12 Avril 2026
The Drama // De Kristoffer Borgli. Avec Zendaya, Robert Pattinson et Alana Haim.
Certains films commencent comme une petite musique familière, une comédie romantique presque trop propre pour être honnête, avant de déraper totalement. C’est exactement le pari de The Drama. Sous son titre qui sonne presque comme une évidence, le nouveau long-métrage de Kristoffer Borgli s’amuse à nous installer confortablement dans un canapé douillet avant d’y cacher des punaises. C’est malin, c’est vicieux, et ça nous rappelle que le réalisateur de Dream Scenario n’est jamais aussi bon que lorsqu’il gratte là où ça fait mal. Au tout début, on nous vend du rêve. Charlie et Emma, c’est le couple que tout le monde envie, celui qui semble avoir craqué le code du bonheur.
Un couple comblé voit son bonheur mis à l’épreuve lorsqu’un rebondissement inattendu vient tout bouleverser à une semaine de son mariage.
Ils sont beaux, complices et s’apprêtent à se dire "oui". Le film nous balance une série de souvenirs solaires, une sorte de best-of de leur relation qui ressemble à une publicité pour une vie réussie. On sent bien que c'est un peu trop parfait, que Borgli est en train de nous endormir pour mieux nous cueillir. Et le réveil est brutal. Tout bascule lors d’une banale soirée entre amis. Vous savez, ce genre de soirées où l'alcool aide à dire des bêtises et où quelqu'un finit toujours par proposer un jeu un peu risqué. La règle est simple : chacun doit balancer son pire secret. Quand vient le tour d’Emma, elle lâche une bombe. On ne vous dira pas quoi, parce que le film repose sur ce choc thermique, mais l'impact est immédiat.
En une phrase, le vernis craque et la belle mécanique du couple se grippe définitivement. Ce qui est vraiment brillant dans The Drama, ce n’est pas le secret lui-même, mais la manière dont il agit comme un poison lent. Le doute ne frappe pas d'un coup, il s'insinue. Charlie se met à rembobiner toute leur histoire à travers ce nouveau prisme déformant. Chaque baiser, chaque discussion, chaque moment de silence devient soudainement suspect. On observe alors une sorte de paranoïa domestique s’installer. Le film décortique merveilleusement bien la façon dont notre cerveau, quand il se sent trahi, se met à inventer des scénarios de plus en plus tordus pour combler les trous.
Pendant ce temps, Emma se retrouve enfermée dans une prison d'un autre genre : celle du jugement. Elle n'est plus la femme, l'architecte ou l'amie, elle devient "celle qui a fait ça". Le film nous balance une question assez flippante au visage : est-ce qu'on peut vraiment connaître la personne avec qui on partage son lit ? Et surtout, est-ce que l'amour peut survivre à une vérité qu'on n'était pas prêt à entendre ? Visuellement, Borgli nous enferme avec eux. Le film commence dans de grands espaces ouverts et lumineux pour finir par ressembler à un huis clos étouffant. Les pièces semblent rétrécir, les couleurs deviennent plus froides, et la caméra se colle aux visages pour traquer la moindre micro-expression de malaise.
Le réalisateur s'amuse aussi à filmer les délires mentaux de Charlie. Parfois, on ne sait plus si ce qu’on voit est la réalité ou simplement le fruit de son imagination en plein craquage. C'est troublant et ça renforce cette sensation de vertige permanent. On navigue entre deux eaux, entre le drame pur et un humour noir hyper grinçant. On se surprend à rire de situations totalement atroces, pas parce que c'est léger, mais parce que c'est la seule soupape de sécurité face à une telle tension. C'est un rire jaune, celui qu'on a quand on assiste à un accident au ralenti. Côté casting, le duo Zendaya et Robert Pattinson est une révélation. Leur alchimie est évidente, ce qui rend leur déchirement encore plus douloureux à regarder.
Pattinson est impérial dans le rôle du mec qui essaie de rester digne alors qu’il est en train d'imploser de l'intérieur. Il joue sur les non-dits, les regards fuyants et une vulnérabilité qu'on lui connaissait peu. Zendaya, de son côté, apporte une complexité dingue à Emma. Elle refuse d'en faire une victime ou une coupable idéale. Elle reste indéchiffrable, humaine, avec ses parts d'ombre, et c'est ce qui rend son personnage si percutant. Le film prend aussi un malin plaisir à piétiner tous les clichés du genre. Oubliez les réconciliations sous la pluie ou les longs discours larmoyants pour se faire pardonner. Ici, plus on essaie de parler, plus on s'enfonce. Les dialogues sont secs, directs, parfois cruels.
C'est une déconstruction en règle de l'idéal romantique qui nous rappelle que la transparence totale est peut-être le plus court chemin vers le désastre. Borgli interroge nos normes sociales, le poids du mariage et cette injonction moderne à tout se dire. Finalement, est-ce que certains secrets ne sont pas les piliers nécessaires à la paix d'un ménage ? Tout n'est pas irréprochable pour autant. Vers la fin, le film tourne un peu en rond. L’idée de départ est tellement forte qu'on a l'impression que le scénario ne sait plus trop comment conclure sans se répéter. On sent quelques longueurs, et le rythme s'essouffle un peu dans le dernier acte.
On aurait aussi aimé que Borgli aille encore plus loin dans la radicalité, qu'il appuie encore plus fort sur la pédale du malaise là où il choisit parfois la sécurité. Mais malgré ces petits bémols, The Drama reste une sacrée expérience de cinéma. C'est un film qui reste en tête bien après le générique, qui force à la discussion et qui, soyons honnêtes, va donner des sueurs froides à pas mal de couples en sortant de la salle. Ce n'est pas juste une histoire de trahison, c'est une étude fascinante sur la fragilité de nos constructions intimes. En sortant, une chose est sûre : vous réfléchirez à deux fois avant d'accepter une partie de "Action ou Vérité" lors de votre prochain dîner entre amis.
Note : 7/10. En bref, c’est un film qui reste en tête bien après le générique, qui force à la discussion et qui, soyons honnêtes, va donner des sueurs froides à pas mal de couples en sortant de la salle. Ce n'est pas juste une histoire de trahison, c'est une étude fascinante sur la fragilité de nos constructions intimes.
Sorti le 1er avril 2026 au cinéma
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