13 Avril 2026
Thinestra // De Nathan Hertz. Avec Melissa Macedo, Michelle Macedo et Brian Huskey.
Le cinéma d’horreur a toujours adoré nous mettre face à nos propres démons, mais il y a quelque chose de particulièrement viscéral quand il s’attaque à l’image de soi. Avec Thinestra, le réalisateur Nathan Hertz ne fait pas dans la dentelle. Il nous plonge dans une spirale où la quête de la minceur absolue ne finit pas par un sourire sur une balance, mais par un véritable carnage biologique. C’est un film qui gratte là où ça fait mal, nous rappelant que l’obsession de la perfection peut littéralement nous dévorer de l’intérieur. L’histoire nous présente Penny, une jeune femme qui évolue dans le milieu impitoyable de la publicité.
Complexée par son physique, Pennyprend une étrange pilule amaigrissante. La graisse qu'elle perd revient sous la forme de son doppelgänger (double maléfique).
Son métier ? Retoucheuse photo. Elle passe ses journées à gommer les imperfections des autres, à lisser des hanches et à sculpter des visages sur écran. Forcément, quand on passe huit heures par jour à fabriquer de l’irréel, on finit par regarder son propre reflet avec un dégoût profond. Le film installe très vite ce climat d’insécurité permanente. Penny s’épuise, elle se prive, elle lutte contre chaque calorie comme si c’était un ennemi mortel. C’est un quotidien que beaucoup connaissent, mais poussé ici jusqu’à l’asphyxie. Puis vient le remède miracle : le Thinestra.
Une petite pilule, une promesse de légèreté immédiate. Ce qui rend le basculement de Penny crédible, c’est qu’elle ne cède pas par pure vanité, mais par épuisement psychologique. Après une humiliation de trop, elle craque. Et c’est là que le film quitte le drame social pour plonger tête la première dans le body horror. Nathan Hertz ne nous épargne rien. La transformation de Penny est organique, poisseuse et franchement dérangeante. On voit la graisse s'échapper du corps de manière presque absurde, créant des scènes qui rappellent les grandes heures du genre. Ce n’est pas subtil, mais c’est redoutablement efficace. On sent que le réalisateur a voulu rendre physique cette douleur mentale, transformer le complexe en une matière visqueuse et incontrôlable.
Le coup de génie du film réside dans l'apparition de Penelope. Ce n'est pas juste une version mince de Penny, c'est son double monstrueux. Plus assurée, plus sauvage, mais aussi infiniment plus dangereuse. Le choix de faire interpréter ces deux rôles par des actrices jumelles donne une dimension troublante à l'écran. Il y a une véritable alchimie dans ce dédoublement, entre la vulnérabilité de l'une et l'agressivité carnassière de l'autre. Penelope incarne cette partie de nous qui, une fois libérée de toutes les contraintes sociales, ne cherche plus qu'à assouvir ses pulsions. Penny n'est d'ailleurs pas qu'une simple victime de ce médicament. Elle est fascinée par ce qu'elle devient, complice de sa propre destruction. Cette ambiguïté donne de l'épaisseur au récit.
On ne regarde pas juste un monstre attaquer une pauvre fille, on regarde une femme se perdre volontairement dans une métamorphose qu'elle a appelée de ses vœux. Le film n'est pas sans défauts pour autant. On peut lui reprocher de rester parfois trop focalisé sur son concept de base. L'intrigue a tendance à faire du surplace, revenant sans cesse aux mêmes motifs de transformation au détriment du développement des personnages secondaires. Le voisin sympathique ou les collègues de bureau restent des silhouettes qui auraient pu apporter un contrepoint nécessaire à cette descente aux enfers. En restant enfermé dans la salle de bain de Penny, le film finit par donner une impression de répétition.
Cependant, visuellement, le contrat est rempli. À l'heure du tout numérique, Thinestra mise sur des effets pratiques palpables qui font toute la différence. On sent la texture des fluides, la tension de la peau, et ce côté artisanal renforce le malaise. La mise en scène est sobre, laissant toute la place aux performances d'actrices qui portent le film sur leurs épaules avec une intensité rare. L'humour noir vient parfois alléger l'ensemble, sans pour autant désamorcer l'horreur. Certaines réactions de Penelope sont tellement extrêmes qu'elles frôlent l'absurde, créant un décalage étrange. On hésite entre le rire nerveux et l'envie de détourner les yeux.
C'est ce ton instable qui fait la personnalité du film, même s'il pourra en dérouter certains. Au-delà de l'horreur pure, le message sur la pression sociale est limpide. Le film ne fait pas de longs discours sur les diktats de la beauté, il les montre par l'absurde et par le sang. Il souligne comment la société nous pousse à nous haïr au point de vouloir s'arracher la peau. Le regard porté sur Penny reste profondément humain, on ne se moque jamais d'elle. Le véritable antagoniste, ce n'est pas tant la pilule que le monde qui a rendu cette pilule nécessaire à ses yeux.
En conclusion, Thinestra est une œuvre brute, imparfaite mais nécessaire dans le paysage actuel. Il traite d'un sujet de société brûlant avec une frontalité qui manque parfois au cinéma plus grand public. Ce n'est pas un film que l'on oublie facilement après le générique de fin. Il laisse derrière lui une sensation d'inconfort durable, nous forçant à nous demander jusqu'où nous serions prêts à aller pour correspondre à une image qui, au fond, n'existe pas. Pour les amateurs de sensations fortes et de réflexions douces-amères sur notre époque, c’est une expérience qui vaut largement le détour, à condition d'avoir le cœur bien accroché.
Note : 6.5/10. En bref, Thinestra est une œuvre brute, imparfaite mais nécessaire dans le paysage actuel. Il traite d'un sujet de société brûlant avec une frontalité qui manque parfois au cinéma plus grand public.
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