout le monde se connaît déjà. Les nouveaux venus débarquent à l'écran comme s'ils sortaient des coulisses d'un théâtre, sans présentation, sans préambule. On suit le mouvement, mais on finit par se demander si le réalisateur n'a pas confondu vitesse et précipitation. Visuellement, par contre, c'est la claque attendue.
On ne va pas se mentir, le travail d'animation est d'une générosité folle prouvant une fois de plus que le studio français Illumination est au dessus de la mélée. Les couleurs éclatent, les effets de gravité jouent avec notre sens de l'équilibre et chaque recoin de l'espace semble grouiller de détails. On retrouve cette patte Nintendo, ce mélange de mignonnerie et d'inventivité architecturale. Chaque séquence est pensée comme un niveau de jeu vidéo géant : on évite des obstacles, on rebondit sur des plates-formes mouvantes, on admire les décors. C’est propre, c’est net, et c’est surtout diablement efficace pour captiver l'œil. Le problème, c'est que derrière cette vitrine technologique étincelante, le moteur tourne un peu à vide.
Le scénario de cette suite est sans doute son talon d'Achille. On a l'impression de regarder une suite de saynètes plutôt qu'une véritable histoire construite. Les enjeux sont balancés en deux répliques, les obstacles sont franchis avant même qu'on ait eu peur pour les héros, et la tension dramatique reste désespérément plate. Le film semble avoir peur du silence ou du calme. À force de vouloir enchaîner les morceaux de bravoure à un rythme métronomique, il finit par épuiser son spectateur au lieu de l'émerveiller. Ce qui devrait être épique devient presque banal par simple effet d'accumulation. Côté casting, c'est aussi un peu la foire à la saucisse.
Tout le monde a répondu présent à l'appel : Mario, Luigi, Peach, Bowser, sans oublier Yoshi et quelques invités surprises. Mais avoir tout ce beau monde à l'écran ne sert pas à grand-chose si personne n'a rien à dire. Certains personnages ne font que passer, comme s'ils venaient juste valider leur présence pour le merchandising. Plus étrange encore, Mario lui-même semble parfois devenir un spectateur de sa propre aventure. Le focus se déplace sur d'autres figures de façon assez aléatoire, rendant l'implication émotionnelle quasi nulle. On ne tremble jamais pour eux, on ne vibre pas avec eux. Et puis, il y a cette omniprésence du clin d'œil.
Le fan service est devenu une drogue dure pour les blockbusters modernes, et ce film en abuse jusqu'à l'overdose. Au début, c’est plaisant : on sourit en reconnaissant un bruitage culte ou un costume oublié. Mais rapidement, on se rend compte que le film est construit autour de ces références plutôt que l'inverse. C’est une immense compilation, un catalogue géant qui hurle à l’oreille du public : « Regardez, vous vous souvenez de ça ? ». À force de vouloir cocher toutes les cases de la nostalgie, la cohérence globale s’effrite. Il serait toutefois injuste de dire qu'on passe un mauvais moment. L'énergie globale est communicative et le film garde un côté ludique qui plaira sans aucun doute aux plus jeunes.
L'humour, bien que léger, tape souvent juste, et la bande-son fait un travail remarquable. Les thèmes légendaires de Koji Kondo sont réorchestrés avec brio, apportant ce souffle épique qui manque parfois à l'écriture. En sortant de la salle, il reste pourtant ce goût de trop-peu. Super Mario Galaxy Le Film ressemble à un feu d'artifice : c'est magnifique pendant que ça explose, mais ça ne laisse aucune trace une fois la nuit revenue. On sent la volonté de capitaliser sur le succès du premier sans chercher à approfondir l'univers. Le premier film avait pour lui l'effet de surprise et une certaine fraîcheur ; cette suite se contente d'augmenter le volume sans changer la partition.
Note : 5/10. En bref, c’est un divertissement honnête, visuellement impeccable, mais qui oublie que pour rester dans les mémoires, il faut une âme, pas seulement des textures en haute définition. Les fans y trouveront leur compte de nostalgie, mais les amateurs de cinéma, eux, risquent de rester un peu sur leur faim devant ce spectacle qui brille autant qu'il s'évapore.
Sorti le 1er avril 2026 au cinéma
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