10 Mai 2026
Birth / Alumbramiento // De Pau Teixidor. Avec María Vázquez, Sofía Milán et Celia Lopera González.
Avec son nouveau film Birth, ou Alumbramiento pour le titre original, le réalisateur Pau Teixidor s'attaque à un morceau encore très sensible de l'histoire espagnole. Ce n'est pas juste un drame de plus sur la maternité, c'est une plongée dans une époque où la société cherchait à tout prix à cacher ce qu’elle jugeait honteux. On se retrouve plongé au début des années 80, une période charnière où l'Espagne tente de respirer après des décennies de dictature, mais où les vieux réflexes de contrôle social ont encore la peau dure. Le film s'ouvre sur un contraste frappant.
Espagne, 1982. Marisa décide d'emmener sa fille à Madrid pour trouver une solution à une grossesse non désirée. Lucía est admise à Peñagrande, une maison de correction pour adolescentes enceintes. Là, elle se lie d'amitié avec ses codétenues et apprend qu'elles veulent lui enlever ce qu'elle n'a pas encore : son propre fils.
Dehors, c'est l'effervescence : on fête la victoire des socialistes en 1982, l'espoir est partout dans les rues. Mais pour Lucía, seize ans, la fête s'arrête net. Enceinte, elle est conduite par sa mère à Peñagrande, un centre religieux spécialisé pour les jeunes filles dans sa situation. À l'intérieur, le temps semble s'être arrêté. On comprend vite que la modernité promise à la télévision n'a pas encore franchi les murs de cet établissement. Ce qui frappe d'abord dans Birth, c'est la justesse du ton. Teixidor évite soigneusement le piège du mélo larmoyant. Il ne cherche pas à nous arracher des larmes avec des violons ou des grands discours. La violence ici est plus sournoise.
Elle se niche dans les silences pesants, dans les regards froids des religieuses et dans cette manière brutale de confisquer le choix de ces adolescentes. C’est cette retenue qui rend le film si percutant : on ne nous force pas à ressentir quelque chose, on observe simplement une réalité étouffante. Le scénario dépasse largement la question de la grossesse non désirée pour questionner la place des femmes. Le centre de Peñagrande fonctionne comme une petite société fermée où l'on brise les volontés sous prétexte de rédemption. Les filles sont là parce qu'elles n'ont nulle part ailleurs où aller ou parce que leurs familles préfèrent les cacher pour sauver les apparences.
À travers Lucía et ses compagnes d'infortune, on découvre une galerie de portraits touchants. Certaines ont déjà abandonné tout espoir, tandis que d'autres essaient encore de protéger ce qu'il leur reste de dignité. Si le film a parfois tendance à s'éparpiller un peu en voulant donner la parole à tout le monde, cette approche chorale permet de bien saisir l'ampleur du système. Visuellement, le travail de reconstitution est impeccable sans être ostentatoire. On n'est pas dans une esthétique rétro un peu artificielle pour faire joli. Les décors sont froids, les couleurs tirent vers le gris et le brun, ce qui accentue ce sentiment de claustration.
La caméra reste souvent très proche des visages, comme pour capter le moindre souffle de ces filles à qui l'on demande d'être invisibles. Cette mise en scène discrète laisse toute la place aux actrices. Sofía Milán, qui joue Lucía, est une révélation. Elle joue beaucoup sur l'intériorité, avec une fatigue et une résignation qui serrent le cœur. À ses côtés, María Vázquez évite tous les clichés dans le rôle de la mère. Elle n'est pas une "méchante" de cinéma, elle est juste une femme de son temps, terrassée par la peur du qu'en-dira-t-on. C'est peut-être ça le plus tragique : voir comment des gens ordinaires finissent par devenir les complices d'un système cruel par simple conformisme.
Pourtant, malgré toutes ses qualités, Birth reste parfois un peu trop sage. On sent que le réalisateur a eu tellement à cœur de respecter son sujet et la mémoire de ces femmes qu'il n'ose pas toujours bousculer son récit. Il manque parfois une pointe de colère, un éclat qui ferait basculer le film du côté de l'émotion pure. Le rythme est aussi un peu haché, avançant par petites touches successives, ce qui donne parfois l'impression de voir une suite de moments de vie plutôt qu'une histoire fluide de bout en bout. Mais ces petits bémols n'enlèvent rien à l'importance du film.
Note : 6/10. En bref, Birth lève le voile sur une zone d'ombre trop longtemps ignorée du cinéma espagnol. C'est une œuvre nécessaire, non pas comme une leçon d'histoire scolaire, mais comme un hommage vibrant à ces mères privées de leur destin. Si vous cherchez un drame humain sincère, loin des effets de manche habituels, c’est un film qui mérite vraiment que vous vous y arrêtiez. On en ressort avec une certaine mélancolie, mais aussi avec le sentiment d'avoir vu un morceau de vérité enfin mis en lumière.
Prochainement en France en SVOD
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